La CVR révèle l’ampleur des ″horreurs déjà répertoriées″ sur les ″crises cycliques sanglantes″ survenues au Burundi

Le président de la Commission Vérité Réconciliation (CVR) du Burundi, Mgr Jean-Louis Nahimana (photo), a révélé jeudi à Bujumbura les horreurs déjà répertoriés depuis que la CVR est à l’œuvre.  « Plus de 50 mille personnes assassinées, plus de 9.300 présumés auteurs de tueries et plus de 2.600 fosses communes où ont été jetés nos compatriotes, victimes de la barbarie humaine″, voilà la triste réalité déjà révélée par nos investigations », a précisé, Mgr Nahimana en marge  d’une cérémonie d’ouverture d’un atelier ″stratégique″, centré sur ″la problématique de la gestion des mémoires blessées en vue de la non répétition des événements du passé douloureux″,  à l’intention des jeunes et des femmes burundais.

En revanche, a-t-il poursuivi, dans le même temps, plus de 20 mille victimes ont déjà renoncé à l’anonymat et sont complètement disposés à relater à visage découvert ce qu’ils ont vu ou vécus lors de ces crimes couvert par le mandat de la CVR c’est à dire dès l’indépendance nationale(le 1er juillet 1962) jusqu’au 4 décembre 2008, date supposée être la fin ″officielle″ de la belligérance armée au Burundi.

Mgr Nahimana s’est dit heureux qu’en face de ce ″sombre″ tableau, une autre réalité nationale ″positive″ marquée par des femmes et des hommes qui, au cours des moments où d’autres s’entretuaient, eux se sont comportés en véritables ″piliers de l’humanité″ ; et ce parfois, au risque de leur vie. A ce jour, la CVR en a déjà compté près de 5 mille Burundais qui se sont distingués dans la protection de leurs compatriotes dont la vie était en danger. Par ailleurs, la CVR a aussi déjà enregistré près de 6 mille victimes qui veulent accorder le pardon et des présumés auteurs de tueries, qui veulent bénéficier du pardon″, a-t-il révélé.

Il a souligné que la problématique de la gestion des mémoires  blessées au Burundi est un ″thème très cher″ à la CVR sur lequel se sont focalisés des ateliers stratégiques organisés depuis l’année passée à l’intention des groupes « ciblés » dont des représentants des corps de défense et de sécurité, des partis politiques et des médias.

″Car, nous avons déjà relevé que les différentes violations des droits humains, ont laissé des blessures et des stigmates dans les esprits de beaucoup de Burundais si bien que ceux-ci sont aujourd’hui paralysés et tétanisés. L’ultime objectif de ces rencontres, est d’exorciser tous ces traumatismes en affrontant ces questions douloureuses vécues avec courage et un regard tourné vers l’avenir avec beaucoup plus de résilience, pour réaliser ensemble le rêve d’un Burundi nouveau réconcilié avec lui-même″, a-t-il souligné.

Il estime que le rêve de ce ″Burundi idéal″ ne verra jamais le jour dans le pays sans l’implication de ″deux catégories″ de Burundais, à savoir les jeunes et les femmes car, les violences cycliques enregistrées au Burundi depuis le début des années 1960, ont laissé un nombre pléthorique de veuves et d’orphelins. ″Aussi longtemps que les orphelins et les femmes constitueront la colonne vertébrale du Burundi de demain, il va s’avérer difficile de construire une paix pérenne dans le pays, raison pour laquelle il faut travailler étroitement avec ces deux catégories″, a-t-il insisté.

Mgr Nahimana en a profité pour signaler que depuis avril 2017, la CVR est en train d’organiser une ″grande campagne″  portant sur un recueil de dépositions dans tout le pays par les victimes de ces crises en travaillant province par province jusqu’à couvrir toutes les 18 entités provinciales.

A ce jour, a-t-il signalé le staff de la CVR est en train de travailler simultanément dans les quatre dernières provinces, à savoir Cankuzo (est), Muyinga (nord-est), Gitega (centre) et Rutana (sud) afin d’atteindre une couverture de dix-sept provinces sur les dix-huit provinces.

A ce moment, a-t-il ajouté, il ne restera qu’à couvrir la province urbaine de Bujumbura-Mairie (ouest) abritant la capitale du pays.

″Nous avons été surpris agréablement et beaucoup édifié de voir une collaboration massive de la population et d’observer combien elle a soif de s’exprimer, de faire une narration de sa souffrance et de renseigner sur toutes les tragédies du passé. Aujourd’hui, le fruit de cet enthousiasme populaire dans les 13 provinces où les dépositions sont déjà terminées, on a déjà réuni près de 50 mille déposants venus se confier à la CVR ″, a-t-il souligné.

Depuis la reconquête de sa souveraineté en juillet 1962, le Burundi a connu des violences cycliques ″ponctuées de bain de sang″ notamment en 1965, en 1969, en 1972, en 1988, en 1991 et en 1993. Cette dernière étant la plus longue crise pour s’être étendue sur une quinzaine d’années.

Dotée d’un mandat de quatre ans avec une possibilité de prolongation d’une année, la CVR, dont le  démarrage des  travaux est intervenu en décembre 2014 avec une clôture projetée en décembre 2019, est chargée de rechercher la vérité et la réconciliation vis-à-vis des ″graves″ crimes( actes de génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité) commis au Burundi durant cette période de 46 ans.

Publicités