Implication des médias dans le développement du pays (decorticage)

Ils peuvent guider les politiciens à prendre des stratégies qui s’imposent

L’implication des médias dans le développement du pays vise à favoriser l’appropriation des enjeux de développement en renforçant la relation de confiance entre journalistes, concepteurs des projets et bénéficiaires. Le développement de productions innovantes, tant au niveau national que local, contribue à comprendre et à apprécier comment chacun peut, à son niveau, prendre part à ces dynamiques globales. 

Jacques Bukuru est rédacteur en chef à la Radio nationale du Burundi. Pour ce professionnel des médias, ceux-ci ont été créés dans le but d’informer l’opinion publique, de donner un élan politique aux sujets qui y seront traités. En effet, pour les journalistes, il est difficile d’assurer la diffusion d’informations et de programmes touchant les questions de développement durable quand leur audience ne se sent pas directement concernée par ces problèmes.Le 27 juillet 2018, un  atelier a été organisé à Kayanza à  l’intention des responsables des médias, des journalistes et des porte-parole des institutions étatiques. Les participants ont constaté que le succès de la couverture médiatique est tributaire de la place que les concepteurs de projets accordent au développement durable. Un aspect concret et réel s’impose en prenant des engagements sur des problèmes qui touchent la vie quotidienne des populations.Au cours des échanges, les participants ont montré que les responsables des médias ont une influence énorme sur la manière dont leurs organes de presse couvrent les évènements.  Ceci est valable aussi bien dans les milieux les plus reculés que dans les grands centres urbains.  Le pouvoir des médias vient de la manière dont ils influencent les hommes politiques, les concepteurs des programmes ou des projets de développement et la population  bénéficiaire.

Les médias se focaliseraient malheureusement surtout  sur l’événementiel

Pour Thérence Ntahiraja, assistant du ministre de l’Intérieur, de la formation patriotique et du développement local, en même temps porte-parole du ministère, les médias ont tendance à diffuser des informations qui se rapportent sur les événements ponctuels, au lieu de suivre les questions à long terme, les tendances et les causes qui font du développement durable un sujet difficile à couvrir. En effet, l’expérience a montré que le sensationnalisme est souvent mis en avant. Et quand il est question du développement durable, celui-ci est souvent illustré à travers des images de catastrophes. Pour couvrir les sujets relatifs au développement durable, il faut trouver des informations qui touchent à la vie quotidienne des gens, a-t-il proposé.  Tous les participants à l’atelier de Kayanza ont été unanimes pour dire qu’il existe un lien étroit entre l’intérêt porté aux questions de développement par les médias et leur impact sur la vie des populations.  La stratégie est de faire comprendre que les questions relatives au développement et des politiques à mettre en œuvre dans le cadre du développement durable sont des sujets dont l’impact influe sur la vie des gens. A travers certaines idées de la part de certains journalistes, le constat malheureux est que trop souvent, la télévision a tendance à habiller des sujets importants juste pour les rendre plus attractifs. Aussi, dans le secteur des médias, il existe un problème de personnel très bien calé dans le domaine du développement durable. Ils sont confrontés à un manque de moyens pour spécialiser leur personnel.

Les médias de proximité, une voie pour renforcer  les relations entre concepteurs et bénéficiaires d’un projet de développement

Dans son adresse à l’endroit des responsables des médias lors de l’atelier de Kayanza, le ministre de la Communication et des médias, Serges Ndayiragije, a indiqué qu’il faut pouvoir rapprocher les médias des enjeux du développement durable.  Il a suggéré d’entamer la réflexion sur le rôle des médias communautaires en la matière. Le recours à ces derniers pourrait être une voie de diffusion élargie car ils représentent réellement l’expression des communautés sur le terrain, a-t-il souligné. Les stratégies de communication des médias viennent ainsi en appui à la réalisation des objectifs orientés sur le développement. Il s’agit de traduire en termes de communication les activités et actions qui sont susceptibles de lever tout ou partie des contraintes identifiées pendant l’analyse de la mise en œuvre des activités d’un programme ou projet de développement. La stratégie de communication reste sectorielle et est nécessaire pour tout projet ou programme de développement. Elle doit être élaborée pendant la phase de formulation des projets ou programmes. Dans tous les cas, elle doit susciter, accompagner la concertation et le dialogue entre tous les partenaires et acteurs du programme ou du projet. Pour le ministre Ndayiragije, cette stratégie doit se baser sur la méthodologie de l’approche participative et indiquer les outils de communication les plus appropriés pour sa réalisation. La communication pour le développement de la part des médias, c’est l’utilisation du processus de communication, des techniques et des médias pour aider les gens à prendre conscience de leur situation et des options à leur disposition pour toute action de changement, a-t-il fait savoir. Elle permet aussi de résoudre les conflits sociaux et de travailler vers un consensus ; d’aider les gens à planifier l’action de changement et de développement durable. Si la communication se focalise essentiellement sur les programmes de développement durable, cela permettra aux populations d’acquérir des connaissances et des qualifications de nature à améliorer leurs conditions de vie, rassure le ministre Ndayiragije.

Les médias handicapés dans leur travail parleurs propriétaires

L’information collectée, fouillée et sélectionnée est diffusée selon les orientations données par les propriétaires des médias, compte tenu de l’agenda corporatif et politique du médium. Lors de l’atelier de Kayanza, les participants ont remarqué qu’aucun média ne travaille, dans son intégralité, dans un état d’indépendance totale. Cela s’explique par leur ligne éditoriale. Celle-ci étant orientée par la pensée du propriétaire. L’autre problème est la dépendance des médias aux grandes sources de revenus publicitaires (pour assurer leur survie) et aux grandes sources d’information (pour assurer leur contenu) a fait remarquer Jacques Bukuru. Si le gouvernement burundais est le plus grand annonceur dans les médias, il est aussi leur principale source d’information. Ce faisant, cette dépendance crée une sorte d’affinité tant bureaucratique, économique qu’idéologique entre les médias et ceux qui les alimentent. Avec une constance aussi prévisible que remarquable, sur pourtant mille et autres sujets cruciaux, les médias ont tendance à exposer, défendre et propager le point de vue de leurs bailleurs. Tout cela ne peut que limiter sérieusement le travail des journalistes. Un autre aspect qui mérite d’être débattu concerne les conditions précaires que connaissent  les journalistes. Un journaliste qui a préféré garder l’anonymat a indiqué que les journalistes burundais rencontrent beaucoup de difficultés dans leur métier et a déploré la situation précaire dans laquelle ces derniers vivent. Pour bien mener leur travail, la plupart des journalistes proposent alors la réhabilitation du métier de journaliste par une revalorisation de la grille des salaires à l’aune du pouvoir d’achat.

Des informations nécessaires au changement de mentalité reléguées au second degré 

Dans leurs analyses, les porte-parole des institutions de l’Etat, ont fait remarquer que certaines informations qui pourraient avoir un impact important sur la société sont reléguées au second rang et se retrouvent avec moins de visibilité. L’omission de ces informations  serait liée à un manque d’espace rédactionnel. Cela est sans parler des informations biaisées diffusées. Toujours est-il que le métier de journaliste reste noble. Mais, puisque la diffusion de l’information est soumise au filtre du propriétaire du médium ou à l’autocensure, le journaliste est parfois jugé de partial.

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