“Le CNARED est une équipe qui a jusqu’ici échoué sur tous les volets de la lutte “ Minani Jérémie

J’ai été profondément déçu par la reconduction de l’équipe exécutive actuelle du CNARED dans laquelle je ne me reconnais pas et dont j’ai des raisons sérieuses de croire qu’elle est incapable de défendre la lutte pour la restauration de l’Accord d’Arusha telle définie dans l’Acte Constitutif du CNARED.

Ces élections opposaient deux courants/visions du CNARED radicalement opposés à savoir un courant favorable au changement dans le but de doter le CNARED-GIRITEKA d’un leadership consensuel, crédible et orienté dans la logique de la restauration de l’Accord d’Arusha et de la Constitution burundaise de 2005 (courant de la refondation) , et un courant favorable aux seules négociations de postes avec le régime burundais et la préparations des élections de 2020 (certains partis politiques partisans de ce courant viennent de contribuer pour les élections de 2020).

Malheureusement, c’est ce dernier courant qui a gagné ces élections; reconduisant par la même occasion une équipe qui a échoué et dont j’ai des raisons sérieuses de croire qu’elle est en collision avec le régime criminel burundais.

Après l’élection du président du CNARED qui a recueilli 15 voix sur 28 contre 13 voix sur 28 pour la candidat du courant de la refondation, ce dernier courant a décidé de voter NUL pour les autres candidats a la présidence. Ainsi, tous autres candidats à la présidence n’ont pas eu de rivaux, chacun d’eux a recueilli 15 voix sur 28 votants et le NUL a recueilli 13 voix.

Malgré les mensonges et manipulations selon lesquelles ces élections se sont bien déroulées, la réalité est qu’il n’y a pas de différence entre ces élections et la mascarade électorale de 2015 qui a créé le chaos burundais actuel.

Tout d’abord, ces élections ont été truquées. En effet, elles ont été caractérisées par des magouilles et tricheries visant à tout faire pour que l’équipe sortante soit reconduite. Je cite d’abord le fait que les tous les partisans de la reconduction de l’équipe sortant sont arrivés deux jours avant les élections afin de planifier les magouilles et manipulations permettant la réélection de l’équipe sortante. A titre d’exemple, les décisions absurdes prises en toute illégalité et sur base de mensonges et manipulations par l’équipe sortante dans le seul but de priver certains électeurs du droit de vote ont été prises dans la nuit de samedi à dimanche après que ces magouilleurs ont remarqué qu’ils n’avaient pas assez de voix pour gagner ces élections. Bien que ces décisions aient été anéanties par le Directoire avant les élections, elles ont eu pour effet de retarder les élections parce que tout l’avant midi du Lundi 27 Août 2018, le Directoire n’a fait que délibérer sur l’annulation de ces mesures prises pour fausser le jeu électoral. Or, pendant que le Directoire délibérait sur ces absurdités, l’équipe sortante négociait une compromission avec le parti SAHWANYA FRODEBU pour avoir son soutient. De plus

ces mesures honteuses ont prouvé que l’équipe sortante était prêt à tout, y compris l’implosion du CNARED, pour s’assurer une reconduction. C’est ce que NKURUNZIZA a fait en 2015.

L’autre tricherie qu’il faut citer est le fait que l’équipe sortante a considérablement retardé ces élections pendant qu’elle négociait une compromission avec le parti SAHWANYA FRODEBU pour avoir ses deux voix. Ce n’est que quand leurs négociations se sont terminées (Lundi 27 Août 2018 à 17h00) que les élections ont commencé alors qu’elles étaient prévues pour le dimanche 26 Août 2018. C’est aussi à cette heure que les deux procurations du parti SAHWANYA FRODEBU (celle de Pierre Claver NAHIMANA et celle de Léonce NGENDAKUMANA) ont été retirées à Mr BAMVUNGINYUMVIRA Fréderic qui représentait ce parti et à Nephtalie NDIKUMANA qui représentait le parti CNDD. Ces procurations ont ensuite été confiées respectivement à Jean MINANI. Chacun peut imaginer l’intégrité du processus électoral si ces gens géraient l’Etat.

L’autre aspect important de ces élections est que les intérêts et calculs personnels de certains individus l’ont emporté sur l’intérêt général de la lutte pour la restauration de l’Accord d’Arusha.

En effet, rien ne saurait justifier que deux membres du parti PPD-GIRIJAMBO ont préféré voter pour Jean MINANI à la place du président de leur parti, Mr HATUNGIMANA Léonidas. De même, rien ne peut expliquer qu’un membre du Directoire provenant du parti UPRONA donne une procuration au président d’un autre parti politique pour qu’il vote Jean MINANI alors que le président de l’UPRONA était présent et était contre la reconduction de Jean MINANI. La seule raison qui justifie pourquoi les membres du Directoire provenant d’un parti politique vote contre le président leur parti, c’est qu’ils votent en fonction des seuls intérêts personnels que leur promet l’équipe qui souhaite être reconduite.La conclusion est que ces individus sont préoccupés par la défense de leurs intérêts personnels que l’organisation et l’accélération de la lutte pour la restauration de l’Accord d’Arusha.

Ces élections ont aussi démontré que certains opposants ne croient pas dans d’alternance démocratique, ingrédient essentiel de la démocratie.

En effet, le point de départ de la disparition de la démocratie est le refus des dirigeants de quitter le pouvoir arguant être les seuls capables de bien gouverner, qu’ils sont les seuls biens aimés du peuple et que sans eux, le chaos s’installerait. Partant cette absurdité de logique, ils s’éternisent au pouvoir et bloquent toutes les portes de l’alternance démocratique en utilisant des méthodes d’oppression, de manipulation et mensonges. Bienvenu au CNARED où des opposants disent militer pour une alternance démocratique au sommet de l’Etat tout en étant incapables de permettre cette alternance au sommet de leur plateforme. On doit être dupe pour croire qu’un dirigeant qui refuse la démocratie dans son organisation politique laisserait la démocratie s’installer dans le pays après avoir conquis le pouvoir. Si le CNARED croit réellement à la démocratie, pourquoi la gestion de cette plateforme ne peut pas préfigurer celle qu’elle ferait de l’Etat une fois au pouvoir? La réponse est simple : ces gens ne croient pas une seconde à la démocratie.

Ce qui est encore plus frustrant, c’est que cette équipe reconduite à la présidence du CNARED est une équipe qui a jusqu’ici échoué sur tous les volets de la lutte du CNARED.

Demain 31 Août 2018, le CNARED aura trois ans d’existence. Trois ans de lutte avec ZERO réalisations : le 3ème mandat de Pierre NKURUNZIZA touche à sa fin, l’Accord d’Arusha et la Constitution qui en découle n’existent plus, le Burundi est devenu une cimetière pour les citoyens opposés au régime en place, des centaines de milliers de burundais sont toujours réfugiés, les prisons sont toujours remplies de citoyens innocents, des millions de burundais restent tyrannisés à l’intérieur du pays, des milliers de personnes ont déjà été tuées et d’autres disparues ; bref, le chaos s’est progressivement installé dans notre pays. Et que fait le leadership du CNARED : se mettre de coté et observer tout en positionnant l’organisation pour une mascarade électorale en 2020 et en continuant à demander d’être invité dans des négociations mal engagées et pilotées par une médiation et une facilitation partisanes. Est-il vraiment pour organiser la lutte que ces gens font tout pour ne permettre aucun changement à la présidence du CNARED en sachant, en connaissance de cause, qu’ils ont échoué de le faire pendant 3 ans? Certainement pas.

Au final, nous avons un pays pris en otage par une clique irrationnelle, et une lutte pour la libération de ce pays confisquée par un groupe d’individus qui résument cette lutte en termes d’intérêts et biens matériels qu’ils en tireront.

A chacun burundais d’en tirer les conséquences et de prendre ses responsabilités.

Jeremie Minani

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