Sous pression de l’Europe, « la violence contre les migrants subsahariens se banalise » en Afrique

Migrants : terminus Niger (5/8). Relayées sur le continent, les politiques européennes entravent l’ensemble des migrations au Sahara, estime le chercheur Julien Brachet.

Julien Brachet est chercheur à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et à l’université Paris 1-Panthéon-Sorbonne. Spécialiste des questions migratoires au Sahara, il analyse la place du Niger dans les dispositifs de lutte contre la migration irrégulière en Afrique.

Le Niger est devenu incontournable lorsqu’on aborde les enjeux migratoires en Europe, au Maghreb ou en Afrique subsaharienne. Comment expliquer ce rôle pivot ?

Julien Brachet Il y a une raison historique à cela. Depuis le milieu du XXe siècle, le Niger est l’un des principaux pays de départ et de passage des migrants subsahariens qui se rendent en Algérie et en Libye. Notamment parce que la seule route goudronnée qui traverse presque entièrement le Sahara central est celle qui relie le Niger à l’Algérie, avec seulement 200 km d’interruption entre Arlit, dans le nord du Niger, et la frontière algérienne.

« Au Niger, il y a une tradition ancienne de migration économique temporaire vers l’Algérie et la Libye. »

Au Niger, mais aussi dans d’autres régions sahéliennes, il y a une tradition ancienne de migration économique temporaire vers l’Algérie et la Libye. Cette migration, généralement irrégulière, a longtemps été tolérée par les autorités de ces pays, qui avaient conscience de leur besoin en main-d’œuvre originaire du Sahel pour développer leurs régions sahariennes. Le cas de la Libye est exemplaire : dans ce pays peu peuplé, riche de l’exploitation du pétrole, de nombreux secteurs économiques sont pratiquement réservés aux étrangers, notamment l’agriculture, le BTP ou les emplois domestiques.

A cette raison historique s’ajoute une raison plus contemporaine et plus politique : le Niger est un pays central sur la question migratoire parce que c’est l’un des Etats les plus stables de la région, dont le gouvernement accepte de négocier la mise en œuvre des politiques migratoires européennes.