Certaines langues des burundais restent liées sur la réalité du passée alors qu’elles pronostiquent sur un Genocide imaginaire à venir.

Le soleil se lève toujours sans tenir compte de la cruauté ni de la barbarie du monde, sur les survivants, sur les saccagés de la vie, sur les bourreaux comme sur les saints. La violence intentionnelle et le basculement vers le néant commencent souvent par un phénomène de manipulation sociale, de déshumanisation des futures victimes et s’en suit logiquement une mise à mort. Le génocide de 1972 contre les hutu du Burundi a aussi suivi le même cheminement.

Les fosses communes déjà identifiées par la CVR Burundi: Bubanza :240; Bujumbura :250; Bururi :88; Cankuzo :41; Cibitoke :345; Gitega :640; Karusi :91; Kayanza :322; Kirundo :200; Mairie  :74; Makamba :207; Muramvya :315; Muyinga :184; Mwaro :181; Ngozi :337; Rumonge :396 ; Rutana :119 ; Ruyigi :13

La reconnaissance est importante pour la guérison, pour la restauration humaine de l’âme comme du corps meurtri. Elle permet à la victime de se dire qu’elle compte aussi pour ses semblables, qu’elle fait encore partie du genre humain. Elle induit une ré-humanisation car la reconnaissance provoque chez le sujet une métamorphose, une reconnexion à la vie qui transcende l’horreur et qui permet de récupérer l’énergie et la force pour qu’en tant que survivant de nouveaux horizons s’ouvrent malgré les traumatismes encourus. Être vivant parmi les vivants.

La reconnaissance ouvre la possibilité que les survivants puissent, dans ce nouveau contexte, être accompagnés pour leur guérison par ce qu’on appelle dans le jargon de la psychothérapie, « des passeurs » pour transmettre l’après vie et la mémoire du passé afin de mieux vivre le présent tout en envisageant un autre avenir. Pour cela il faut rester engagé pour la vie et appliqué pour les générations futures. Pour livrer ce combat chacun a sa part de responsabilité. Pour la victime, la reconnaissance de ses souffrances endurées par des tierces personnes, par des institutions habilitées participe à sa guérison en tant qu’humain parmi les humains.

La ré-humanisation doit être portée sur la sollicitude et l’action au travers de la reconnaissance réparatrice sinon on renvoie le sujet à l’horreur. Autrement il faut garder l’ouverture et la possibilité d’aller vers l’humain, la possibilité de se ressembler comme un pilier de résistance à l’innommable pour enfin prendre soin de l’autre comme son semblable. Les Hutu du Burundi rescapés de l’hécatombe de 1972 sont encore dans cette quête de ré-humanisation vivifiante pour exorciser la cruauté et la barbarie endurées en 1972.

Depuis l’indépendance du Burundi un cycle de violence allant crescendo (1962, 1964, 1965, 1969, génocide de 1972, 1988, 1993-) a fait plusieurs victimes et malheureusement à ce jour, c’est l’impunité totale. Cette impunité peut en partie expliquer les violences qu’on observe au Burundi que l’on condamne mais pour lesquelles on n’apporte pas de remède curatif car il est aisément compréhensif que ce cycle de violence a rendu la société traumatique avec des frustrations enfouies et des perturbations psychiques non prises en charge à ce jour.

La reconnaissance du génocide de 1972 permettrait à la société burundaise de faire un arrêt sur l’image et de panser les plaies encore ouvertes chez les rescapés et faire prendre conscience aux bourreaux qu’un crime contre l’humanité ne paye pas, de même, cela permettrait d’aborder sereinement les autres pogroms qui ont endeuillé le Burundi pendant la période qui a suivi cette déchirure de la société burundaise. Cheminer vers une résilience individuelle et collective dans un Burundi ré-humanisé et au bénéfice de tous.

Les massacres de 1972 sont un véritable génocide au regard des textes internationaux en la matière car il y a eu une intention de détruire une composante de la population burundaise par le gouvernement Micombero, une décision marquant le début du génocide notamment le décret du 29 avril 1972, pris à midi et les massacres démarrant à 20h, un mode opératoire qui visiblement avait été mis au point de longue date :les listes des Hutu à tuer, la logistique, la communication, la manipulation de l’information pour faciliter les opérations de ratissage sur tout le territoire national, la diplomatie active qui permettait de garder l’opinion internationale dans l’ignorance, etc. On y trouve aussi les différentes institutions et personnalités internationalement de haut rang qui ont fait des déclarations attestant qu’il s’agissait bel et bien d’un génocide. A ce jour, la procédure n’a pas encore commencé.

Tant que cette plaie ne sera pas refermée on peut affirmer qu’on est vraiment assis sur un volcan qui tôt ou tard finira par se mettre, à nouveau, en éruption et dans ce cas de figure personne ne peut prédire les dégâts mais on est sûr que des dégâts il y en aura. C’est dans ce cadre que l’intime conviction doit être faite que la meilleure prévention pour un Burundi socialement durable passe par la reconnaissance du génocide de 1972 par les instances habilitées également comme un ultime moyen pour commencer le travail titanesque de lutte contre l’impunité au Burundi et de restauration du tissu social pour des vivants parmi les vivants.

Il faut que les gens connaissent et acceptent la vérité au lieu de se réfugier dans les mensonges.

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