Une année déjà. La perte est toujours là. Le vide incommensurable. La douleur, la révolte. Les spéculations et les versions sur les mobiles du crime et les tueurs.
L’honorable Hafsa Mossi a été abattue le 13 juillet 2016 devant son domicile à Bujumbura. Le gouvernement du président Nkurunziza a parlé d’ennemis de la paix et du pays qui auraient lâchement assassiné la fidèle servante du système DD.
Sa faute fatale? Avoir été une brebis au milieu des loups. Un acte de terreur des anti-mandat? Un crime d’Etat sur fond de rivalités entre faucons du système ? Un dommage collatéral?
Ancienne journaliste à la RTNB et à la BBC, elle avait été porte-parole du président Nkurunziza avant de se voir confier d’abord le ministère de l’information, puis celui des affaires de la communauté est-africaine. Elle est restée une chargée de missions officieuses du président Nkurunziza tout en occupant un siège au parlement de la communauté est-africaine (EALA). Après son assassinat, place aux enquêtes. Bonjour l’impunité pour dire.
Malgré tous les services rendus au président Nkurunziza et au système DD, Hafsa Mossi est morte et subit le même sort: l’oubli ! Pourquoi ?
Nous étions en droit d’exiger du président Nkurunziza qu’il ravive la flamme de cette âme arrachée brutalement à sa patrie, à ses amis, à sa grande famille. Nous aurions dû nous attendre à un hommage posthume et surtout à un procès équitable et crédible pour élucider les responsabilités (commanditaires et exécutants du crime crapuleux). Hélas, le système CNDD-FDD privilégie l’aplomb de croque-morts.
Nos émotions, larmes ou sentiments humains lui sont étrangers. Le système CNDD-FDD vous rétorque: c’est l’heure du patriotisme. D’ailleurs Hafsa Mossi a versé des larmes de compassion devant les conditions de vie inhumaines qu’enduraient ses compatriotes dans le camp de réfugiés de Mahama au Rwanda. Pleurer pour des Mujeri ? Le comble de la faiblesse, de la trahison !
Mais alors, fut-elle moins patriote? Une vie consacrée au Burundi et à ses habitants, à sa famille politique et l’oubli en retour ? Ayons la culture d’honorer nos aînés, nos morts.
Une montagne de questions nous cache de plus le visage de l’âme disparue et des autorités au sommet de l’Etat. Députée à l’EALA, cette dernière se tait aussi. Un autre machin comme l’ONU pour le général De Gaulle ?
Non, chère Hafsa Mossi, nous ne t’oublions point. Que ton sang crie justice ! Que ta bonté suscite hommages et témoignages de ceux et celles qui t’ont côtoyée. Comme écrit Max Gallo: » ne meurent et ne vont en enfer que ceux dont on ne se souvient plus. L’oubli est la ruse du diable ». Paix à ton âme.
Le diable au visage humain qui cherche à imposer une contrefaçon en guise de procès et l’oubli, c’est un mal qui n’aura pas le dernier mot. « Parler et tuer, c’est la dictature. Parler pour ne pas tuer, c’est l’art de la démocratie ». Parlons pour les sans voix, pour sauver les nôtres de l’oubli, de l’ingratitude.
Daniel Kabuto