« La marche difficile mais irréversible d’un peuple vers la révolution.»

Carnet de voyage au pays de mes ancêtres : 

« La marche difficile mais irréversible d’un peuple vers la révolution.»

Après plusieurs années de séjour en Belgique où je réside avec ma famille, je suis rentré au Bercail à la fin du mois de juin. Arrivée à l’Aéroport international de Bujumbura, j’ai été accueilli par des amis qui laissaient transparaître de visages ternes et mornes qui dénotent un malaise, des doutes pour ne pas dire un profond désespoir. Pourtant ce sont de membres influents du parti au pouvoir qui, en ces moments, sont parmi ceux qui font la pluie et le beau temps. Pour avoir vécu avec eux durant l’enfance pour les uns et en Europe pour les autres, je sais reconnaître, à travers leurs visages, leur moment de joie et de peine. J’étais d’autant plus surpris qu’ils ne cessaient de m’inviter avec insistance pour que je vienne partager avec eux, les délices d’une victoire, réelle ou supposée, qu’ils prétendent avoir eu sur ceux qu’ils nomment à tort ou à raison comme étant de « putschistes ».
 Un ami burundais de Bruxelles, avait laissé entendre que le putschiste est bel et bien NKURUNZIZA, qui par terrorisme envers les juges, répression sanglante des manifestations pacifiques et le forcing électoral a foulé au pied les lois fondamentale de la république. Il argumentait avec tant d’éloquence qu’il a finit par semer le doute en moi. Selon lui loin du qualificatif de putschiste, il les nommait de « dignes fils du Burundi qui ont voulu parachever une révolution populaire ».  
Ce jour là je n’ai pas voulu passer beaucoup de temps dans cette guerre de mots et de qualificatif mais j’ai conclu que ce n’est pas facile de trancher. Naturellement comme partisan du parti au pouvoir je penchais vers la première version qui m’est souvent raconté par mes amis même si je commence à être très sceptique quant à la Viabilité du système en place ou de cette soi disante victoire qu’on chante à tue tête et à gorge déployé par médias sociaux interposés.  
Durant la Journée, la vie dans la ville de Bujumbura semble normale. Cependant lorsqu’arrive le soir, cette même ville est méconnaissable. L’apparence de sérénité est rompue par une peur panique qui s’empare des citadins de Bujumbura. Alors que nous étions assis dans un Bar autour d’un verre, tour à tour les amis me disent qu’ils tiennent absolument à rentrer avant 21h. Obligé de rentrer pour ne pas rester seul, je regagne ma demeure loué pour quelques jours. Arrivée à la maison, je regarde la télévision nationale qui est devenue purement et simplement une télévision du parti au pouvoir en général et du président de la République en particulier. En regardant le président tantôt dans les travaux communautaires, tantôt donnant des conseils ambigües à la population ou jouant au football, mes souvenirs m’ont projeté directement dans les années 1990 lorsque la télévision nationale Zaïroise de l’époque montrait Mobutu à tout moment. Au début du journal on le montrait presque s’envolant dans les nuages comme s’il venait du ciel. Fatigué, au moment de me coucher, cette comparaison ne cessait de me ronger l’esprit tellement le culte de la personnalité semble avoir pris une bonne place dans la vie politique et sociale du Burundi. 
Le lendemain, je devrais rencontrer un ancien ami actuellement influent au Burundi, pour lui donner ma contribution en termes de conseil afin de plaider en faveur du respect des droits de l’homme et de l’ultime nécessité de prévenir un autre drame dans notre pays. Après plusieurs rendez vous sans cesse reportés prétendument en raison de la préparation de la fête de l’indépendance d’abord, puis des négociations annoncées au début du mois de juillet ensuite, j’ai conclu que personne parmi les fidèles de Nkurunziza n’était prêt à me rencontrer. Serait –il en raison de ma nationalité Belge ? Des questions ne cessaient de me traverser l’esprit sans que je puisse avoir de réponses. 
Un seul de ses fidèles que je ne nommerais pas m’invite par surprise chez lui à Carama – Gatunguru. Il semblait vouloir mettre trop de prudence dans notre rencontre que j’ai failli ne pas répondre à son invitation. Il voulait que notre rencontre demeure secrète. J’ignorais l’existence même de ce quartier qui se trouve dans les anciennes plantations de riz. Le jour indiqué, je traverse KAMENGE en me frayant difficilement le passage. La paupérisation est manifeste. De mauvaises conditions de vies de la population interpellent tout passant. Les rues sont pleines de personnes débout, qui ne marchent pas mais qui semblent assister à un match de football. Il m’avait promis de venir me prendre près du Bar Chez Muphizi prêt du lieu qu’on appelait naguère « terminus ». 
Arrivée à cet endroit, je parviens à garer difficilement ma voiture. Il me demanda de laisser ma voiture devant ce bistrot pour monter dans sa Jeep V8 noir fumée. Trois policiers lourdement armés assuraient sa sécurité. L’un était assis devant et deux autres en arrière. L’un des deux m’ouvrit la porte, et le véhicules prit la direction de KINAMA. Après avoir traversé le quartier Muramvya de la zone Kinama, je découvrit une nouvelle ville composée de châteaux flambant neuves et mon ami semblait être très pensif et presque nerveux se retourna vers moi et me dit : « Bienvenu à CARAMA , notre quartier ». Arrivée dans le quartier CARAMA III, il ne cessait de me montrer des maisons en étages qui appartiennent aux membres du parti au Pouvoir.
Finalement, je finis par lui demander si l’Etat du Burundi est devenu un si grand payeur en termes de salaire au point que tous ces cadres de la fonction publique puissent être à même de se construire de si luxueux villas. Presque surpris par ma question il éclata de rire, sur un ton quasi moqueur et me répond « ici c’est l’Afrique et nous savourons les dividendes de la victoire»

Je sentis une sorte de gène qu’il éprouvait quand il s’exprimait. Une idée me traversa l’esprit : « Peut être qu’il a peur de s’exprimer étant en compagnie de ses gardes du corps »
Arrivée chez lui, il y’avait une armada de Policiers, certains armés de roquettes RPG d’autres armés de fusils mitrailleurs avec plusieurs chargeurs. Au loin on aperçoit de personnes en civil qui rodent autour de sa parcelle. J’étais contrarié en effet de constater qu’il existe une nette différence entre le discours politique qui proclame que la paix règne et le climat de peur et de panique ; une inquiétante situation de ni guerre ni paix. 

 

Arrivé dans sa maison, c’était un véritable château. Il me fit visiter cette merveille avec beaucoup de fierté, mais au fur du temps, j’ai senti en lui une certaine mélancolie.

Assis sur la véranda, au moment où on partageait un verre, je voulu savoir sa façon d’analyser la situation politico sociale du Burundi et de la voie de sortie que préconise Nkurunziza, son mentor. Je fus surpris par ses révélations.

D’une voie grave mais serein il me dit : « J’ai tenu à te rencontrer en privée pour te dire toute la vérité. On ne cache rien à son frère. En effet, « Le parti CNDD FDD a raté son occasion en or d’entre dans l’histoire du Burundi comme un parti qui a ramené la paix. Et tout cela en raison de la frénésie d’un homme hypocrite entouré d’une équipe mal intentionnée et animé hélas de la haine et la vengeance qui nous mène droit vers la déchéance. Depuis 2015 le pays ne cesse de descendre aux enfers. Tout le monde en est conscient mais cette triste descente continue. Par sa volonté de régner en maître et pour toujours, il a sapé les bases de la démocratie et annihiler les chances d’une réconciliation nationale qui était sur une bonne voie. Il a anéantit du coup l’espoir de tout un peuple en quête d’une révolution sociale et politique » 

En prétendant vouloir se protéger contre des ennemies hypothétiques et historiques, il a détruit les piliers du pays, en l’occurrence l’armée et la police au profit d’une milice qui devient de plus en plus forte. Je suis entré dans ce parti par conviction mais ceux qui se sont accaparés de son leadership sont gravement atteints par un délire grave de persécution et une cécité politique indéniable. Alors que je comptais servir ma patrie, je suis devenu hélas un prisonnier aux apparences libre d’un parti politique sans vision qui a érigé le terrorisme d’Etat en un mode de gouvernement »
Etonné d’entendre ces paroles, je voulu en savoir davantage. Au moment où j’allais lui poser la question il continua sur un ton studieux et pensif. On sentait dans ses paroles une sincérité hors du commun. As-tu vu ce jeune homme qui rodait devant ma maison au moment où j’attendais qu’on m’ouvre le portail ? me demanda t il. Je répondis par l’affirmatif. 
« Malgré mon rang, je suis surveillé. Ce jeune Imbonerakure communique directement avec la documentation et la présidence. Si par extraordinaire quelqu’un apprenait que j’ai reçu un visiteur en provenance de la Belgique, mon sort se compliquerait. Ces gens qui dirigeaient la rébellion et dont tu n’ignores pas les limites n’ont jamais quitté réellement le maquis. Ils veulent gérer le pays comme ils géraient dans le temps les hommes sous leur commandement. Malheureusement même les rares technocrates qui avaient accepté de mettre leur compétence à contribution ont été contraints à l’exil. Je peux affirmer sans risque de me tromper que le parti au pouvoir est en lambeau mais que l’apparence de force véhiculée par une communication violente n’est que le fruit de la terreur généralisée.
Le peuple fait une dure mais irréversible marche vers une révolution sociale et économique. Un jour, avec cette pauvreté qui ne cesse de se durcir, j’ai peur de voir le peuple se révolter et nous chasser du pouvoir ». Les Imbonerakure ont été dressés contre la démocratie et la tolérance. Ils ont été traités comme les vrai forces de l’ordre et ils ont finit par s’en convaincre. De fil en aiguille ils commencent à prendre le dessus sur les forces de défense et de sécurité et je n’aimerais pas être parmi les redevable de ces bavures qui seront certainement condamnées par l’histoire. Quoi qu’il en soit il ne sert à rien de foncer dans un tunnel dont le bout est bouché. Le peuple ne cesse de nous faire de signes de désapprobations, mais nous ne saisissons pas le message. Tenez en date du 13/5/2015 le pays tout entier était en liesse. C’était la fête. A Kamenge la population se sentait libérer du joug de la dictature. Franchement, je ne peux pas te cacher que j’ai moi-même ouvert une bouteille de champagne pour fêter l’événement. J’espérais que le Burundais venait de s’envoler sur de nouvelles cimes du développement mais la joie ne sera qu’un léger nuage.
  Deux jours après j’étais obligé de mettre encore la tenue du parti de la terreur pour protéger ma peau. Il faudra noter également que durant la mascarade électorale de l’année passée n’eut été le changement des procès verbaux, la population avait voté contre celui qui s’est imposé par la force. Si vous vous approché de personnes qui ont travaillé à la CENI , il vous parleront de cette triste réalité. Afin le refus de la population à suivre les enseignements divisionnistes propagés par le parti CNDD , les gribouillis sur la photos du président de facto par des jeunes élèves prouvent à suffisance ,que loin du discours ,notre parti n’a plus d’assises solides auprès des masses. » 
Je suis dans un dilemme mon frère continua t il , : « Si je démissionne on me tue, si je tente de fuir, j’ai peur de ne pas y parvenir surtout que la milice a érigé ici et là de barricades. Quoi qu’il en soit, Je n’aimerais pas que mon nom reste à jamais associé à ces bourreaux du peuple meurtrie ! » Ce pouvoir a échoué dans ses méthodes de diviser le peuple et j’estime que ses cartouches s’épuisent inexorablement. Maintenant il est aux abois ! Les médias indépendants bien que détruits ont laissé des traces indélébiles. Les communications de la société civile qui militaient pour l’intérêt général ont soudé les bases ou les fondations de l’Etat. Les discours de la haine des dirigeants de notre parti politique n’ont point d’effets. Le peuple est devenu mature mais nous ne l’avons pas su à temps. Le divisionnisme comme méthode de mobilisation de masse est une méthode révolue que le peuple a rejetée. Saviez vous que jusqu’à maintenant malgré les efforts de diviser la population dont le CNDD a fait montre ces derniers temps, les quartiers de Bujumbura sont encore habités par toutes les composantes de la population du Burundi. Que la répression voulue des quartiers à majorité Tutsi n’a pas amené ces derniers à s’attaquer à leur voisin Hutu. Saviez vous que les gens de Buterere majoritairement Hutu cachent toujours des tutsi recherchés dans le but de les protéger ? Voici mon frère les bases sur lesquels il faut construire le pays, quittons de ce parti qui n’est que l’ombre de lui-même ! 
Au moment où j’allais prendre la parole, très inspiré, mon ami continua : « Pour un analyste avisé, le CNDD FDD a ruiné tous les espoirs du peuple silencieux mais lucide. La révolution couve, le mécontentement est palpable. Le peuple n’est pas disposé à suivre la démarche suicidaire de la clique minoritaire du CNDD FDD qui préfère l’oppression au dialogue. » 

Plutôt que de me donner la parole, Il se leva brusquement, se promena de gauche à droite avant de rasseoir et de me demander. Es tu en contact avec les frondeurs ou l’opposition politique en général ? je répondis par la négative. J’aimerais savoir leur plan pour pouvoir opérer un choix. Je suis fatigué d’être associé à des discours de la haine qui ne cessent d’être rendu public en notre nom alors qu’il ne s’agit qu’un petit groupe aveuglé par la vengeance et décidé à nous mener vers la dérive. »
Fatiguer par ce monologue je finis par lui posé une autre question en ces termes : « qu’espérez vous de ce dialogue qui commence après demain à Arusha. »

Il me parla de l’absence de volonté du pouvoir à négocier et des manœuvres dilatoires planifié pour tromper l’opinion et ainsi parvenir à débloquer les aides, de l’appui déguisée de la France au pouvoir mais qui s’estompe avec les bavures du pouvoir , de la géopolitique qui fait de la Russie et de la chine leur inconditionnels alliés et conclut sur des doutes sur l’aboutissement de ce dialogue car le pouvoir se croit très fort pour négocier avec ses opposants. Il me parla de la militarisation de la jeunesse imbonerakure qui risquent de commettre l’irréparable si la communauté internationale n’assume pas pleinement sa mission de protéger la population. Il me révéla que le seul pays qui fait peur à nkurunziza est la Tanzanie en raison du fait que ce pays peut décréter un embargo fatal pour le pouvoir.

Vers 22h , il me ramena vers l’endroit où j’avais laissé mon véhicule. Soudain, je me rends compte qu’il est encerclé par de jeunes en civil qui posent des questions en rapport avec le propriétaire. En me voyant descendre du véhicule de mon ami , certains ont obéi et ont salué en ces termes : « Komera Mutama » et l’autre de répondre « Ramba Ramba » étonné ! je lui pose la question pour savoir s’il connait ces jeunes gens et il me répond que c’est un code pour s’adresser aux imbonerakure. L’un de ces jeunes gens en manteau noir , sur un ton presque menaçant s’approche de nous et nous dit « Batama erega turanyotewe ntimubona ko turi kukazi »

Il toucha dans sa poche et lui donna un billet de 10.000fbu , et le jeune qui venait de recevoir la monnaie de lui remercier avec enthousiasme en ces termes « Irambire irambire mutama. »
Après nous avoir dit au revoir, Je pris la route retour vers mon quartier où j’avais loué une maison de passage. Je ne cessais de méditer sur les révélations de mon ami avec qui nous avons contribué à financer le parti au pouvoir depuis les premières années de sa création. Pour en savoir davantage, sur l’existence de cette militarisation de la jeunesse, je pris la décision d’aller visiter mes parents à l’intérieur du pays même si c’est eux qui étaient sensé venir. 
Le lendemain, j’avais loué une autre voiture plus solide pour monter à Ngozi ma province natale, commune Busiga,Zone Rukeco. Lorsque j’ai appelé un neveu qui Etudie à l’université du Burundi pour qu’on monte ensemble, il me découragea et me conseilla de na pas y aller, faisant état d’un risque sur ma sécurité. Il me révéla qu’il a des rondes nocturnes et que les IMBONERAKURE rançonnent des gens. Ils font des enquêtes sur chaque personne qui monte à l’intérieur. Si une fois les imbonerakure apprennent que tu viens de la Belgique, tu pourras avoir de graves ennuis à moins que tu ne dispose d’ un membre influant du parti au Pouvoir qui pourra confirmer que votre présence au Burundi est positivement connu. Me disait-il avec insistance. Il ajouta que depuis le précédent congrès du parti au Pouvoir au Burundi, il règne un climat de méfiance et de division au sein du parti et que je pourrais être victimes de cette situation surtout que les imbonerakure craignent de personnes du parti qui pourraient monter faire de la propagande contre ce troisième mandat de la discorde. Je décidai alors de ne pas monter et de demander à mes parents de descendre me saluer. 

Après avoir décroché le téléphone je sentis un vif regret d’avoir contribuer dans l’implantation d’un tel système qui ballonne le peuple. J’ai été naïf en me contentant des textes du parti sans savoir les pratiques sur terrain diffèrent énormément des idéaux du parti qui a été détourné de ses objectifs d’antan. Je sentais monter en moi une certaine révolte contre cette dictature que ne mérite pas le peuple Burundais.  
 

Comme j’avais déjà payé le véhicule pour la journée du lendemain, je pris décision de monter à Bugarama pour contempler cette belle partie du Burundi et profiter ne fusse que pour une journée de la fraicheur de cet endroit. Vers 10 h, j’étais arrivée au niveau du Snack Bar Iwabo w’abantu . A quelques mètres de là un policier nous arrête. Curieusement, il est entouré par de personnes en tenue civile. Lorsqu’ils m’ont demandé la carte d’identité, je ne l’ai pas trouvé. Je l’avais oublié dans l’autre voiture. Je fus obligé de leur montrer mon passeport Belge. Au moment où le policier lisait ce qui est écrit, un autre jeune homme s’improvisa. Il prit mon document de voyage et me demanda : « est ce que vous êtes belges ? » je répondis que je suis burundais de naissance et belge par naturalisation mais que mon ancien passeport était expiré et qu’il est à la PAFE pour renouvellement. »
Avec un sourire ironique, il me demanda ma destination, l’objectif de mon voyage et le temps que je compte faire au Burundi. Finalement, après des minutes d’attentes, je descendis de la voiture pour aller demander qu’on me remette mon passeport. Je lui annonça que je suis en vacances et que je me rend à Bugarama pour la demi journée. Après de long conciliabule ils finirent par me rendre mon passeport. La peur au ventre je me demandais pourquoi on m’a retenu si longtemps. Je me demandais s’ils n’ont pas décidé de m’éliminer en cours de route. Arrivée chez Muswahili, je retrouve le réseau de la nouvelle maison de communication Lumitel . Soudain , en lisant sur what’s up je reçois en message m’informant que la député de l’East African Legislative Assembly HAFSA MOSSI vient d’être assassiné en pleine rue et en plein jour. 
 

Liant cet acte ignoble avec ce qui ne cessait de me traverser l’esprit, j’ai ordonné au chauffeur de faire demi-tour immédiatement. Le chauffeur étonné regarda de part et d’autres de la route et ne constata rien d’anormal. Arrivée à Bujumbura les images de la défunte circulaient déjà sur les réseaux sociaux. C’était horrible de voir ces images. Chez certains amis modérés du CNDD FDD, c’était l’émoi généralisé. En cours de route j’ai reçu l’appel de mon ami que j’avais visité la veille. Il m’a dit en termes imagé : « as-tu vu l’illustration de mes révélations d’hier ? » si c’est possible quitte le pays au plus vite ! Sans même retourner à la maison je me suis précipité dans une agence de voyage pour changer mon billet d’avion. Le soir j’étais à l’aéroport pour prendre mon vol non sans regret. 
Au départ de voyage improvisé, je regrettais de voir l’état dans lequel le pays se trouve, un pays qui ne cesse d’être ruiné par ses fils dépourvus de vision et d’humanité. A l’idée que je retournais en Europe sans même saluer mes parents l’angoisse et le chagrin me rongeaient le cœur. Je pris le téléphone pour appeler ma mère en vue de lui parler de l’urgence de retourner en Europe sans la saluer et je l’entendais de l’autre bout du fils entrain de sangloter. Moi-même je ne puis résister à verser deux larmes chaudes. Une pour mon pays dirigé par la terreur et une autre de nostalgie pour mes parents qui me manquais énormément mais que je retournais en Europe sans saluer malgré moi. Après le décollage de l’avion, j’ai prié le bon Dieu pour que je revienne sans tarder dans mon pays après un changement tant souhaité par ce peuple digne mais martyrisé.

                                                                                                                                    KARAKWIYE Fidele 

                                                                                                                                    Bruxelles, le 5/8/2016