La biographie du Président Pierre Nkurunziza en dit plus sur son caractère .

Pierre Nkurunziza, actuel Président du Burundi. Qui est vraiment cet homme qui est parvenu à s’imposer dans la régon des Grands Lacs malgré les aversions ? 
La scolarité de Nkurunziza n’a pas posé trop de problèmes. Sa nature sereine l’avait aidé. A l’école primaire, il était un élève brillant. Il se classait dans les dix premiers de la classe. Parmi les élèves turbulents, le futur Président du Burundi n’y comptait pas. Plutôt c’était lui qui était choisi comme chef de la classe pour sa sagesse. Il savait aussi bien satisfaire ses éducateurs et mater ses camarades de classe sans les vexer.

Ses compères l’admiraient beaucoup et même les enseignants s’étonnaient de cette dextérité qui émanait de lui. Lors des récréations, les autres élèves se rassemblaient autour de lui pour l’écouter comme s’il leur faisait un discours solennel.

Non seulement depuis le primaire, Nkurunziza était un élève garant, il occupait également un rang important au sein de l’organisation interne de son école comme responsable de la Coopérative scolaire. Il dirigeait les travaux agricoles faits par les autres éduques. Aux cours de ses fonctions à la tête de cette organisation, il s’intéressait beaucoup plus à la plantation des arbres fruitiers et à l’élevage des lapins.

Déjà au bas âge, il commence à mûrir l’idée de devenir Chef d’Etat. Alors qu’il fréquentait juste la cinquième année primaire, l’enseignant demanda à ses écoliers ce qu’ils voulaient faire une fois leurs études terminées. Il y en avait ceux qui désiraient devenir pilotes d’avion, agronomes, enseignants,… Lui déclara à haute voix et fièrement qu’il sera Président du Burundi. La classe entière partit en hilarité. Pour être ambitieux, il l’était vraiment.

Mais toujours faut-il rêver, peut-être nos rêves peuvent devenir des réalités.

Y a-t-il une coïncidence entre ce rêve fou et le climat moins sécurisante de l’époque ? Un enfant qui vient de perdre son père et en plus d’une façon pas très claire, n’est ce pas tout à fait normale qu’il rêve d’être le libérateur ?

Après avoir réussi le concours national, Nkurunziza fut orienté à l’Athénée Royal Mwambutsa IV de Gitega, aujourd’hui Lycée de Musinzira.

Enfant toujours placide, il était rare de le prendre en faute. Athénée est une école qui est construit d’une façon étrange. Entre les salles de classe et les locaux qui abritent les dortoirs, il y a une route très praticable et plus empruntée surtout par le monde rural des collines environnantes qui va à l’hôpital d’ailleurs très proche de cette établissement ou tout simplement les paysans qui vont au chef-lieu de la province. En plus de cette excentricité, l’école paramédicale de Gitega, devenue Médico, une école mixte mais à majorité féminine est attenante à Athénée, qui, lui était réservée au sexe fort uniquement (les choses ont changé de nos jours, les filles sont autorisées de fréquenter cette école mais elles restent externes). Ceux qui ne se perdaient pas en contemplation des passants, étaient chez les filles et le plus souvent, ils y allaient en cachette. Les lycéens donc de cet établissement rencontraient obligatoirement beaucoup de tentations les poussant à la distraction, quitte à ce que la plupart d’entre eux perdaient des points en éducation ou se voyaient exécuter des travaux-corvées comme punition disciplinaire.

Pierre, lui, ne se laissait pas subjugué ni par les passants ni par les jeunes filles de la Paramédicale. Son seul loisir était le football et il demandait toujours l’autorisation avant d’aller jouer ou assister à un match quelconque. En plus de cela, les études occupaient une place importante dans sa vie comme d’ailleurs Ça doit être le cas pour un bon élève, conscient de l’importance de cette dévotion.

Comme à l’école primaire, le Numéro Un burundais s’inscrivait toujours dans les unités. Après la dixième année, il fut orienté en section lettres modernes. Brillant élève dans ladite section, il acquit d’excellentes compétences qui, aujourd’hui, justifient formellement sa réussite dans l’assise du pouvoir. On peut citer notamment sa proximité populaire, sa simplicité, son maitrise du verbe,… Ce qui lui vaut éminemment une crédibilité louable.

En 1987, il quitta le cycle secondaire pour entamer le cycle supérieur. Là aussi, il devait passer un examen d’Etat lui permettant d’accéder à cet échelon. Malgré son amour pour le sport, Nkurunziza n’avait pas d’engouement pour l’Institut d’éducation physique et de sport (IEPS), ses choix étaient plutôt portés sur les facultés d’économie et de médecine. Il apprendra avec regret que par mégarde, on ne l’avait pas enregistré comme étudiant dans les deux facultés choisies. A une époque où on essayait de minimiser le plus possible l’élite hutu, il était tout à fait normal que le rejeton de Ngabisha n’eut le droit de fréquenter les facultés «nobles» qui, plus tard enfanteraient les meilleurs cadres de l’Etat.

Décidé de ne plus lâcher prise, il demanda à être affecter dans l’IEPS pour au moins bénéficier le grade de licence. Il réussissait toujours avec succès les premières sessions et cela depuis son intégration. Il fut dirigé par le docteur psychopédagogue Lazare Ntawurishira dans la préparation de son mémoire. Le sujet à analyser était « Opinion des élèves finalistes des écoles secondaires de la Mairie de Bujumbura vis-à-vis de l’enseignement de l’Education Physique et Sport ». Son exposé rencontra l’approbation du jury avec comme mention «grande distinction» malgré les difficultés inhérentes dans l’exercice de ce projet, étant donné la fatalité de l’atmosphère académique des années 80-90 pour les hutus.

A Rumuri, Nkurunziza était surnommé par ses familiers Black panther. Ce sobriquet lui avait été donné en raison de son intérêt pour la révolution des noirs américains. Sinon le surnom qui était connu par tous était Commandant. Ce dernier lui avait été conféré lors des baptêmes universitaires (initiation des nouveaux intégrants). Il avait été désigné, par le comité de suivi des étudiants (les sages), pour être le délégué de tous les « puants », jargon universitaire désignant les nouveaux étudiants tout au long du baptême (trois mois).

Rien de surprenant donc aujourd’hui. Le chemin était tracé à l’avance. Toutes ces responsabilités, minimes qu’elles fussent, étaient des phases préparatoires pour une tâche plus importante encore. Le commandant des puants deviendra plus tard le commandant suprême du Burundi.

Il quitta l’Université en 1991 pour l’enseignement au Lycée Muramvya où il prestait comme professeur d’EPS. Il vécut à Muramvya pour une trop courte période. En 1992, il ne tarda pas à regagner le campus universitaire pour y travailler en tant que professeur-assistant en gymnastique.

«Commandant» était un professeur très strict. Il ne permettait pas l’indiscipline ou toute autre forme de perversité. Ses conseils choquait les uns parce qu’il les lançait non avec méchanceté mais d’une manière qui ne permettait pas la désobéissance. Ils rappelaient toujours à ceux qui voulaient se comporter en adolescent insolent, le but qui les avait poussés à choisir le cycle long.

Non seulement Pierre Nkurunziza donnait cours aux étudiants de Rumuri mais également, il initiait les aspirants officiers de l’Iscam avec qui d’ailleurs il était resté en contact même lorsqu’il était sur le front. 

Toujours la biographie du numéro un burundais Pierre Nkurunziza

Souvenirs des années 70

1972 n’est pas une année de paix et de prospérité comme se le souhaitent souvent les burundais dans leur présentation de vœux annuels. Elle fut une année très sanglante au grand malheur de l’ethnie hutu. Les milieux intellectuels furent les plus touchés, d’un élève de l’école secondaire à la grande personnalité de l’Etat en passant par l’étudiant de U.O.B (Université officielle du Burundi) considéré et avec raison comme futurs grands cadres du pays. (Université unique jusque récemment en 2000 dans tout l’Etat).

Plus de trois cent mille personnes furent massacrées (cfr Burundi, terre des héros non chantés de H. Niyonzima, 2004). Le père du Président ne sera pas épargné au cours de cette barbarie. Il mourra à Gisha, sous l’ordre de l’administrateur, celui-là même qui emprisonna plus tard, Charles Niyonzima, fils aîné du défunt alors qu’il se rendait à Buhiga dans la province de Karusi pour passer l’examen de Concours national lui permettant de poursuivre le cycle secondaire. La victime deviendra aide-infirmier comme sa mère, faute de n’avoir pas terminé ses études et il s’éteindra au cours de la crise de 1993 alors qu’il combattait aux côtés de ses deux frères dont Pierre Nkurunziza le seul survivant parmi les trois frères qui avaient rejoint le front.

Ngabisha avait connu une mort atroce, étranglé à l’aide d’une cravate. On apprendra quelques années plus tard que ledit administrateur, responsable de sa mort, s’était suicidé à la veille du premier mandat de Nkurunziza. En 2005, un nouveau style naquît dans les milieux intellectuels de Bujumbura puis, il se propagea dans toutes les provinces du pays surtout pour les nombreux partisans de Nkurunziza, promoteur national de costumer sans cravater.

La plus part l’appellera style négligé sans toutefois connaître pourquoi le Président ne portait jamais une cravate (ce qui n’est plus le cas) sauf quand il se rendait à l’extérieur du pays. Et bien, la réponse est dans les lignes précédentes qui relatent la mort de son père.

Pardon et réconciliation : deux mots doux à entendre mais durs à appliquer dans le pays comme le Burundi qui tend à sortir de l’impasse politico-ethnique la plus meurtrière de toute l’histoire burundaise. Grâce à son ardente conviction en Dieu, Nkurunziza a compris qu’il devait être le spécimen pour toute la nation.

Orphelin de père à huit ans, Nkurunziza apprendra vite à travailler dur et pour cela, il devrait ôter les beaux habits d’enfants de riches intellectuels et se rhabiller indécemment, précarité oblige, pour ressembler aux autres petits campagnards étant donné que, la veuve Ngabisha ne pouvait plus assurer la survie et la protection de ses enfants dans le centre urbain de Ngozi où ils s’étaient installés depuis leur retour de Bujumbura (tous les biens du défunt avaient été saisis et le reste de sa famille était devenu indésirable dans ce milieu), ils furent obligés de retourner à la campagne.

Buye avait, elle aussi, changé. Tous les hutus valides avaient été tués. Dans les familles, il ne restait que des veuves et des orphelins. Buye était devenue le patrimoine des rwandais qui avaient fui leur pays en 1959. Du petit chef de la colline au chef de zone, tous étaient des rwandais. Et la plupart étaient impliqués dans les massacres de 1972.

Quels malheurs n’avait-elle pas vu cette famille ? De la pauvreté, du traumatisme, de l’humiliation, du mépris et de la haine car les condamnés à mort, tout comme leurs familles entières étaient considérés comme des parias, des traîtres. Justification : la tentative de coup d’Etat du 28 avril «aurait été organisée» par l’élite hutu ou n’aurait-elle pas été un complot préparé à l’avance pour exterminer toute une ethnie comme ce fut le cas ?

La veuve devrait se battre férocement pour la survie de ses enfants. Ce ne fut pas vraiment chose facile. Elle dut faire recours auprès des parents de son époux, à Gatsinda, pour récupérer les terres familiales revenant au défunt. Un combat acharné ! Les problèmes de terre au Burundi ne datent pas d’aujourd’hui. Il compte toujours parmi les moteurs de l’insécurité politico-économique. Il est bon de constater que celui qui arbitre aujourd’hui n’est pas étranger sur ce point.

Le temps nous réserve toujours des grandes surprises, les bonnes et les mauvaises certainement. Qui aurait imaginé que la famille d’un député ou d’un commissaire, grands hommes du pays à l’époque (qui dit grand dit aussi riche) pourrait se salir les mains avec la boue ? Les citadins devinrent des agriculteurs à la grande déception de leurs oncles qui s’étaient sentis spoliés. Ces derniers avaient été forcés par la justice à céder quelques portions de terre qu’ils s’étaient attribuées. Les problèmes ne semblèrent pas s’estomper. Le travail de labour était des plus pénibles, surtout pour ces novices. Ils devaient marcher sur de longues distances de Cahi à Buye, plus ou moins vingt kilomètres.

Le Chef suprême se rappelle des jours et des nuits où il mangeait juste pour calmer l’estomac. Des fois, sa mère l’envoyait dans les champs de bananeraies, voir s’il trouverait quelque chose à manger et souvent, à défaut d’une banane bien mûr, il se contentait de ce qu’il trouvait dans le champ pourvu que la famille ne dorme pas à jeun.

Quand on dit que les burundais ont eu la chance d’avoir un Président dans lequel ils pouvaient tous s’identifier, voilà à quoi on faisait allusion.

«Munda harara inzara hakavyuka inzigo », dit un proverbe rundi. Les problèmes ethno-politiques que connaissent les burundais, résultent en grande partie de la misère et de la pauvreté qui sévissent ce peuple. Le Burundi est un pays agricole, n’est-ce pas la désignation utilisée pour présenter ce pays ? Ce qui est vrai car la majorité de la population vit de l’agriculture et de l’élevage.

Au temps de la monarchie, le roi était considéré comme porteur du beau temps, la pluie était signe de bénédiction (typique au burundais). Une longue sécheresse, qui empêchait la population à travailler la terre, poussait le roi à abdiquer. Depuis bien des années, juste avant l’avènement de Nkurunziza, la famine avait fait des ravages jusqu’à emporter des centaines et des centaines parmi la population surtout dans le nord du pays alors que cette région avait été depuis longtemps considérée comme le grenier du pays. Oui, la longue crise de 1993 peut en être pour quelque chose. Mais à mon avis, la cause majeure est le délaissement de ce secteur-vie du pays. Aucune réforme agraire n’a été envisagée par ses prédécesseurs. Voilà alors qu’arrive un Président qui connaît bien les maux de son peuple et les remèdes à y apporter. Pour endiguer le problème de la faim récurrente, il s’adonne désormais à l’agriculture et à l’élevage moderne. Nkurunziza prêche par l’exemple. Aujourd’hui, il est une référence pour les agriculteurs et les éleveurs burundais du 21ème siècle. Il est très optimiste quant au développement agro-pastoral au Burundi d’ici dix ans. Et bien, sa popularité ne résulte pas du fait qu’il est du Cndd-Fdd ou qu’il est de l’ethnie majoritaire.

Quoi qu’il fût, malgré tous ces événements dramatiques et traumatisants, Nkurunziza n’a jamais permis que le mal s’empare de son cœur. La preuve en est qu’il n’a jamais haï les tutsis pour ce qu’ils étaient. D’ailleurs la plus part de ses amis depuis l’école primaire sont de cette ethnie. Que dirait-on de ses proches coadjuteurs (auxiliaires) comme Sheikh Mohamed Rukara, son bras droit et Jean Jacques Nyenimigabo, son ancien professeur à l’Université et aujourd’hui son Ministre de la jeunesse, du sport et de la culture? Pour ne pas citer que les deux seulement. Le Leadero Burundais a d’ailleurs déclaré que ce dernier lui est comme un père. Rares sont les élèves/étudiants reconnaissants envers les personnes que Dieu avait mis sur leur chemin pour les aider à se construire et à s’affermir dans la société.

Les polémiques sur les origines de Nkurunziza ont été nombreuses dans les milieux politiques.

Tout comme au temps de Buyoya (l’ancien dictateur burundais), incapables de saisir ce qui le poussait à massacrer ses condisciples tutsis, certains le bannirent sur la liste des hima. Ainsi, dépassés par la magnanimité de Pierre envers les tutsi, certains jasèrent comme quoi il ne peut pas faire du mal à la race maternelle. Ce qui est archifaux compte tenu des propos recueillis auprès de Mme Domitille Minani, mère de Nkurunziza et également auprès des anciens voisins de la famille Ngabisha à Buye. Toutefois, selon le livre «Imigenzo y’ikirundi, Université du Burundi, 1978» de J.B. Ntahokaja, dans son classement des clans, celui des babanda se trouve bel et bien dans la famille des tutsi du Burundi.