« Pour négocier un contrat, il faut que toutes les parties soient dans les mêmes conditions, ce qui n’est pas le cas du Burundi. » Déclaration faite par la première vice-présidente du sénat, Spès-Caritas Njebarikanuye en Belgique.
Elle a dénoncé la suspension unilatérale de la coopération directe de l’UE avec le gouvernement. Dans de telles circonstances, les intérêts du Burundi ne sont pas pris en compte dans les négociations sur l’après-Cotonou.
Au cours de cette session, Bujumbura a ainsi invité tous les pays d’Afrique Caraïbes et Pacifique, spécialement ceux de l’EAC de faire bloc contre les sanctions de l’Union européenne prises à son encontre.
Le contrat évoqué par la sénatrice n’est autre que l’Accord de partenariat économique APE que l’UE a négocié avec la Communauté est-africaine le 16 octobre 2014. Depuis les années 2000, l’Union européenne négocie les APE avec ses partenaires ACP. Cela en substitution aux anciens accords de Lomé et de Cotonou. A cet effet les ACP sont amenés à ouvrir leurs marchés à la plupart des produits en provenance de l’UE.
Pour Spès-Caritas Njebarikanuye, qui a présenté la position du Burundi dans cette session de Bruxelles, seule une levée de ces sanctions économiques va favoriser la conclusion d’un partenariat économique.
La puissance européenne, principale partenaire de Bujumbura a décidé de geler ses aides directes en mars 2016. Le Burundi est alors sommé d’honorer ses engagements pris avec l’Accord de Cotonou. Ce dernier a été signé par les Etats africains, dont le Burundi d’une part et l’Union européenne d’autre part. Il stipule en son article 96, que les parties s’engagent à respecter les principes démocratiques, d’Etat de droit et des droits de l’Homme.
Reste à savoir si le Burundi va recevoir le soutien des ACP dans cette 47 ème session. En tout cas, il avait bénéficié du renfort des chefs d’Etat de l’EAC, dans leur sommet qui a eu lieu le 20 mai en Tanzanie.
On se souvient des propos fracassants du président de la Communauté Est Africaine, le président ougandais Yoweri Museveni qui s’en est pris violemment à l’Union européenne qu’il a désignée comme l’oppresseur du Burundi. Le médiateur dans la crise burundaise n’a pas mâché ses mots : « C’est notre problème le Burundi, c’est à nous de le résoudre. Avec l’UE nous avons un souci. Vous prenez unilatéralement des sanctions contre le Burundi alors que c’est un de nos membres… mais c’est quoi ces mauvaises manières ?… » Et de plaider pour la levée de sanctions que l’UE a prises contre le Burundi pour que l’EAC signe le fameux APE.
Le président tanzanien Magufuli, quant à lui, s’est dit prêt à collaborer avec l’UE, à la condition notamment de lever ses sanctions contre le pays voisin. « Nous sommes ouverts à la discussion pour les APE. Nous devrions voir si nous pouvons résoudre ces petites choses qui nous poussent à ne pas signer, comme la levée de l’embargo qui pèse sur le Burundi. » Et de rassurer qu’une fois levé, ils accepteront de signer l’APE.
Bujumbura doit continuer à faire bouillir sa marmite. Une activité plutôt compliquée à réaliser. Le pays subit de plein fouet le gel de la coopération européenne. Son économie est en berne et il craint le pire si rien ne change.
Conscient de la gravité de la situation, le pouvoir est allé à « la chasse aux amis du Burundi » appelés au secours pour boucher le trou laissé par l’UE. Des pays comme la Russie, la Chine, la Turquie et Cuba pour ne citer que ceux-là. Leur aide au niveau diplomatique se font sentir : le Burundi échappe de justesse à des résolutions drastiques contre le lui.
Du point de vue de l’économie, Bujumbura a très vite déchanté : ‘les amis’ n’ont pas mis les mains dans la poche. Du moins pas suffisamment pour le sortir de la crise. Le pays a adopté un budget d’austérité cette année et s’est vu obligé de serrer la ceinture.
La seule solution à sa porte : renouer avec l’UE. Les récents tweets de l’ambassadeur du Burundi aux Nations unies, Albert Shingiro, illustrent ce constat : « Il y a plus de choses qui unissent l’UE et le Burundi que celles qui les divisent. Les deux doivent se surpasser pour avancer. »
De sages paroles qui tranchent avec les discours aux allures va-t’en guerre contre la puissance européenne : « Les anciens colonisateurs qui complotent contre la souveraineté du pays. » L’UE a des exigences, notamment en matière de respect des droits de l’homme. Elle a tracé une ligne rouge à ne pas franchir. Bujumbura n’a d’autres choix que d’abandonner sa joute verbale et coopérer. Au lieu de mander les pays ACP d’exiger à l’UE de mettre la main dans la poche. Un don n’est pas une obligation.