Mémoire à Nikiza David: son interview, sa vie, sa mort.

David NIKIZA, alias Nikidav « L’ARTISTE RASSEMBLEUR »,

avec le célèbre groupe « AMABANO » de la

Radiodiffusion nationale du Burundi,

dans « SANGWE ! » ou « BIENVENUE !» Avant sa mort, il laissé de très bonnes chansons chrétiennes.

REDACTION : Monseigneur Justin Baransananikiye, Directeur de l’Institut de Musicologie de Gitega, vous êtes cousin direct de David NIKIZA, vous avez grandi ensemble et avez partagé plusieurs épisodes de la vie et, plus tard, dès son retour du Kenya en 1978, vous vous êtes retrouvés tous deux déjà au service de la Musique burundaise moderne. Quelle qualité particulière avez-vous gardée comme marque de la personne de NIKIZA ?

Mgr. JUSTIN : « UN ARTISTE RASSEMBLEUR » ! Et, chaque fois que je fais allusion à David, mes pensées et ma sympathie vont également vers Antoine-Marie RUGERINYANGE (alias AFRICANOVA), son bras droit, fidèle compagnon qui, ensemble, ont construit l’histoire et la gloire du groupe AMABANO de la Radiodiffusion nationale du Burundi à la fin des années 70.

REDACTION : Et, selon vous, quel serait le grand secret qui s’est toujours caché derrière le succès de David NIKIZA, le musicien/chanteur?

Mgr. JUSTIN : Mis à part son grand talent d’auteur-compositeur qui attirait vers lui des foules d’amateurs de la chanson, David était un homme très humble, peu exigent, ouvert, compréhensif et surtout épris d’un esprit de partage. Chacun voulait faire de lui son ami, et c’est là que la force de son esprit de « SANGWE » se manifestait.

REDACTION : Etaient-ce des qualités avec lesquelles il avait grandi où sont-elles apparues dès son entrée sur la scène musicale ?

Mgr. JUSTIN : Non. déjà, au cours de ses études à l’Ecole Moyenne Pédagogique de Kibimba entre 1964 et 1968, puis à l’Athénée Mwami Mwambutsa IV de Bujumbura entre 1970 et 1972, David dont le talent de chanteur s’était manifesté très tôt, s’est illustré comme « le grand ami des jeunes » par excellence. Et vous dire qu’en moins d’une demi-heure, par exemple, il était capable de vous constituer une troupe de joueurs de saynètes à l’école, une petite chorale ou un groupe de danseurs !

REDACTION : Cet esprit de « RASSEMBLEUR » semble aussi ressortir notamment de son hit « SANGWE » que vous venez de mentionner.

Mgr. JUSTIN : Effectivement. « SANGWE » est l’un des derniers grands succès enregistrés en 1978 par David NIKIZA avec le célèbre groupe « AMABANO ». L’histoire de l’esprit « SANGWE » ou « BIENVENUE ! » a marqué tout son parcours artistique.

REDACTION : Comment ?

Mgr. JUSTIN : En bref, dès Mai 1972, alors que NIKIZA se retrouve refugié au Rwanda, il rencontre Africanova et ensemble en terre étrangère, dans cet esprit de « SANGWE » ils fondent le célèbre groupe très populaire, « LES FELLOWS », dont faisaient partie Masabarakiza Siméon (alias Rastang), Benito et Raymond Ramadhani. Peu après, dès 1974-1975, c’est à Nairobi que l’esprit « SANGWE » atteint son paroxysme lorsque, toujours avec Africanova, David fonde le groupe « EXPLORERS » composé, cette fois-ci, de musiciens Burundais, Kenyans et Congolais qu’il ramène au Burundi en 1978 pour devenir « AMABANO ».

Sangwe, Sangwe,

Sangwe bagiraneza dusangire ikiyago,Iyooh, iyooh, iyooh !

Sangwe, sangwe, sangwe, sangwe

Sangwe, sangwe !

Umutima w’urukundo uba hafi nk’irembo, Aho, aho,

Sangwe Bamararungu, Aho, aho,

Sangwe inanga iyage, Aho, aho, dusangire ikiyago!

Sangwe Bagiraneza, Abatuhurana,Iyooh, iyooh, iyooh!

Sangwe Bagiraneza, dusangire ijambo, Iyooh, iyooh, iyooh!

Sangwe Bagiraneza dusangire ikiyago,Iyooh, iyooh, iyooh

Sangwe, sangwe, sangwe, sangwe!

REDACTION: Mais, pourquoi NIKIZA lance-t-il justement ce puissant cri de « SANGWE ! » ?

Mgr. JUSTIN : C’était le moment idéal de le faire comme il me le disait à l’époque. En effet, David venait de retrouver sa terre natale après cinq ans et demi d’exil. En tant que premier grand chanteur/musicien burundais qui avait réussi à propulser la musique burundaise sur les podiums panafricains de l’ « Afro beat » grâce à ses deux hits « Tamba amayaya Burundi » et « Shoreza inyange » (1977), NIKIZA était devenu l’enfant-chéri des Burundais, le modèle à suivre, l’artiste à écouter.

REDACTION : Et, il en a profité pour donner un puissant message rassembleur à son peuple !

Mgr. JUSTIN : Sans aucun doute. Car, la moindre parole qu’il pouvait prononcer, allait retentir très fort dans les cœurs des Burundais à peine sortis des tristes événements de 1972. Voyez, par exemple, les expressions puissantes qu’il utilise dans cette chanson où il les invite tous comme:

– « Abagiraneza » (les Burundais qui avaient aidé/secouru/caché leurs compatriotes durant les moments difficiles)

– « Abamararungu » (les Burundais qui n’ont pas hésité d’aller consoler/réconforter et soutenir moralement ceux-là qui avaient perdu les leurs durant la crise).

– « Abatuhurana » (les Burundais qui n’ont pas attisé le feu, refusant de tromper/trahir/vendre leurs frères lors des tristes événements).

REDACTION : A tous ces artisans de paix, NIKIZA adressait donc son grand « SANGWE ! »

Mgr. JUSTIN : Exactement. Un « SANGWE » qui signifiait aussi ‘message’:

– de PARDON (David pardonne lui-même et oublie tout ce qu’il a subi car il n’y fait pas allusion du tout),

– de RECONCILIATION (venez, partageons la causerie fraternelle « ikiyago », et la parole de sagesse et d’Ubuntu « Ijambo » autour de la musique « Inanga » retrouvée, car l’esprit d’amour « urukundo » s’ouvre devant nous tous).

REDACTION : Merci à David NIKIZA pour ce bel héritage !