Le président de la République a mis en garde quiconque tentera de faire une contre-propagande contre le projet de Constitution. D’après le parti au pouvoir, le temps n’est pas encore arrivé de battre campagne pour ou contre le référendum prévu en mai 2018. L’opposition parle de tricherie politique.
Pancrace Cimpaye : «C’est une mascarade!»
«Comment pouvez-vous imaginer qu’il y a quelqu’un qui peut faire campagne pour dire ‘’Non’’? C’est se moquer des gens.» Le porte-parole du Cnared s’interroge comment on peut battre campagne alors que les opposants politiques sont soit en exil soit en prison pour leurs opinions. «C’est une mascarade. Aujourd’hui, nous sommes dans un terrorisme d’Etat où l’opposition n’a plus droit de cité.» Pour Pancrace Cimpaye, il n’y a aucune condition qui peut justifier la tenue d’un référendum. La seule voie qui peut mettre fin à cette crise, poursuit-il, c’est se retrouver autour d’une table de négociations entre la partie qui a violé l’Accord d’Arusha et celle qui le défend. «Organiser un référendum, enterrer l’Accord d’Arusha, mettre en place une nouvelle constitution, proclamer Nkurunziza président à vie, ça ne fera que exacerber la situation déjà préoccupante.»
Gabriel Rufyiri : «Tout le monde ne peut pas avoir une même pensée.»
Selon le président de l’Olucome, la Déclaration universelle des droits de l’Homme et la Constitution du Burundi garantissent la liberté d’opinion et la liberté d’expression. Ce sont des droits mondialement reconnus et protégés par tous les Etats dont le Burundi. Si une autorité peut s’arroger le droit de dire que personne n’a le droit de dire Non au référendum, c’est grave. C’est bafoués les deux textes. Pour M. Rufyiri, les 12 millions de Burundais ne peuvent pas avoir la même pensée. « C’est impossible. C’est un rêve qui ne se réalisera jamais.»
Aimé Magera: «Ils seront tenus en échec»
«Le Secrétaire général du Cndd-Fdd n’a pas d’arguments. Il est qui pour se substituer à l’exécutif ? Il veut tromper les gens et surprendre la population.» D’après le porte-parole du Fnl pro-Rwasa, l’attitude du gouvernement ne l’’étonne pas. «Quel sens donné à un référendum lorsque ce sont seulement quelques personnes qui se sont concertées sans prendre en compte le point de vue de la population?» Pour lui, une consultation pour changer la Constitution, si elle est nécessaire, devrait d’abord être précédée par une stabilisation du pays. «Plus de 450.000 réfugiés. Pour un pouvoir normal, ça devrait être inquiétant.»
D’après Aimé Magera, la population est déterminée à démontrer sa maturité politique. «Nous allons utiliser tous les moyens légaux pour bloquer ce projet. Nous recommandons à la population de rester sereine et debout. Serrez les rangs! Ils seront tenus en échec comme dans le passé.»
Kefa Nibizi : «ça répond aux demandes de la population»
Le président du Frodebu Nyakuri indique que lors des réunions de Gitega et de l’Hotel Source du Nil, les partis politiques avaient demandé l’amendement de la Constitution. De même que dans le dialogue inter-burundais initié par la Commission Nationale du Dialogue Inter-burundais (CNDI). Pour lui, ce projet de loi fondamentale répond aux aspirations de la population. Il reconnaît que le président de la République a les pleins pouvoirs de proposer des amendements. «Nous aussi nous n’avons pas été consultés mais nous n’avons aucune base légale pour contester.»
Pour Kefa Nibizi, faire campagne pour un Oui ou un Non, est un droit absolu pour chaque Burundais. Il confie que son parti va participer aux nouveaux démembrements de la CENI. M. Nibizi demande à ce que tous les partis politiques agréés soient autorisés à mener campagne pour le référendum. Toutefois, il se garde de se prononcer sur le choix de son parti. «Il est encore trop tôt. Attendons la fin de la campagne du gouvernement.»
Gilbert Bécaud Njangwa : «C’est le peuple qui a le dernier mot.»
Pour ceux qui disent que le climat politique n’est pas propice à la révision de la Constitution, le représentant légal de l’Onelop-Burundi n’est pas de cet avis. «C’est une mauvaise appréciation des uns. Dans la constitution de 2005, il y a des lacunes qu’il faut amender.» Pour lui, ce n’est pas une question de discussion aujourd’hui. «C’est le peuple qui a va décider.» Il exhorte les partis politiques à s’approprier ce projet et à l’expliquer à leurs militants. «Ils ont le choix de voter Oui ou Non.»
M. Njangwa trouve qu’il y a certaines dispositions prévues dans le nouveau projet qui font peur aux partis politiques qui ont peu de membres. Il donne l’exemple de la suppression des coalitions des indépendants. «Cette disposition va plutôt aider dans la stabilisation des partis.» Cet activiste de la société civile nie qu’il y a des militants de l’opposition qui sont maltraités sur terrain.




