Polémique autour de la non-extradition

Le projet de Constitution, en son article 50, prévoit la non-extradition de tout Burundais. Cette disposition divise la classe politique burundaise.

Parmi les amendements constitutionnels faisant l’objet d’une campagne d’explication de l’exécutif, figure l’article 50, §2 qui prévoit notamment qu’«Aucun Burundais ne peut être extradé.»

Térence Ntahiraja, porte-parole du ministère de l’Intérieur, fait savoir que le Burundi n’est pas le seul pays à prendre cette mesure. Il donne les raisons qui ont poussé le gouvernement burundais à édicter une telle disposition.

«Le Burundi veut sauvegarder sa souveraineté et protéger ces citoyens. » Par ailleurs, selon M. Ntahiraja, le gouvernement burundais veut renforcer et rendre plus efficaces les juridictions nationales.

Interrogé si le Burundi n’a pas voulu entraver les enquêtes et les poursuites de la CPI, le porte-parole du ministère de l’Intérieur rétorque : «Le Burundi n’a plus de relations avec cette institution judiciaire. »

Quid des accords d’extradition ?

M. Ntahiraja indique que le Burundi continuera à collaborer avec les pays voisins et Interpol. Il dit que tout criminel burundais qui franchira les frontières sera poursuivi. «Nous allons demander aux pays qui l’héberge de le juger ou de l’extrader ». Et de marteler : «Le principe de réciprocité diplomatique reste en vigueur. »

A ceux qui s’interrogent sur les conventions relatives aux droits humains signées par le Burundi, M. Ntahiraja tranquillise : «Le Burundi reste attaché à toutes les conventions signées. » Et il souligne que les lois burundaises prévoient la poursuite et les sanctions des crimes de génocide et crimes contre l’humanité.

Interrogé sur les mandats d’arrêts émis contre les présumés putschistes, le porte-parole du ministère de l’Intérieur se veut optimiste : « Nous pensons que les pays qui les hébergent vont coopérer. »

« L’intention est de soustraire tout Burundais coupable de crime de la justice internationale », analyse Tatien Sibomana, acteur politique. Les ténors du pouvoir croient faire obstacle aux enquêtes et poursuites de la CPI. Or, explique-t-il, le Burundi a ratifié des pactes et conventions internationaux qui obligent les Etats signataires à extrader toute personne poursuivie devant la justice internationale. M. Sibomana fait savoir que la non-extradition entraînera de lourdes conséquences.

D’emblée, précise cet acteur politique, la non-extradition va asseoir l’impunité du crime international. «La réciprocité diplomatique, principe sacro-saint en matière de relations internationales, va être battue en brèche ». Pour lui, les autres Etats ne vont pas extrader les criminels burundais ou même non burundais. Et de conclure : «Cette disposition ne vient qu’isoler le Burundi dans le concert des nations. »