1 Mystères
ME 1967 p.175, 201
1.1 – Les mystères au sens du Nouveau Testament
Plusieurs passages des Écritures nous occupent de « mystères ». Ce terme évoque surtout pour nous le « mystère caché dès les siècles en Dieu » d’Éphésiens 3:9, c’est-à-dire l’Assemblée, mais il est aussi employé à propos d’autres sujets que celui-là. D’une façon générale, l’Esprit de Dieu entend par « mystère » ce qui demeure incompréhensible à notre entendement et ne peut être connu que dans la mesure et au moment où Dieu se plaît à nous le révéler ; que l’accomplissement en soit actuel ou encore à venir. Présentement, les « mystères » ne sont pas tous accomplis (cf. Apoc. 10:7), mais ils nous ont tous été révélés, à l’exception cependant d’un seul : le mystère de l’union de la divinité et de l’humanité, le mystère de la Personne du Fils (cf. Matt. 11:27). Il est à noter toutefois que le mot « mystère » n’est pas employé dans ce dernier passage, bien qu’il y ait là pour nous un insondable mystère. Que Dieu nous garde de chercher à sonder ce qu’Il n’a pas trouvé bon de nous révéler, d’essayer de « regarder dans l’arche » ! (cf. 1 Sam. 6:19).
Nous considérerons brièvement, dans les pages qui vont suivre, les différents « mystères » dont il est question dans la Parole. À peu d’exceptions près, les passages qui nous en occupent se trouvent dans les écrits de l’apôtre Paul, ce qui n’est pas pour nous surprendre, puisqu’il a été un fidèle « administrateur des mystères de Dieu » (cf. 1 Cor. 4:1, 2). Pour faciliter l’exposé, il paraît souhaitable de grouper ces différents « mystères » en diverses catégories :
1. les mystères ayant trait au mal et à son développement,
2. le mystère relatif au gouvernement de Dieu,
3. les mystères prononcés par ceux qui parlaient en langues dans l’assemblée,
4. les mystères qui constituent l’ensemble des secrets de Dieu,
5. les mystères ayant trait à la Personne et aux gloires de Christ,
6. les mystères concernant Christ et l’Assemblée,
7. les mystères relatifs à la marche du croyant ici-bas,
8. les mystères du royaume,
9. le mystère de la venue du Seigneur.
Il nous semble préférable de commencer par les mystères compris dans les quatre premiers groupes, sans beaucoup nous y arrêter d’ailleurs, afin de n’avoir plus à nous occuper ensuite que de ceux dans la considération desquels nous trouverons, plus spécialement que dans les premiers, nourriture et rafraîchissement pour nos âmes.
1.2 – Mystères ayant trait au mal et à son développement.
Dans cette classe peuvent être rangés « le mystère d’iniquité » et « le mystère de la femme et de la bête qui la porte » (2 Thess. 2:7; Apoc. 17:7). Le mystère d’iniquité opérait déjà du temps de l’apôtre, à plus forte raison aujourd’hui, et il opérera jusqu’à la fin, c’est-à-dire jusqu’à l’enlèvement des saints ayant part à la première résurrection, la résurrection d’entre les morts. Viendra ensuite l’apostasie de la chrétienté : la « grande maison » ne comprendra plus que les professants sans vie, à quelque dénomination chrétienne qu’ils se soient précédemment rattachés, et l’union du monde chrétien, après avoir été si longtemps vainement recherchée, sera alors réalisée : ce sera Babylone, la Babylone orgueilleuse, riche et puissante dont nous parlent les chapitres 17 et 18 de l’Apocalypse. La corruption idolâtre de la religion chrétienne, qui atteindra son apogée à ce moment-là, est figurée par « la grande prostituée » du chapitre 17, sur le front de laquelle est écrit un nom : « Mystère, Babylone la grande, la mère des prostituées et des abominations de la terre » (v. 1 à 7). Quel mystère en effet, que celle qui a la prétention d’être l’Église de Christ et la seule Église soit véritablement l’origine de toute la corruption qui s’est développée dans la chrétienté pour arriver à maturité lorsque l’apostasie — reniement complet et public du christianisme — et la manifestation de « l’homme de péché » feront suite au « mystère d’iniquité » (cf. 2 Thess. 2:1 à 12).
Le développement de l’iniquité au sein de l’Église professante, pourtant responsable d’obéir à la volonté divine, constitue bien un mystère. Quels sont ceux qui ont conscience d’une telle iniquité et de son développement, en dehors des croyants qui, instruits par la Parole et l’Esprit de Dieu, ont la révélation de ce mystère comme aussi du « mystère de la femme et de la bête qui la porte » ? La « Bête » est une figure de l’Empire romain qui reparaîtra sous une dernière forme quand « la bête… montera de “l’abîme ”», c’est-à-dire quand cet Empire recevra puissance et autorité de Satan lui-même. Que celle qui était responsable de présenter Christ à ce monde, d’y être en témoignage pour Dieu, se laisse « porter » par une puissance qui reçoit son autorité du diable, quel mystère ! Ce mystère, Dieu a voulu nous le révéler : « Je te dirai, moi, le mystère.. . » (Apoc. 17:7). Et n’est-ce pas en vue d’un but pratique : « Sortez du milieu d’elle, mon peuple, afin que vous ne participiez pas à ses péchés, et que vous ne receviez pas de ses plaies… » (18:4) ? Se retirer de Babylone avant qu’elle ne soit jugée « en un seul jour… en une seule heure » (ib. 8 à 10), c’est ce à quoi nous sommes invités déjà maintenant ; bien que nous n’ayons pas à sortir de la « grande maison », nous n’en sommes pas moins exhortés à nous « retirer de l’iniquité » — c’est une responsabilité individuelle — afin de « poursuivre la justice, la foi, l’amour, la paix, avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur » (2 Tim. 2:19 à 22). C’est ainsi que se trouve rassemblé le peuple de Dieu —« mon peuple » — dans la séparation de tout mal, ne « participant pas aux péchés » de cet ensemble qui va être manifesté, après l’enlèvement de la vraie Église, comme « Babylone la grande » et qui déjà en revêt de si nombreux caractères.
1.3 – Mystère relatif au gouvernement de Dieu.
C’est le gouvernement de Dieu à l’égard de son peuple terrestre qui nous est spécialement présenté — parmi tant d’actes de son gouvernement — comme un mystère : « Car je ne veux pas, frères, que vous ignoriez ce mystère-ci, afin que vous ne soyez pas sages à vos propres yeux : c’est qu’un endurcissement partiel est arrivé à Israël jusqu’à ce que la plénitude des nations soit entrée ; et ainsi tout Israël sera sauvé… » (Rom. 11:25, 26).
Ce passage de l’Écriture nous révèle un mystère qui correspond à l’accomplissement du propos de Dieu à l’égard de son peuple Israël, propos déjà annoncé par le prophète Ésaïe (6:9, 10), puis confirmé par le Seigneur lui-même alors qu’Il était ici-bas, rejeté par son peuple (cf. Marc 4:12 ; 3:20 à 35). « Un endurcissement partiel est arrivé à Israël », de sorte qu’Israël est mis de côté en tant que témoignage de Dieu ; il devait en être ainsi afin que l’évangile puisse être prêché aux nations, désormais responsables de maintenir le témoignage de Dieu dans ce monde : elles sont vues dans la figure de « l’olivier sauvage » maintenant « devenu coparticipant de la racine et de la graisse de l’olivier » (Rom. 11:17). C’est ainsi que la « réjection » d’Israël est « la réconciliation du monde » (ib. 15). Mais quand « la plénitude des nations sera entrée », c’est-à-dire quand sera complet le nombre de ceux qui doivent faire partie de l’Église, Dieu reprendra ses relations avec Israël, non plus incrédule mais croyant (ib. 25 et 23), le résidu croyant devant constituer un tout, le vrai Israël peuple terrestre de Dieu ; c’est dans ce sens qu’il est écrit : « tout Israël sera sauvé » (ib. 26 — cf. Rom. 9:27).
Dieu ne voulait pas nous laisser ignorer « ce mystère-ci », mystère qui demeure impénétrable pour l’incrédule : l’histoire d’Israël, sa condition présente — confirmation pour nous croyants, s’il en était besoin, de la vérité de l’Écriture — demeure un mystère pour les hommes de ce monde. — Mais si Dieu a endurci le cœur du peuple ce n’est pas avant de l’avoir averti, ce n’est pas sans avoir usé de beaucoup de patience envers lui et c’est parce que d’abord Israël s’est endurci qu’ensuite, dans son gouvernement, Dieu l’a endurci. Il en fut de même jadis pour le Pharaon ; nous trouvons à plusieurs reprises cette expression : « Le cœur du Pharaon s’endurcit », ou : « Le Pharaon s’endurcit » (Ex. 7:13, 22 ; 8:15, 19, 32 ; 9:7, 35), tandis que nous lisons ensuite : « Et l’Éternel endurcit le cœur du Pharaon » (9:12 ; 10:20, 27 ; 11:10 ; 14:8), ou encore : « J’ai endurci son cœur et le cœur de ses serviteurs » (10:1), « J’endurcirai le cœur du Pharaon » (14:4), ce que d’ailleurs l’Éternel avait à l’avance déclaré à Moïse car Il connaît la fin d’une chose avant son commencement (cf. 4:21 ; 7:3).
De tout cela nous pouvons dégager un enseignement moral utile à chacun : il est toujours très sérieux de refuser d’écouter les avertissements que Dieu nous adresse et d’endurcir notre cœur ! Nous risquons d’avoir à connaître, comme le Pharaon ou comme le peuple d’Israël, l’exercice du jugement gouvernemental de Dieu et si Lui-même endurcit notre cœur qu’en sera-t-il de nous ? Pour l’incrédule, ce peut être le sort terrible du Pharaon : « Le Pharaon, roi d’Égypte, n’est qu’un bruit ; il a laissé passer le temps ! » (Jér. 46:17). Avoir laissé passer le temps de la patience de Dieu, être à jamais perdu ! Pour le croyant, la question de son salut éternel n’est certes pas mise en cause, mais quelles souffrances dans le temps actuel et quelle perte au jour de la manifestation et de la rétribution devant le tribunal de Christ ! (cf. 2 Cor. 5:9, 10).
1.4 – Mystères prononcés par ceux qui parlaient en langues dans l’assemblée.
L’apôtre fait observer aux Corinthiens que « les langues sont pour signe, non à ceux qui croient, mais aux incrédules » (1 Cor. 14:22). Dans ces premiers temps de l’histoire de l’Église où le don des langues s’exerçait pour la prédication de l’évangile — les envoyés du Seigneur pouvaient être ainsi reconnus comme parlant de sa part et le don s’exerçait en vue de l’utilité : les auditeurs entendaient l’évangile chacun dans sa propre langue — plusieurs, probablement pour se faire valoir, parlaient en langues dans l’assemblée bien que leur auditoire ne fût pas à même de les comprendre. Ils ne parlaient donc pas aux hommes mais à Dieu ; personne ne les comprenait, en esprit ils prononçaient des « mystères » : ce qu’ils disaient était peut-être excellent en soi mais n’était d’aucun profit pour l’assemblée, à moins que quelqu’un n’interprétât (ib. 5). Or, et l’apôtre insiste sur ce point, toute action dans l’assemblée doit être en vue de l’édification. Pour qu’il en soit ainsi, il faut en premier lieu (la condition est nécessaire mais pas suffisante) que chacun sache ce qui est dit (ib. 15 à 17).
Là encore nous avons un enseignement utile à retenir : un frère qui agit dans l’assemblée doit, selon l’enseignement même de l’Écriture, s’exprimer de façon à être compris de tous. Il doit donc, d’abord, parler distinctement et d’une voix assez forte pour être entendu, ensuite présenter, dans la dépendance de l’Esprit Saint, avec simplicité et clarté, ce qui pourra être aisément saisi par l’auditoire, de façon qu’il y ait une réelle édification. Il n’y a dans l’assemblée aucune place pour des discours confus et touffus, pour des exposés subtils et compliqués tendant à piquer la curiosité beaucoup plus qu’à nourrir l’âme, pour ce qui est le fruit de l’imagination de quelqu’un qui se recherche lui-même au lieu de chercher à édifier l’assemblée !