L’Assassinat du Lieutenant Général Adolph Nshimirimana a t-il été commandité et planifié à partir de Kigali réellement !

Assassiné le 2 août dans un attentat à la roquette à Kamenge, son fief de la capitale burundaise, Adolphe Nshimirimana faisait partie du « groupe de généraux » au cœur du système Nkurunziza.

Avec l’assassinat du général Adolphe Nshimirimana, « c’est le pouvoir burundais qui a été touché en plein cœur ». Willy Nyamitwe, conseiller en charge de communication à la présidence, l’a affirmé, lundi 3 août, à Jeune Afrique. La veille, près de trois heures après l’attaque à la roquette contre le bras droit du président Pierre Nkurunziza, il avait confirmé sur Twitter la mort de celui qu’il l’appelle son « frère » et son « compagnon de lutte ».

« Ami personnel » du chef

Selon Willy Nyamitwe, les deux hommes (Pierre Nkurunziza et Adolphe Nshimirimana) se connaissaient depuis « fin 1993-début 1994 ». « Ils se sont rencontrés pendant la lutte armée », explique-t-il, soulignant qu’Adolphe Nshimirimana a toujours occupé un rang d’officier dans le mouvement. Celui-ci a grandi à Kamenge, dans le nord de la capitale Bujumbura. « Il avait réussi à garder des liens solides avec son quartier », commente Willy Nyamitwe. L’officier y tenait même jusqu’à sa mort un débit de boisson.

Pierre Nkurunziza et Adolphe Nshimirimana étaient des amis, ils jouaient dans le même club de football.

Avec Nkurunziza, les « rapports étaient amicaux », tient à rappeler le conseiller du président. « Ils jouaient au football dans le même club [Alleluia FC] », explique-t-il, soulignant que le chef était très affecté par la disparition de son « ami personnel ».

De la rébellion à la tête de l’armée et des services de sécurité

Pendant la décennie de guerre civile, Adolphe Nshimirimana gravit tous les échelons du commandement militaire de la rébellion. En 2003, lorsque le le Conseil national pour la défense de la démocratie (CNDD) réintègre les institutions de la République, il trône à la tête des Forces de défense de la démocratie (FDD), la branche armée du mouvement. Dans la foulée, il est nommé chef d’état-major adjoint de l’armée burundaise.

Très rapidement, Adolphe Nshimirimana prend la tête du Service national de renseignement (SNR). Poste qu’il occupera pendant dix ans. Une décennie de « sales besognes », selon les ONG de défense des droits humains qui le soupçonnent d’être impliqué dans les exécutions extrajudiciaires, des enlèvements, des intimidations et dans plusieurs autres affaires sensibles dont le viol et l’assassinat de trois religieuses italiennes début septembre 2014, dans un couvent de Kamenge, à la périphérie de Bujumbura. Une « campagne de diabolisation », réagit Willy Nyamitwe.

Fin 2014, à quelques mois de la présidentielle, Pierre Nkurunziza décide de remplacer le « général Adolphe » à la tête du SNR. Une disgrâce ? « Non, une redistribution des cartes », affirme-t-on dans l’entourage du chef de l’État. D’autant que Nshimirimana est loin d’être mis sur la touche. Il est rappelé au cabinet du président de la République pour devenir son conseiller principal chargé de mission.

Le vrai chef des Imbonerakure !

En réalité, l’officier garde toute son influence dans le système Nkurunziza. « Il était un élément important dans le groupe de généraux issus du CNDD-FDD qui ont leur mot à dire dans la gestion de l’État », affirme un membre de la société civile à Bujumbura. « Il est resté fidèle à Nkurunziza », ajoute-t-il.

Lorsque la contestation contre le troisième mandat du président Pierre Nkurunziza éclate fin avril dans la capitale, le quartier de Kamenge ne bronche pas. L’officier contrôle tout dans son fief. Dans l’ombre, avec notamment le général Alain-Guillaume Bunyuni, ancien chef de police, il organise  la riposte. « [Son] bar restaurant, dénommé ‘Iwabo w’abantu’, situé sur la route nationale n°1, à la sortie de Bujumbura, [était] devenu l’état-major de la milice Imbonerakure encadrée par certains hauts gradés de la police et de l’armée », dénonçait à la mi-mai un « appel urgent » signé par des opposants, des membres de la société civile et deux anciens chefs d’État burundais, Sylvestre Ntibantunganya et Domitien Ndayizeye.

Pour ces derniers, les Imbonerakure [les jeunes du CNDD-FDD soupçonnés d’être une milice pro-gouvernementale, NDLR] fonctionnaient « sous le commandement » du « général Adolphe ». Pendant la campagne anti-troisième mandat de Nkurunziza, « en complicité avec les éléments du SNR, cette milice [procédait] abusivement à des interrogatoires et des arrestations arbitraires », si l’on croit à l’appel urgent susmentionné. Une question se pose : comment réagiront désormais les jeunes du parti au pouvoir après l’assassinat de celui qui était présenté comme leur vrai chef ? Tout le Burundi retient son souffle.

La genèse de ces assassinats est à trouver dans l’annonce de la troisième candidature de Pierre NKURUNZIZA. A partir de ce forcing électoral, le Burundi est plongé dans une incertitude institutionnelle sur tous les plans : sécuritaire, politique, économique et humanitaire. Cette situation alarmante est accentuée par l’apparition d’assassinats ciblés et menés de manière sophistiquée.

La crise déclenchée par l’annonce du forcing électoral a entrainé comme conséquence l’aggravation de l’état sécuritaire et humanitaire : plus d’une centaine de personnes tuées, 600 blessées, un millier de personnes détenues et des centaines d’autres torturées, selon les rapports des Nations-Unies.

De ce chaos indescriptible, l’impensable ou l’événement inattendu arrive : le Général Adolphe NSHIMIRIMANA, la pièce maitresse au cœur de cette crise, est abattu froidement et sauvagement Dimanche le 2 Août 2015 dans la matinée. La nouvelle de sa mort suscite beaucoup d’émotions à l’intérieur du Burundi et au sein de toutes les diasporas burundaises jusque dans les camps des refugiés.

D’un côté, le pouvoir et ses supporters se sentent atteints au plus profond d’eux-mêmes. De l’autre, les anti-troisième mandat célèbrent et jubilent à cette annonce comme si la disparition de ce personnage controversé pouvait atténuer l’intensité de la crise.

Dans l’immédiat, personne ne revendique officiellement cet attentat. En coulisse, certains frondeurs, anciens compagnons de lutte avant la consommation du divorce avec le général Adolphe NSHIMIRIMANA, et d’autres aventuriers à la tête de rebellions fantômes s’attribuent à qui voulait l’entendre que la disparition du Général Adolphe relevait  de leurs œuvres. Une autre rumeur fortement propagée et qui habite le cœur de nombreux burundais, met cet assassinat sur le dos de l’ancien ami et patron d’Adolphe NSHIMIRIMANA, le Président de la République Pierre NKURUNZIZA.

Les tenants de cette hypothèse avancent un conflit interne lié à la crise et la gestion de la prochaine législature. Cependant, pour les connaisseurs du noyau du régime, cette hypothèse est invraisemblable.

Toujours est-il que dans la foulée, le Parquet Général affirme détenir les présumés coupables du forfait. Il s’agit entre autres de:

-Premier sergent major Patrick NSENGIYUMVA

-Caporal chef Claude MUHIMPUNDU

-Caporal chef Alexis SEBAHENE

-Caporal Ernest NYABENDA

-Premier sergent major Cadeau BIGIRUMUGISHA

Le Procureur Général dit rechercher encore les caporaux :

-Emmanuel NIYONKURU

-Fabien NINGARUKIYE

-Willy NDAYISHIMIYE

-Charles BUKURU

-Clovis IYAMUREMYE

Donc, sur le dossier Adolphe NSHIMIRIMANA, le pouvoir n’y va pas par quatre chemins : l’éminence grise du régime a été abattue par des militaires de l’armée burundaise. La question qui se pose ici est celle de l’incrimination des seuls caporaux sans trace d’officiers ni de sous-officiers. Ce qui pousse à une autre interrogation sur les concepteurs, planificateurs, exécutants  et le mobile du crime.

Par là, la piste du Procureur Général ne rencontre pas l’approbation des criminologues et pénalistes contactés par la RPA, parce que certains éléments pour établir l’infraction manquent.

Certes, le commando qui a abattu le Général Adolphe NSHIMIRIMANA n’était pas professionnel, par contre, il était guidé par une détermination guerrière, selon les spécialistes en balistique interrogés par la RPA.

Jusque là, le flou plane au sujet des commanditaires, des auteurs et du mobile de l’assassinat d’Adolphe NSHIMIRIMANA.

Quid de l’assassinat du colonel Jean BIKOMAGU ?

« Une rumeur persistante dans la capitale burundaise disait que le Général Adolphe NSHIMIRIMANA ne serait pas enterré avant la mort de quelqu’un de son rang,  dans l’autre camp. Le Colonel BIKOMAGU pouvait incarner ce symbole. »

Il s’agit là d‘un extrait d’une dépêche de l’Agence France Presse (AFP) postée sur le site de la RFI en date du 16 Août 2015 à 11h 01 au  sujet de l’assassinat du Colonel Jean BIKOMAGU.

Que disent les enquêtes de la RPA pouvant être biaisée par le penchant politique mais avec certaines réalités ?

Quelques heures après l’assassinat du Général Adolphe NSHIMIRIMANA, des poids lourds du noyau du régime de Bujumbura se sont réunis pour analyser la stratégie à suivre après la mort du Général Adolphe NSHIMIRIMANA. Une source fiable, membre du cercle des décideurs et qui a requis l’anonymat,  a révélé à la RPA  que  pour le cercle autour du président NKURUNZIZA, l’assassinat d’Adolphe NSHIMIRIMANA était une occasion en or  pour attiser la haine ethnique, mobiliser le maximum possible de supporters de l’ethnie Hutu et ainsi conforter de cette manière la volonté de briguer le troisième mandat du président NKURUNZIZA.

Dans l’après-midi du même dimanche, une réunion de crise aurait eu lieu dans une des villas des dignitaires. Parmi les noms rapportés à la RPA figurent : les Commissaires de Police Alain Guillaume BUNYONI et Gervais NDIRAKOBUCA alias NDAKUGARIKA et l’omniprésent Conseiller Principal chargé des questions de presse de NKURUNZIZA, Willy NYAMITWE connu pour son don d’ubiquité.

La décision finale prise dans cette réunion par le noyau du système : l’élimination d’une grande figure de la communauté tutsie en réponse à l’assassinat d’Adolphe NSHIMIRIMANA. Les noms de l’ancien président Pierre BUYOYA (Tutsi) et du Député Charles NDITIJE (Hutu et Président de l’UPRONA non gouvernemental) ont été retenus pour cibles.  Au moment  de la décision, l’ancien président BUYOYA se trouvait à Paris, et d’après nos sources, il n’est toujours pas  rentré au pays.

Charles NDITIJE, selon les mêmes sources, aurait reçu l’information via une fuite organisée par un cadre du parti au pouvoir.

Comment le Colonel BIKOMAGU a été choisi pour cible ?

Plus de dix jours après, la décision est fatidiquement recentrée sur le Colonel Jean BIKOMAGU (Tutsi et ancienne figure de proue dans les combats militaires qui opposaient les Forces Armées Burundaises et les mouvements rebelles Hutus pendant la guerre civile). Ironie de l’histoire, celui-là  même à qui le Général Adolphe NSHIMIRIMANA avait offert une vache en 2005 lors des cérémonies de réconciliation entre les deux anciens chefs d’Etat-major des forces antagonistes pendant la guerre civile.

La mission est alors confiée à un commando de tueurs à gages dirigé par un homme qui n’est pas inconnu du public burundais : Il s’agit du démobilisé et actuellement tueur à gages du Service National des Renseignements nommé Pascal BIZIMANA. Son nom et ses témoignages ont été largement médiatisés sur la voie des ondes lors de la détention du président de l’APRODH, Pierre Claver MBONIMPA. A cette époque, il plaidait pour la libération du célèbre défenseur des droits de l’homme. Il affirmait également être parmi les premières recrues et bénéficiaires du centre d’entrainement paramilitaire des jeunes miliciens  IMBONERAKURE à Kiliba-Ondès, sur le sol congolais (des documents audiovisuels de cette confession restent à la disposition de la RPA).

Recherché par le SNR, il sera évacué sur Kampala la même année de 2014. Curieusement, le même Pascal BIZIMANA réapparaît en date du 28 Mars 2015 à 19h30 sur la Télévision Nationale Burundaise et la Télévision Rema FM, proche du pouvoir.

Là, on voit un homme complètement retourné par le pouvoir. Il accuse cette fois-ci son « Mutama » Pierre Claver MBONIMPA et certains de ses collègues dont Pacifique NININAHAZWE, Me Armel NIYONGERE  et Me Vital NSHIMIRIMANA de l’avoir manipulé et sollicité pour impliquer le pouvoir incarné par Adolphe NSHIMIRIMANA, dans ce dossier de Kiliba-Ondès.

Visiblement, tout était monté pour d’éventuelles poursuites judiciaires contre ces défenseurs des droits humains. Toujours est-il que des informations fiables nous ont révélées que le pouvoir de Bujumbura a retourné  le démobilisé  Pascal BIZIMANA pour d’autres missions louches.

D’après toujours nos sources, c’est ce même Pascal BIZIMANA (appelé affectueusement BIZI par les habitants de KINAMA), accompagné par un certain MAFYERI (un démobilisé tristement célèbre dans les actes de criminalité et parmi les premiers encadreurs du centre paramilitaire de Kiliba-Ondès) qui auraient froidement abattu le Colonel  Jean BIKOMAGU et blessé grièvement sa fille, samedi 15 Août 2015.

Plan raté ou  mauvaise tactique de la part des exécutants ?

Dans le feu de l’action, le conseiller du président Willy NYAMITWE s’est précipité sur sa page Facebook et a annoncé l’assassinat du Colonel BIKOMAGU. Pour Willy NYAMITWE, l’ancien haut gradé de l’armée burundaise était tombé dans un vol à main armée où une importante somme d’argent  a été emportée par les tueurs. Ce qui était faux et archifaux.  Heureusement, quelques minutes après, Willy NYAMITWE a rectifié sa publication en soulignant qu’il n’y avait pas eu de vol.

Le Président Pierre NKURUNZIZA, dont les proches collaborateurs se recrutent parmi les présumés commanditaires du crime, a instruit au Parquet Général de la République de faire  la lumière sur ce cas endéans une semaine. Cynisme ou apologie du crime ?

Affaire à suivre….

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