Israel: Roni Alsheich, l’homme qui fait trembler Benjamin Netanyahu

Nommé par Benjamin Netanyahu, le chef de la police israélienne a vite pris ses distances avec le Premier ministre, dont il recommande la mise en examen.

Il avait un CV de rêve. Issu d’une famille on ne peut plus juive orientale, avec des parents d’origine yéménite et marocaine, Roni Alsheich a grandi à Kyriat Arba, une colonie proche de Hébron. Brillant élève d’une école religieuse, il a son bac à 16 ans, puis étudie dans la grande école talmudique Yeshivat Harav, l’alma mater du mouvement de colonisation. Officier remarqué, il quitte l’armée avec le grade de commandant, avant d’être recruté par le Shin Beth, le service de sécurité intérieure, où il gravit rapidement les échelons, pour en devenir le numéro deux en 2014, à l’âge de 52 ans.

Roni Alsheich, avec son aspect rondouillard et sa moustache à la Charlie Chaplin, était, pour Benjamin Netanyahu, le candidat idéal au poste de commandant national de la police, une maréchaussée alors secouée par des scandales à répétition de harcèlement sexuel. Nommé pour trois ans avec la promesse de devenir ensuite le patron du Shin Beth, le nouveau grand flic allait y mettre de l’ordre et cesser d’enquêter sur les affaires sensibles des hommes politiques. La fameuse brigade Lahav 433, dont c’était le champ d’action, allait pouvoir se reposer.

Attaques

Voyant la tournure que prenaient les choses, le Premier ministre a commencé à attaquer le chef de sa police. Dès octobre dernier, il l’accusait d’avoir autorisé des fuites qualifiées d’illégales sur les affaires le concernant, tout en ajoutant : « Ces enquêtes font partie d’une manipulation de la gauche pour renverser le gouvernement. » Les réseaux sociaux se sont déchaînés.

Le ton est encore monté lorsque le chef de la police a révélé, au cours d’une interview télévisée, que des officiers de Lahav 433 faisaient l’objet de filatures et d’attaques informatiques de la part « d’éléments puissants ». Se sentant visé, Netanyahu a réagi en démentant tout lien avec ces mystérieuses filatures. Il attaque encore de front Alsheich : « Il est choquant de découvrir qu’au cours de conversations avec des journalistes, le commandant de la police aurait répété les insinuations, délirantes et fausses, selon lesquelles le Premier ministre serait lié à une accusation de harcèlement sexuel lancée par une policière à l’encontre de l’inspecteur Roni Ritman. » Ce dernier a été obligé de quitter la tête de Lahav 433.

La décision dans les mains du procureur

Netanyahu peut-il tomber ? Tout dépend maintenant du conseiller juridique du gouvernement qui assume les fonctions de procureur général. Avichai Mendelblit a été, lui aussi, nommé par Benjamin Netanyahu, sur la foi d’un CV irréprochable pour la droite nationaliste. Juif orthodoxe, il est né il y a 54 ans à Tel Aviv, de parents proches du Hérout, le parti de Menahem Begin. Son père a milité au sein de l’Irgoun, l’organisation clandestine qui a combattu le mandat britannique. Après de brillantes études de droit, il a rejoint l’armée de métier au sein de la justice militaire, qu’il a fini par diriger en 2009 avec le grade de général. Quatre ans plus tard, le Premier ministre lui a offert le poste prestigieux de secrétaire du gouvernement. Puis, visiblement persuadé de sa loyauté, l’a placé à la tête du système judiciaire.

Mendelblit sera-t-il un autre Alsheich ? Les deux hommes sont très différents. Le juriste a pour principe d’examiner minutieusement tous les aspects d’un dossier et de décider en fonction de la possibilité de gagner un procès. Il a déclaré à plusieurs reprises : « Un acte d’accusation contre le Premier ministre rejeté par la cour serait un coup de grâce pour les services du procureur de l’État. » On dit que l’examen des conclusions de la police par Mendelblit pourrait prendre plusieurs mois. Pourtant, Mendelblit connaît tous les détails de l’affaire. C’est lui qui a supervisé les enquêtes, de A à Z.