Message pour les africains

Tu dors, et le monde marche, ô ma mystérieuse patrie.

Tu dors, et le monde va, le temps poursuit le temps.

Le progrès chemine au sommet d’un hémisphère

et dans l’autre, tu dors d’un sommeil sans fin…

La forêt fait de toi un désert farouche

où dans la nuit solitaire les fauves vont, rugissant.

Les ténèbres et l’esclavage ont ici leur empire.

Et toi, égarée dans le temps, Afrique tu dors.

Éveille-toi. Depuis longtemps déjà planent dans les hauteurs des corbeaux désireux de fondre et de boire à longs traits ton sang tout chaud encore, ô somnambule esclave.

Éveille-toi, ton sommeil est est tout autre que terrestre.

Entends la voix du progrès, cet autre Nazaréen qui te tend

la main disant: « surge et ambula ». (1)

Rui de NORONHA – 1909-1943 – Poète mozambicain