ANALYSE. Institutions et populations se sont mises en branle pour arrêter le train fou de Zuma et de ses complices, évitant à la nation arc-en-ciel de devenir une république bananière.
Le « royaume Zupta » est aujourd’hui en ruine et ses derniers remparts, dont les frères Gupta, le fils Zuma – Duduzane – ainsi que d’autres personnalitĂ©s, politiques ou non, sont face Ă une soif de revanche, si ce n’est pas Ă une vindicte populaire « contenue » de tout un pays. Deux des frères Gupta ont Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©s, alors que l’aĂ®nĂ©, Ajay, et Duduzane sont en fuite et recherchĂ©s activement, l’arrogance ayant ainsi fait place Ă une lâchetĂ© sans commune mesure quand il faut rĂ©pondre de leurs actes. Le « puissant du royaume » n’Ă©tant plus, les « rats » quittent le navire.
Il faut rappeler que Jacob Zuma, avec les Gupta, a construit un « rĂ©seau mafieux » particulièrement sophistiquĂ© pour « piller » les fonds de l’État sud-africain pour leurs propres intĂ©rĂŞts. Non content de presque ruiner l’Afrique du Sud, l’ex-prĂ©sident a permis, en toute conscience, Ă une minoritĂ© d’opportunistes de mettre en place ce que l’analyste politique Audrey Matsipi a appelĂ© dans le journal Business Day, en avril 2012, un État dans l’État – plus communĂ©ment un « Deep State ». Ce système ayant favorisĂ© la confiscation du gouvernement par l’action d’individus non Ă©lus ou membres d’institutions. Ils ont ainsi utilisĂ© des Ă©lus comme appuis, fronts ou leurres pour en fait masquer leurs rĂ©elles intentions, c’est-Ă -dire leurs relations avec les plus hautes sphères du pouvoir : la prĂ©sidence Zuma. En mettant ainsi en place un tel « cabinet fantĂ´me », dans le but de privilĂ©gier leurs intĂ©rĂŞts privĂ©s et commerciaux, au dĂ©triment de toute une nation – et donc des plus vulnĂ©rables – toujours fragilisĂ©e par des inĂ©galitĂ©s socio-Ă©conomiques criantes chez la majoritĂ© de la base Ă©lectorale de l’ANC – les Africains –, Jacob Zuma a sapĂ© « la qualitĂ© de la dĂ©mocratie et la valeur du vote de tous les Sud-Africains », pour reprendre les mots symboliquement forts de l’ancienne mĂ©diatrice de la RĂ©publique – Public Protector – (octobre 2009-octobre 2016) et cauchemar des Zupta, Thuli Madonsela, dans le fameux rapport intitulĂ© State Capture d’octobre 2016. La Cour constitutionnelle, quant Ă elle, pointait du doigt « l’infraction Ă la Constitution » de Jacob Zuma et de son bastion de Nkandla.
Comment les Zupta & Co ont fini dans la nasse
La chute de l’empire Zupta ne remonte pas Ă la confĂ©rence nationale de l’ANC de dĂ©cembre 2017. Elle est due Ă divers fronts ayant agi simultanĂ©ment et indĂ©pendamment les unes des autres. Cependant, reconnaissons aujourd’hui que le face-Ă -face entre le camp Zupta, soutenant Nkosazana Dlamini-Zuma, et le Camp Cyril Ramaphosa ne pouvait que se terminer ainsi ; les larmes pour les uns et les rires pour les autres.
En effet, c’est avec patience que le nouveau prĂ©sident Ramaphosa a construit sa propre « machine de guerre » pour pulvĂ©riser les fondations de la « maison Zupta ». Profitant de son accession Ă la vice-prĂ©sidence de l’ANC en 2012 celui qui a pris les commandes de l’État le 15 fĂ©vrier tissait sa toile pendant que beaucoup lui reprochaient ses supposĂ©s inaction et silence (plus particulièrement dès son arrivĂ©e comme numĂ©ro deux dans le gouvernement Zuma en 2014). Comme l’affirme si justement Susan Booseysen, analyste et professeur Ă l’universitĂ© de Witwatersrand (Johannesburg), « acceptant un centre de pouvoir dupliquĂ© pour la vice-prĂ©sidence – vice-prĂ©sidence de l’ANC et vice-prĂ©sidence au gouvernement Zuma, avec Kgalema Motlantheet –, Cyril Ramaphosa, avec sans doute la complicitĂ© tacite de ce dernier, avait toutes les cartes en main pour saper le pouvoir du rĂ©gime Zuma. Rappelons que Motlanthe, qui fut durant un temps prĂ©sident intĂ©rimaire Ă la suite du dĂ©part de Thabo Mbeki en 2008, a Ă©tĂ© responsable du dĂ©partement de l’Ă©ducation du Syndicat national des mineurs, dont Cyril Ramaphosa fut un des membres fondateurs et le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral. Kgalema Motlanthe, Ă sa sortie de la prison de Robben, put survivre grâce aux dons levĂ©s par Cyril Ramaphosa, l’esprit d’entraide ayant cours pour soutenir les anciens prisonniers politiques.
Le second front est venu de l’opposition avec en chef de file l’Alliance dĂ©mocratique (DA) et le Front des combattants pour la libertĂ© Ă©conomique (EFF) de Julius Malema, partisan de Zuma, jusqu’Ă son Ă©viction de la Ligue des jeunes de l’ANC en 2012. L’opposition n’a eu de cesse de dĂ©noncer Ă son tour le State Capture, devant les tribunaux et publiquement, tout en se lançant, sans grand succès, dans la stratĂ©gie de la multiplication des motions de censure. Elle ne rĂ©ussit pas Ă obtenir le soutien d’un groupe parlementaire ANC – bien qu’Ă force dĂ©suni en interne –, trop empĂŞtrĂ© dans ses contradictions et surtout ses peurs face Ă la menace Zuma et ne voulant surtout laisser la main Ă cette opposition vent debout contre le pouvoir en place.