Burkina Faso : « On dort d’un œil et on ne sort plus les nuits »

À la suite des attaques dont la capitale burkinabè a été la victime, la presse africaine exprime son inquiétude face aux menaces grandissantes que font peser les terroristes islamistes sur les pays du Sahel.

« Ouagadougou a encore été victime d’une attaque terroriste. Encore. » Ce constat désolé du site Lefaso.net tombe quelques heures après la double attaque perpétrée dans le centre de la capitale burkinabè, ce vendredi matin vers 10 heures. Après les attentats de janvier 2016 et d’août 2017, qui ont ciblé des cafés-restaurants de la célèbre avenue Kwame-Nkrumah, « cette fois, ce sont des citadelles presqu’imprenables au regard du dispositif qui y était déployé qui ont été visées. L’état-major général des armées [tout un symbole] et l’ambassade de France. Un affront en plein jour », estime le site d’infos. Et de titrer : « Vendredi noir à Ouaga ».

Attaques à Ouagadougou: quelques images de la ville

Des tirs ont été entendus ce vendredi dans le centre de Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, près de l’ambassade de France et de l’Etat-major des armées.

« Bain de sang à Ouagadougou », titre quant à lui le quotidien algérien El Watan. Le bilan – encore provisoire – de ces deux attaques conjointes fait état de 16 morts (8 soldats burkinabè et 8 assaillants) et de 12 blessés graves.

« A l’état-major général des armées, les assaillants ont fait usage d’un véhicule bourré d’explosifs. Des explosifs dont la charge a été suffisamment énorme pour occasionner de graves destructions et de sérieux impacts sur les personnes. Et à en croire le patron de la sécurité burkinabè, la facette sud de l’état-major a été complètement soufflée », relate Fasozine. « Ce que j’ai vu, ce sont vraiment des scènes apocalyptiques », résume le Premier ministre Paul Kaba Thieba lors de sa visite sur le site de l’état-major ce samedi, au lendemain de l’attaque.

Revendication par un groupe extrémiste

Qui était visé ? Le G5 Sahel, force africaine soutenue notamment par la France, dont des officiers supérieurs devaient initialement se réunir dans la salle de l’état-major détruite par l’explosion – le lieu a par la suite été modifié –, l’ambassade de France, cible d’un autre groupe d’assaillants, qui y a « occasionné de nombreux dégâts », selon les autorités consulaires ? Les deux, semble indiquer le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM).

Dans un message adressé samedi soir au site mauritanien Alakhbar Infos, l’organisation djihadiste liée à Al-Qaïda, et emmenée par le Malien Iyad Ag Ghali, revendique ces attaques simultanées, en représailles à une opération de la force française Barkhane menée le 14 février dernier. Une opération qui a visé un bastion d’Ansar Dine, l’organisation d’Iyad Ag Ghali, à Tinzawatène, au nord-est du Mali et à deux pas de la frontière algérienne. Au moins une dizaine de djihadistes y ont péri, dont des piliers du groupe islamiste radical.

Peu après l’assaut à Ouagadougou, le journaliste de France 24 Wassim Nasr, expert de la mouvance djihadiste, rappelait aussi que ce 2 mars était le premier anniversaire de la création du groupe Jammat Nosrat al-Islam wal-Mouslimin (NJIM, nom arabe du GSIM) sous le commandement de Iyad Ag Ghali.

L’ombre de Blaise Compaoré

Autre élément du calendrier à prendre en compte, l’ouverture, ce mardi 27 février au tribunal militaire, du procès des auteurs supposés du putsch manqué de 2015 contre le gouvernement de transition de Michel Kafando, dont rend compte le quotidien burkinabè Le Pays. Parmi les 84 accusés : les généraux Gilbert Diendéré (ancien chef d’état-major particulier du président déchu Blaise Compaoré) et Djibril Bassolé (ancien chef de la diplomatie). Si le procès a été reporté sine die, la coïncidence entre cet événement judiciaire et la survenue d’attentat contre une institution burkinabè fait débat au pays des hommes intègres.

Ces attaques, avançait samedi matin le porte-parole du gouvernement Remis Fulgance, sont imputables à des « mouvements terroristes dans le Sahel », ou « à d’autres acteurs qui sont pour une déstabilisation ou une situation de blocage de notre avancée démocratique ». Certains twittos interrogent d’ailleurs le rôle de l’ex-président Blaise Compaoré, chassé du pouvoir en octobre 2014, et aujourd’hui réfugié en Côte d’Ivoire. Ses liens avec les groupes narco-djihadistes sévissant au Nord-Mali ont été régulièrement pointés du doigt par le passé.

Ces attaques lâches et barbares sont le prix que le Burkina paie pour des fréquentations peu recommandables du Président Blaise Compaore. Les généraux Gilbert Diendere et Djibril Bassolet en étaient les porteurs de valises.