Au moins 37 personnes, dont un photographe de l’AFP et neuf autres journalistes, sont mortes, ce lundi 30 avril, en Afghanistan dans une série d’attentats meurtriers à Kaboul et dans le sud du pays. Le double attentat de Kaboul a été revendiqué par le groupe État islamique (EI), qui a dénoncé dans un communiqué les « apostats des forces de sécurité et des médias ».
Nouvelle journée meurtrière en Afghanistan. Cette fois, les médias étaient particulièrement ciblés. Un double attentat suicide a frappé la capitale tôt lundi, faisant au moins 25 morts dont le chef photographe de l’AFP à Kaboul, Shah Marai, 41 ans. Huit autres journalistes ont également été tués au moment de la déflagration survenue au milieu des reporters. Il a été suivi par un autre attentat suicide à Kandahar (sud) dans lequel onze enfants ont péri et par le meurtre par balle d’un journaliste afghan de la BBC à Khost (sud-est).
Deux explosions à trente minutes d’intervalle à Kaboul
Le double attentat de Kaboul a été revendiqué par le groupe État islamique (EI), qui a dénoncé dans un communiqué les « apostats des forces de sécurité et des médias ». Les deux explosions ont aussi fait 49 blessés, selon le ministère de l’Intérieur. L’organisation Reporters sans Frontières (RSF) et le Centre des journalistes d’Afghanistan (AJC) ont recensé neuf journalistes tués. « Il s’agit de l’attaque la plus meurtrière (contre des journalistes, N.D.L.R.) depuis la chute des talibans en décembre 2001 », souligne RSF dans un communiqué. Elle « visait sciemment la presse », estime l’ONG. RSF dit avoir recensé depuis 2016 « l’assassinat de 34 journalistes et collaborateurs de médias dans le pays, lors des différents attentats commis par les deux prédateurs de la liberté de la presse, le groupe État islamique et les Talibans ».
Le premier attentat avait apparemment pour cible le siège des services de renseignement afghans, le NDS, attaqué de manière récurrente par les insurgés. Rapidement arrivé sur les lieux, comme il le faisait à l’issue de chaque attaque, Shah Marai a été tué par la deuxième explosion, survenue une trentaine de minutes après la première. Huit autres journalistes présents ont été fauchés par cette explosion. Parmi eux figuraient des reporters de la radio Azadai (Free Europe) et des chaînes de télévision afghanes Tolo News et TV1, selon RSF. Six autres ont été blessés.
Un « kamikaze muni d’une caméra »
RSF dit avoir recensé depuis 2016 « l’assassinat de 34 journalistes et collaborateurs de médias dans le pays, lors des différents attentats commis par les deux prédateurs de la liberté de la presse, le groupe État islamique et les Talibans ».
Selon une source sécuritaire, l’auteur de l’attentat qui a visé la presse s’était glissé parmi les reporters, faussement « muni d’une caméra ». « Le kamikaze s’est fait exploser parmi les journalistes », a précisé le porte-parole de la police de Kaboul, Hashmat Stanikzai.
« Cette tragédie nous rappelle le danger auquel nos équipes doivent sans cesse faire face sur le terrain et le rôle essentiel des journalistes pour la démocratie », a réagi Fabrice Fries, le PDG de l’AFP. « Nous sommes anéantis par la mort de notre photographe Shah Marai, qui témoignait depuis plus de quinze ans de la tragédie qui frappe son pays. La direction de l’AFP salue le courage, le professionnalisme et la générosité de ce journaliste qui avait couvert des dizaines d’attentats avant d’être lui-même victime de la barbarie », a déclaré Michèle Léridon, la directrice de l’Information de l’AFP.
De nombreux messages de sympathie et de condoléances ont afflué au bureau de l’AFP à Kaboul, dont un autre journaliste, Sardar Ahmad, avait été tué en mars 2014 avec toute sa famille dans un attentat des talibans. Seul l’un de ses enfants, alors âgé de trois ans, en avait réchappé. Sardar était un très proche ami de Shah Marai, qui lui-même laisse six enfants dont le dernier âgé d’à peine quelques semaines.
Onze enfants tués à Kandahar
Toujours ce lundi, en fin de matinée, un nouvel attentat, perpétré par un kamikaze au volant d’une voiture, a provoqué la mort de onze enfants qui s’étaient regroupés autour d’un convoi militaire de l’Otan, près de l’aéroport de Kandahar (sud), a raconté à l’AFP le porte-parole du gouverneur provincial, Said Aziz Ahmad Azizi. Seize personnes ont été blessées dont huit soldats roumains et deux policiers afghans dans cette opération, qui n’a pas été revendiquée.
Un reporter afghan de la BBC en pachtou a par ailleurs été tué lundi à Khost (est) a annoncé la radio-télévision britannique. « C’est avec une immense tristesse que la BBC confirme la mort de notre reporter afghan Ahmad Shah à la suite d’un attentat », écrit ce média dans un communiqué. Selon la chaîne de télévision Tolo News, il a été tué par balle.
Un militaire américain a par ailleurs été tué et un autre blessé ce lundi « lors d’une opération de combat dans l’est de l’Aghanistan », a indiqué la représentation de l’Otan en Afghanistan dans un communiqué. « Plusieurs membres des forces de sécurité afghanes ont également été tués ou blessés », a ajouté l’Otan sans plus de détail.
Ces attaques surviennent au moment où les talibans ont officiellement déclenché mercredi leur offensive de printemps, rejetant ainsi implicitement de récents appels du gouvernement afghan à entamer des négociations de paix. Kaboul est devenue selon l’ONU l’endroit le plus dangereux d’Afghanistan pour les civils, avec depuis un an une recrudescence des attentats d’ampleur, généralement perpétrés par des kamikazes et tour à tour revendiqués par les talibans et le groupe État islamique. Le précédent dans la capitale, le dimanche 22 avril, avait fait près de 60 morts dans un quartier en majorité chiite.