Rwanda-Génocide : non-lieu confirmé pour le prêtre rwandais Wencesclas Munyeshyaka

Le père devait répondre devant la justice française de son implication présumée dans les massacres de 1994. Les parties civiles ont annoncé un pourvoi en cassation.

La justice a pris son temps. En 1995, le père Wenceslas Munyeshyaka était le premier Rwandais résidant en France contre lequel une plainte était déposée pour son implication présumée dans le génocide des Tutsi, qui fit, entre avril et juillet 1994, près de 800 000 morts au Rwanda. Jeudi 21 juin, soit vingt-quatre ans après les faits incriminés, la cour d’appel de Paris a confirmé le non-lieu, prononcé en 2015, dont a bénéficié l’ancien curé de l’église de la Sainte-Famille de Kigali.

Les juges d’instruction du département « crimes contre l’humanité » ont confirmé l’ordonnance estimant que sa passivité face aux massacres ne pouvait suffire à le faire comparaître devant la cour d’assises de Paris, tout en reconnaissant le rôle « trouble » du prêtre. Le parquet avait requis un non-lieu faute de charges suffisantes, au terme d’une enquête alimentée par des centaines de témoignages et de plusieurs déplacements des juges et des gendarmes spécialisés au « pays des milles collines ».

« Au-delà de l’acquittement, cela signifie qu’il n’y a pas de charges, s’est félicité auprès de l’AFP Me Jean-Yves Dupeux, avocat du père Munyeshyaka. Voilà un homme qui a été mis en cause pour des faits gravissimes, qui s’est défendu pied à pied et qui a réussi à démontrer qu’il s’agissait d’accusations mensongères. Cette procédure a été mise en œuvre par des associations proches du pouvoir rwandais. »

« Des témoins sont morts »

« Nous ressentons de la frustration plus que de la déception, déplore Oliver Kameya, partie civile au procès. Le système judiciaire a fait traîner la procédure, ce qui est pire que le déni de justice. » Le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), une association qui poursuit de possibles génocidaires réfugiés en France, a annoncé son pourvoi en cassation.

Ce nouvel épisode judiciaire s’annonce comme la continuation d’un long marathon judiciaire. Dans l’Hexagone et bien qu’il ait été incarcéré à deux courtes reprises, en 1995 et en 2007, Wenceslas Munyeshyaka, âgé aujourd’hui de 59 ans, a été à l’origine en 2004 d’une condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l’homme pour « méconnaissance du principe du délai raisonnable », l’instruction de l’affaire ayant été estimée trop lente.