Burundi-Rwanda : Regain de tension entre les deux voisins

Kigali accuse son voisin de servir de base arrière aux groupes armés à l’origine des attaques menées le mois dernier dans certaines localités rwandaises frontalières du Burundi. Bujumbura dément.

La hache de guerre est loin d’être enterrée. La population vivant près de la frontière avec le Rwanda rapporte qu’il y a un renfort militaire dans ces localités. Les propos de la population sont quelque part corroboré par le porte-parole de l’armée burundaise, Floribert Biyereke qui parle « de redoublement de vigilance ». Selon lui, quand le voisin d’en face vous accuse à tort de servir de zone de repli des groupes armés qui l’attaquent, vous devez être aux aguets, mission de défense des frontières et de souveraineté oblige. Mais il se veut « rassurant » et dit que ce regain de surveillance se manifeste également sur toutes les frontières du Burundi avec ses pays voisins. « Après le massacre de Ruhagarika, nous avons aussi renforcé la sécurité du côté de la frontière avec RDC. »

Tout part du communiqué de presse de la police rwandaise sorti le 2 juillet. D’après ce communiqué, un groupe armé de fusils a attaqué la veille le village de Cyamuzi, secteur de Nyabimata, district de Nyarugusu. « Ils ont attaqué à partir de la forêt de Nyungwe en provenance du Burundi et ont fui vers la même direction. » Deux semaines plus tôt, cette police rapportait également l’attaque d’un groupe armé qui a tué deux personnes, blessant trois autres. Le même groupe armé a attaqué le centre de négoce de Rumenero avant de se replier dans la forêt de Nyungwe, frontalière avec le Burundi.

Kagame menace Bujumbura

De son côté, le président rwandais, Paul Kagame n’a pas mâché ses mots le 13 juillet. Devant un parterre composé d’officiers de la nouvelle promotion de l’académie militaire rwandaise au Camp Gako, il a estimé que « l’armée rwandaise est entraînée à faire la guerre, pas à la lancer.

Mais si les autres nous considèrent comme étant leur problème et choisissent de commencer une guerre contre nous, nous sommes déterminés et entraînés à combattre et en finir avec eux ». Paul Kagame lancera également des menaces, à peine voilées, sur le Burundi. Reprenant le langage des militants du Cndd-Fdd « Tuzobamesa » (Nous allons les « lessiver », en finir avec eux.), le président rwandais dira : « Ils disent qu’ils vont nous lessiver ? Mais je sais qu’ils savent…»

Le MRCD revendique les attaques au Rwanda

Depuis lors, le pouvoir rwandais mise sur la paix et la stabilité du pays. Il ne veut pas entendre parler de groupes insurrectionnels qui sévissent dans son pays. Dans un communiqué diffusé en début du week-end dernier, soit à la veille de l’arrivée du président chinois Xi Jin Ping, le gouvernement rwandais a démenti les informations faisant état d’incursions armées et de la présence de groupes rebelles sur le territoire du Rwanda. Il préfère plutôt parler de « bandits ».

Seulement, la formation appelée mouvement rwandais pour le changement démocratique (MRCD) a revendiqué les récentes attaques dans certains villages du Rwanda. Dans un communiqué de presse, publié le 15 juillet, ce mouvement affirme avoir créé la force armée dénommée FLN (forces de libération nationale). Sa mission étant « de mettre un terme, sans délai, au pouvoir dictatorial FPR-Kagame en utilisant tous les moyens possibles, y compris la lutte armée ».

Le 16 Juillet 2018, dans l’interview accordée à la radio BBC, le porte-parole de cette FLN, Calixte Nsabimana, dit « Sankara » a affirmé que c’est son armée qui mène les opérations militaires  dans le sud du Rwanda contre l’armée rwandaise. Il a indiqué que cela va faire un mois que ces combats ont lieu. A la question de savoir s’ils ont attaqué en provenance du Burundi comme le déclare le Rwanda, ce jeune rescapé du génocide des Tutsis a démenti catégoriquement. Il a plutôt soutenu que les rebelles se trouvent dans plusieurs endroits au Rwanda mais essentiellement dans les districts de Nyaruguru et de Nyamagabe, plus précisément dans la forêt de Nyungwe.