Le 28 septembre 2009, la junte au pouvoir tuait au moins 157 manifestants à Conakry. Douze personnes ont été inculpées, mais nul ne sait encore quand elles seront jugées.
Le tribunal de première instance du quartier de Dixinn, à Conakry, est un capharnaüm en ruine. Les dossiers judiciaires, jetés en vrac dans des sacs-poubelles, s’amoncellent dans les couloirs sombres encombrés par une douzaine de motos poussiéreuses saisies par la justice on ne sait plus quand. Elles s’entassent jusque dans la principale et minuscule salle d’audience, étuve exiguë en cette fin de saison des pluies. « C’est un poulailler, pas un tribunal », ironise un avocat. Miroir d’une justice guinéenne en décrépitude ?
Si l’organisation du procès, historique et hautement sensible, du massacre commis le 28 septembre 2009 à Conakry par des forces de sécurité guinéennes dépend de l’état des locaux de ce tribunal, celui territorialement compétent pour juger l’affaire, ce n’est pas demain qu’il sera fait justice aux victimes : 157 morts, au moins 80 disparus, des dizaines de blessés graves, une centaine de femmes violées dans un stade lors de la répression sauvage d’une manifestation organisée par l’opposition au temps de la junte de Moussa Dadis Camara (2008-2009).
« Crimes contre l’humanité »
La question du lieu pour organiser un tel procès, inédit en Guinée, est devenue centrale et pourrait fournir un prétexte aux autorités pour continuer de traîner les pieds. Au Sénégal, la même raison avait permis au président Abdoulaye Wade (2000-2012) de retarder le procès de l’ex-dictateur tchadien Hissène Habré de plusieurs années. « En tout cas, ce ne sera pas à Dixinn », rigole un avocat en désignant les épaves de voitures parquées dans la cour du bâtiment qui, de surcroît, n’est pas propriété de l’Etat mais d’un particulier qui menace régulièrement de récupérer son bien.
Neuf ans après la tragédie, la perspective d’un tel procès n’a jamais été aussi proche, mais rien ne dit qu’il se tiendra en 2019, comme le souhaitent les victimes et leurs avocats. Une étape fondamentale a été franchie avec la clôture du dossier d’instruction, fin 2017, soldée par l’inculpation de douze personnes. Parmi elles figurent Moussa Dadis Camara, son ancien aide de camp Aboubacar Sidiké Diakité, dit « Toumba », ainsi que le colonel de gendarmerie Moussa Tiegboro Camara et l’actuel responsable de la sécurité présidentielle, Claude Pivi.