Sida, les nouvelles armes de l’Afrique (2). Cette région du continent est trois fois moins touchée par le VIH que l’est et le sud, mais la stigmatisation reste un frein puissant au dépistage.
Dans la lutte contre le sida, les pays d’Afrique de l’Ouest et centrale sont à la traîne. Un constat sur lequel les organisations internationales ne cessent de tirer la sonnette d’alarme depuis plusieurs mois. « Les niveaux de dépistage, de traitement et de réduction de la charge virale au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ainsi qu’en Afrique de l’Ouest et centrale sont considérablement en retard », indique ainsi le récent rapport d’Onusida « Savoir, c’est pouvoir », publié ce 22 novembre. En 2017, alors que 81 % des personnes infectées connaissent leur statut sérologique en Afrique de l’Est et australe, celles-ci ne sont que 48 % dans l’ouest et le centre du continent. Pis, avec 66 % de personnes vivant avec le VIH sous traitement, les pays d’Afrique de l’Est et australe devancent largement ceux d’Afrique de l’Ouest et centrale, qui atteignent seulement les 40 %.
Pour tenter d’y remédier, l’ONG française Solidarité thérapeutique et initiatives pour la santé (Solthis), en partenariat avec l’Institut de recherche pour le développement (IRD) a lancé en juillet le projet Atlas (pour Autotest, libre d’accéder à la connaissance de son statut VIH), financé par l’agence Unitaid. Une initiative qui prévoit la distribution massive, début 2019, d’autotests de dépistage. Clémence Doumenc-Aïdara, directrice régionale du projet, en explique l’urgente nécessité. Entretien.
Côte d’Ivoire, Mali, Sénégal… Pourquoi avoir choisi ces trois pays pour distribuer des autotests ?
Clémence Doumenc-Aïdara L’idée qui sous-tend ce projet est de faire de ces trois pays des piliers, sur lesquels nous pourrons ensuite fédérer d’autres pays de la sous-région. Plusieurs critères ont été pris en compte : le volume de population, le taux de contamination du VIH, le niveau de connaissance du statut sérologique des personnes vivant avec le virus, notamment. Mais, au-delà des aspects épidémiologiques, il s’agissait aussi de sélectionner des pays dont les stratégies nationales pour la santé comprenaient déjà un certain nombre de fondamentaux dans l’autodépistage.
Le projet Atlas a été lancé en juillet. Quand démarreront les distributions d’autotests ?
Nous sommes dans la phase d’acquisition des autotests, d’adaptation des notices aux pays de la région et de formation des équipes. La distribution devrait démarrer en mars 2019 et durer trois ans. Une période au cours de laquelle nous comptons en donner 500 000, dont 300 000 rien qu’en Côte d’Ivoire.
Comment fonctionnent ces autotests et quel est leur degré de fiabilité ?
Il s’agit d’un autotest oral qui ressemble aux tests de grossesse classiques vendus en pharmacie. Il contient une petite spatule qu’il suffit de tremper de salive et qui réagit ensuite à une solution chimique au bout de vingt minutes. Si le résultat est positif, il est très important de se diriger dans un centre de santé pour faire un test sanguin de confirmation, afin d’être « enrôlé » le plus rapidement possible dans le processus de traitement. Cet autotest, qui a un taux de 95 % de sensibilité, est très fiable et a été préqualifié par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Est-il aussi efficace chez les enfants ?
Non, cette technologie n’est adaptée ni aux enfants, ni aux aux nouveau-nés.
Des autotests sont déjà distribués dans diverses parties du monde, dont l’Afrique de l’Est et australe. Comment expliquer que l’Afrique de l’Ouest soit en retard sur ce dispositif comme sur tant d’autres aspects de la lutte contre le sida ?
La réalité, c’est que le nombre de personnes contaminées [taux de prévalence] par le VIH est plus fort en Afrique de l’Est et australe, et que cette zone a rapidement fait de la lutte contre le sida une priorité en mobilisant des ressources financières et humaines. Dans certains des pays, beaucoup de gens font un dépistage chaque année, c’est presque entré dans les habitudes.