Deux lieutenants-colonels, 16 majors et 5 capitaines ont été révoqués, le 26 mai dernier, par décret présidentiel. Ils sont accusés de désertion à l’extérieur du pays.

Deux lieutenants-colonels, 16 majors et 5 capitaines ont été révoqués, le 26 mai dernier, par décret présidentiel. Ils sont accusés de désertion à l’extérieur du pays.Le colonel Gaspard Baratuza affirme que c’est le règlement qui a été appliqué à la lettreLe colonel Gaspard Baratuza affirme que c’est le règlement qui a été appliqué à la lettre

«Les 23 officiers ont été révoqués suite à leurs manquements», indique le colonel Gaspard Baratuza, porte-parole de l’armée burundaise. Selon lui, ces officiers avaient été envoyés en Belgique, France, Canada et au Rwanda pour faire leurs études de master et doctorat. D’après le Colonel Baratuza, le gros de ces officiers révoqués étaient partis entre les années 2005 et 2008.

Le porte-parole de l’armée souligne que ces officiers devaient rester à l’étranger pendant une période de 5 ans et revenir en 2015. «Après l’expiration de leur séjour, certains ont demandé des prolongations qui leur ont été accordées, mais ils n’ont pas voulu, par après, rentrer pour servir le pays.» Gaspard Baratuza affirme que c’est le règlement qui a été appliqué à la lettre. «Le règlement militaire exige qu’on doit être aligné sur la discipline pour servir son pays jusqu’au sacrifice suprême.»

D’après le colonel Gaspard Baratuza, le ministre de la Défense a rencontré, en 2016, les officiers qui étudient en France et en Belgique afin de s’enquérir de leurs problèmes. «Ils ont dit au ministre qu’ils ont terminé leurs études et qu’ils s’apprêtaient à rentrer. Leurs billets d’avion ont été préparés. Mais, par après, ils ont éteint leurs téléphones, ont fermé leurs adresses et on ne les a plus revus.»

Deux versions distinctes

« Faux ! », confient certains officiers révoqués de cette liste. D’après eux, la dernière délégation du ministère de tutelle remonte à 2015. « Elle a même refusé de rencontrer certains d’entre nous en disant que nos dossiers sont clos. Ils nous accusaient même de travailler avec la Belgique et le Rwanda pour déstabiliser le Burundi.» Ces officiers assurent que certains viennent de passer 2 ou 4 ans sans percevoir leurs soldes et leurs bourses ont été coupées alors qu’ils poursuivaient leurs études.

Ces officiers avancent aussi des raisons de sécurité. «Nous recevions des informations de la part de nos amis à Bujumbura faisant état de notre arrestation le jour de notre arrivée au pays.» Ils affirment que certains d’entre eux ont demandé une mise en disponibilité. «Le ministre n’a pas dit non, mais il nous a signifié de revenir d’abord à Bujumbura pour l’avoir.» Ces militaires se disent étonnés de cette révocation alors que l’armée ne leur a même pas envoyé les billets d’avion pour rentrer.

Ces officiers dénoncent un acharnement contre les ex-Fab car, d’après eux, la plupart de ces révoqués font partie de cette catégorie. Et de faire remarquer que « ce processus de révocation a commencé depuis longtemps car c’est une 4ème commission qui a abouti à cette révocation.» Pour ces officiers, il aurait fallu analyser les dossiers individuellement dans la mesure où ces officiers n’étaient pas arrivés à l’étranger à la même période et ne poursuivaient pas les mêmes études. «Cette révocation de masse est incompréhensible.»

Le colonel Adolphe Manirakiza, ancien porte-parole de l’armée burundaise, trouve regrettable la révocation de ces officiers : « C’est une grande perte pour l’armée burundaise dans la mesure où elle vient de perdre des hommes avec des connaissances énormes. » Il dit comprendre ses collègues qui n’ont pas voulu rentrer d’autant plus qu’ils sont pour la plupart des ex-Fab « qui sont quotidiennement humiliés ou tués. »