La souffrance du peuple burundais émeut toute l ‘Afrique

Le jour se lève sur Bujumbura, et le monde regarde le Burundi tomber. Il ne se passe plus de jour sans que l’on dénombre des assassinats. Assassinats ciblés, dit-on. Festival de crimes auquel s’ajoutent la ronde frénétique des enlèvements et diverses formes de tortures, de brutales intimidations. L’empire de la peur, exactement. Le crime rôde, et les criminels viennent frapper aux portes. Les préposés au crime sont dans la rue. Ici et là… Tout près de chez vous. Hécatombe silencieuse. Le monde n’entend pas les cris sourds des victimes. A l’intérieur de ce factice silence, ceux qui tombent sous les balles de la soldatesque et des escadrons tentent encore d’appeler au secours. Un peuple est pris en otage par une bande de criminels, lancée dans une course infernale vers sa propre ruine. Mais combien comptera-t-on de victimes avant que de voir ces coupe-jarrets parvenir au bout leur nuit ? Au bout de leur équipée insensée ? On le sait désormais : Pierre Nkurunziza et son clan, après avoir fait main basse sur le Burundi au travers d’une élection aussi contestée que dantesque, ont choisi de défier le monde et de brandir leur «bon droit» issu d’une logique corrompue. Emportés dans une fuite en avant, un peu plus convaincus chaque jour de l’impasse vers laquelle ils se sont projetés, ils semblent avoir décidé de mener dans leur pays une guerre de fin du monde. Une guerre contre leur peuple, et, si possible, en entraînant dans leur folie les pays voisins. L’enfer est en eux.

Le chemin choisi par ces incurables maquisards est sans retour possible. Comment pourraient-ils s’arrêter, d’eux-mêmes ? L’Etat burundais se réduit, depuis le braquage électoral de Pierre Nkurunziza, à une diagonale de siphonnés qui n’excluent plus de rayer ce pays de la carte de la région. Des dizaines de personnes assassinées, des enlèvements, tortures et autres exactions. Une campagne de terreur est en cours depuis la contestable réélection en juillet dernier de Pierre Nkurunziza. Le projet mortifère fut confirmé par l’ex général Léonard Ngendakumana, un proche du dirigeant burundais, qui n’a pas hésité à déclarer que la violence était un moyen «compréhensible» d’atteindre des objectifs politiques. Le Burundi s’effondre et le monde détourne le regard pour ne pas compter les morts avec le peuple burundais. Face à la stratégie de la terreur adoptée par le pouvoir burundais contre tous les opposants présumés à ses desseins, ce que l’on désigne comme la «communauté internationale» multiplie les communiqués. Entre attentisme, sanctions symboliques et impuissance, ceux disposant du pouvoir de sauver des vies continuent de s’en remettre à un improbable « dialogue » entre protagonistes burundais. Comme si le profil du régime en action au Burundi laissait encore espérer la moindre possibilité de négociation aussi normale que conventionnelle. Or la seule urgence aujourd’hui est de savoir comment encore sauver le Burundi de la logique du chaos.

Le dialogue ? La bande de criminels qui sévit à Bujumbura n’en a cure. Dans le discours officiel relayé par les affidés du régime, le monde opposé à leurs desseins est devenu leur ennemi. Ils ont raison contre le reste du monde. Seul compte leur propre droit. Droit de vie et de mort sur leurs concitoyens «déviants». La raison a déserté ceux qui, quotidiennement, exhortent les escadrons de la mort à liquider leurs compatriotes et à diffuser dans la capitale et les campagnes les méphitiques relents de la terreur. C’est ainsi qu’ils veulent gouverner le Burundi.

Dans ce contexte, la prescription d’un dialogue entre les Burundais et le clan de Nkurunziza relève, depuis plusieurs mois déjà, de l’extravagance. La suffocante réalité dans ce qui est devenu le Nkurunzizaland a, depuis un bon moment, pulvérisé l’hypothèse du dialogue. Cette réalité exige un autre traitement, autrement plus vigoureux, urgent et décisif. Il ne s’agit plus d’échafauder des solutions politiques en y incluant des criminels patentés. Il faut désarmer ces derniers. Le dossier burundais ne relève plus du schéma politique. A l’heure actuelle, seule compte l’urgence de porter assistance à un peuple en danger.

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