



Burundi: “La décadence d’une rébellion sans vision : cas du CNDD-FDD”, Jean-Marie Kaburaje partage ce bon témoignage de Jean Marie KABURA, écrit le 25 septembre 2017 à Canberra, en Australie.
En ma qualité d’ancien combattant du CNDD-FDD, actuellement en exile en Australie, j’ai suivi avec beaucoup d’attention la détérioration, pour ne pas dire le pourrissement, de la situation socio politique au Burundi. J’ai pris mon mal en patience depuis plus de 20 ans mais je n’en peux plus. Après mille et une réflexions et tant d’année d’hésitation, j’ai décidé de rompre le silence, de témoigner et de donner une contribution dans la compréhension du drame que vit le Burundi en cette période.
Certes, le drame n’est pas venu avec le CNDD FDD, il était déjà là. Les burundais vivent une descente aux enfers depuis l’indépendance, lorsque les leaders populistes en mal de vision et de projets républicains ont choisi l’ethnisme comme leur cheval de bataille. Certains juraient d’imiter « la révolution sociale Rwandaise en exterminant les autres au moment où les autres pratiquaient l’exclusion sous prétexte de protection contre un génocide imminent.
L’erreur du CNDD FDD
Depuis la création fut de continuer sur la même trajectoire sans issue salutaire. Plutôt qu’éradiquer ce système de gouvernance fondé sur la haine, malgré la résistance interne, l’oligarchie actuellement au Pouvoir, sur fond d’intrigues et de cruautés est parvenu à écraser le courant des patriotes et des modérés au sein de cette formation politique.
Depuis la rébellion, les dinosaures dont la majorité risque d’être trainée devant la Justice pénale internationale ne jurait que de venger et de tuer. Déjà dans à cette époque du maquis, toute personne qui osait apporter de la nuance au sujet de cette approche suicidaire était torturée et / ou tuée. Rien d’étonnant qu’une fois arrivée au pouvoir, cette bande de brigand continue la même pratique criminelle avec plus de férocité. La reconstitution du tissus sociale n’a jamais été le moindre de leurs soucis. Mon grand-père qui était si riche en adages, aimait nous dire alors étant autour du feu que « Iyizobwagura imisega uyibona ikizezuye ».
Je suis persuadé que ce qui nous arrive actuellement est une conséquence d’une navigation à vue qui a toujours caractérisé le Système CNDD FDD qui se concevait et se considérait comme une branche armée du Parti Sahwanya Frodebu. En effet, ceci explique que le CNDD n’avait pas à se préoccuper des questions d’ordre idéologique. Le gros de combattants qui ont commencé le CNDD FDD étaient parmi les auteurs des massacres de 1993, qui, après l’assassinat du Président Melchior NDADAYE, avaient emportés de centaines de milliers de Tutsi et des Hutu Upronistes innocents.
Au début de la rébellion, l’unique projet qui motivait les adhérents étaient soit l’extermination totale de ceux qui ont osé (globalisation) tué un président élu, ou encore pour les plus intelligents, la mise en application du Projet de société du Président défunt plébiscité par le peuple. La guerre avait des allures tellement ethniques que l’idéologie a été noyé dans la haine et l’envie de vengeance. La répression de tout raisonnement empirique, de tout sens de critique même constructive, le tout couronné par un manque de leaders visionnaire est à l’origine imbroglio politico social qui ne cesse d’endeuiller notre chère patrie.
La semaine passée, j’assistais depuis mon refuge au réquisitoire de la communauté internationale contre une rébellion sans vision qui, comme l’a si bien dit le secrétaire général du parti, a pris naissance « dans la haine et le sang ». Le mal de cette rébellion est n’avoir pas été à même d’ôter les habits de rebelles pour se vêtir de ceux d’une formation politique qui gère le pays dans l’intérêt de tous les citoyens. Obnubilé par la soif insatiable de la vengeance, ca m’aurait étonné que les faux leaders qui se sont imposés par la violence puissent être à même de se surpasser et de regarder devant pour pourvoir faire face aux vagues et tempêtes qui secouent naturellement tout navire avançant sur une mère en eaux troublées.
Avec son sinistre entêtement, les sorties médiatiques mal avisées, des choix diplomatiques non éclairés, j’estime que je ne me tromperais pas en affirmant que les élucubrations dont on a vu à Genève, sonnent le glas d’un système aux abois dont les propos dénotent un profond désespoir. A l’instar d’un chant de cygne en désespoir de cause, on sent à travers leur discours qu’ils ont le dos face au mur et que les marges de manœuvres se rétrécissent inexorablement.
En attente des anges de l’Enfers qui les entendent au bord du fleuve Styx et qui les feront transiter par MPIMBA où la HAYE avant d’atteindre le feuillage, je pense que le gros de dirigeants de cette oligarchie ne parvient plus à avoir du sommeil. Comment pourraient-ils dormir quand le monde entier lance constamment une alerte rouge face aux crimes contre l’humanité qu’ils ne cessent de commettre.
Pour ceux qui pourraient encore avoir un cœur, il n’y a point de doute que les pires cauchemars qu’ils vivent tous les jours les perturbent au point de perdre la raison. J’ai senti du froid dans l’échine quand j’ai écouté le discours du secrétaire général, du parti au pouvoir dans l’un des pays les plus pauvres au monde, proclamer dans son discours surréaliste la suprématie militaire de ce parti politique, qui ne reste que l’ombre de lui-même, face à l’ONU et à tous les pays du monde. Je suis resté hébété pour un moment. Je me suis dis que ces gens doivent être hantés par les images des enfants égorgés sur leurs ordres, des femmes enceintes éventrées et de jeunes manifestants pacifiquement qui ont été décimés par leurs escadrons de la mort. Le désespoir qui frise le délire est allé très loin, au point d’ériger des monuments de la haine en leur gloire au lieu des édifices du progrès et de la concorde nationale que promettait l’ancienne rébellion manifestement en décadence.
Oh que ce parti avait suscité tant d’espérances !
A l’instar d’un criminel qui, voyant son heure approchait essaie de jeter son dernier souffre en se débattant sans vergogne , j’ai été frappé par le fait que le CNDD FDD avait envoyé à Genève les pires délégués , nantis d’ignorance et d’arrogance qui représente l’aile médiocre d’une rébellion aux idéaux au départ patriotiques qui ont été noyé dans les rancœurs et la cécité politique de ceux qui l’ont prise en otage par la ruse et une monstrueuse fourberie . Emportés par une avalanche le long d’un précipice par eux-mêmes aménagé, ils ne cessent de le creuser pour que la chute soit brutale et fatale.
A travers ce petit témoignage, je tacherai d’éclairer la lanterne des citoyens qui ont encore de l’espoir dans cette horde de déboussolés, qui ont manifestement perdus le Nord. J’estime humblement que les Burundais comprendront la nature de gens avec qui ils ont affaire pour prendre des décisions historiques et éclairées.
Dans ce petit récit, je ne compte pas produire un document académique, pas de recherche très approfondie. Je me contenterais de témoigner honnêtement le calvaire que j’ai vécu avec toute la sincérité, sans volonté de revanche ni exagération. Je sais pertinemment que je risque gros en levant le voile sur les pratiques d’une rébellion qui a commis de graves crimes depuis si longtemps, mais j’espère que les IMBONERAKURE ne traverseront pas l’0céan Pacifique pour venir me tuer en Australie.
A tous les compagnons de lutte du CNDD qui jugeront autrement mon témoignage, je leur demanderais de me pardonner. A ceux avec qui je partage la souffrance de voir le pays replongé dans une crise qu’on croyait avoir dépassée et cela suite à l’égoïsme de certains de nos compagnons de lutte, je vous souhaite du courage. Il est des fois qu’on sent son cœur trop lourd pour continuer à garder un funeste secret. Entre l’utilité de ce témoignage et le silence sur la barbarie d’un système sans lendemain, je préfère me placer du côté d’un peuple pris en otage par une petite bande de Généraux assoiffée de pouvoir, des avoirs et du sang.
Voici mon témoignage
Nous sommes donc en février 1995, la campagne « ville morte » bât son plein à Bujumbura et s’accompagne chaque jour de son lot de morts. Etudiant à l’université du Burundi dans la faculté des lettres, j’étais resté cacher dans la maison de mon grand frère situé en commune Bwiza de la Mairie de Bujumbura. Le gouvernement issu de la convention de gouvernement était en paralysie, les gens se faisaient tuer à longueur de journée.
Un soir du même mois, je reçois la visite d’un ami de l’école secondaire. Il toque à la porte vers 18H00, la peur me rend immobile, je croyais que mon heure a sonné et que ce sont les « sans défaite » qui venait pour me tuer. J’étais tétanisé au point que je ne parvenais pas à entendre sa voie, lui mon meilleur ami avec qui on avait partagé l’enfance et l’école. Soudain constatant que je n’ouvrais pas, il déclina son identité. J’ouvris la porte non sans crainte et hésitation. J’étais soulagé de recevoir un visiteur après trois jours de vie en autarcie surtout que mon grand frère avait déjà fui en compagnie de sa famille vers UVIRA en passant par Gatumba.
Arrivée dans la petite maisonnette à peine éclairée, on partagea les quelques beignet que le groom Kigingi venait de nous apporter depuis la Boutique d’à côté. Après avoir bu l’eau du robinet pour étancher notre soif, mon hôte qui s’appelait Marc, de la faculté des sciences en 2ème candidature commença à me raconter l’objet de sa visite. Je l’écoutais attentivement car je lui devais du respect. Il était mon ainé à l’école secondaire, il m’avait baptisé pour m’intégrer dans la famille « des poilissimes, vyosissimes ». Nous venions de la même province et de la même commune et il était une référence pour moi et notre génération surtout en raison de sages conseils qu’il ne cessait de nous prodiguer.
Dehors, un calme précaire était troublé par quelques klaxons de voitures. Des enfants jouant dans la parcelle d’à côté, avec leur brouhaha rendaient encore vivable ce quartier mortifère.
Marc commença son propos avec un air exalté. Il me parla de sa participation dans la Campagne électorale de 1993, de l’espoir qu’avait suscité le Président NDADAYE auprès des masses paysannes , de son assassinat , de son rêve de voir le Burundi retourner sur les rails d’une démocratie décapitée une année et demie auparavant, de sa volonté de détruire une gouvernance basée sur la minorité ethnique, de la nécessité de détruire une armée mono ethnique, de l’urgence d’une résistance armée pour rétablir l’honneur du peuple bafoué par une partie de la population.
Laissant la théorie pour faire place aux faits, il me parla de sa récente visite à Kamenge auprès des résistants, de ses liens avec des personnes se trouvant à Bukavu qui viennent de créer une rébellion dont le Chef était l’ancien Ministre de l’Intérieur Monsieur Leonard Nyangoma et de l’urgence de rejoindre la résistance. Toute la nuit, on continua les discussions avant de prendre la décision de partir le lendemain. En cette nuit, nous rêvions de devenir les grands révolutionnaires, des libérateurs qui laisseront des traces positives indélébiles dans l’histoire. Mon cher ami Marc, qui aimait beaucoup la lecture avait comme idole des leaders marxistes comme Fidel Castro, Che Guevara, Lénine. Cette nuit là, il parla de son retour triomphale sur Bujumbura à la tête des troupes, du Burundi d’après la victoire etc. Il parla jusqu’à ce qu’on le sommeil nous arrête.
Le lendemain, il sortit de la maison très tôt le matin vêtu en maçon et avec tous les outils que demande cette profession comme s’il allait au travail. On s’était convenu le point de rencontre le même soir pour rejoindre les autres combattants de la liberté. A 18 h du soir, je rodais derrière l’ETS Kamenge près d’un chantier des chinois qui aménageaient les rues de l’actuel quartier Gihosha. Soudain un groupe de quatre personnes qui m’était inconnu se dirigea vers moi , leurs visages légèrement caché sous des chapeaux les rendaient méconnaissables surtout qu’il commençait à faire nuit. Après une brève discussion codé, nous arpentâmes les collines de Nyambuye non sans peine tellement mes quatre compagnons voulaient que je me dépêche.
La vie d’un combattant avait déjà commencé. Les quatre garçons manifestement des citadins parlaient swahili. Ils me donnaient déjà des ordres jusqu’à ce qu’on rencontre mon ami Marc derrière la Falaise, entouré d’une dizaine d’hommes. Un seul avec un Fusil de Type kalachnikov, un autre avait un pistolet tandis que les autres membres de ce groupe n’avaient que des machettes et des gourdins. En ce moment je réalisais que je venais d’entrer dans une nouvelle vie de combattant avec tous les maux que suppose l’entrée dans ce domaine. Mon cœur était lourd tellement je ne savais pas comment va se conclure cette aventure. Je priais profondément en silence en pensant à ma chère mère qui me croyait à être encore à l’université et qui n’allait jamais savoir ce qui pourrait m’arriver.
Une interrogation de ne cessait de me transvaser l’esprit : Qu’adviendra-t-il si je venais à tomber sur le chant de bataille ? Je balayer du revers de la main cette idée sinistre pour garder l’espoir. J’espérais que la lutte sera de courte durée pour que je regagne l’université, j’avais rêvé depuis mon jeune âge d’embrasser la carrière de chercheur et d’enseignant et ce rêve me chatouillait toujours malgré les difficultés. Je me sentais fier d’avoir pu échapper à la mort en m’engageant dans la résistance pour retourner triomphalement afin de libérer mes frères et sœurs retenus en otage par un régime dépassé. Je pensais enfin à ma petite amie avec qui on partageait secrètement un sentiment d’Amour même si la relation était à ses débuts. Je la revoyais dans mes pensées allongées dans le grand Home (GH) du Campus Mutanga où elle avait trouvée « un maquis » auprès de sa cousine. Je revoyais ses si beaux yeux et son charmant sourire que j’aime tant. Je me sentais coupable de ne lui avoir pas laissé un message d’adieux mais je tenais aussi à ce suspens pour qu’elle puisse valoriser ma bravoure le jour où elle saura que je me suis engagé pour une cause noble, communautaire et nationale.
La marche fut longue et pénible avant d’arriver à Mbare Gasarara ou plusieurs autres personnes nous attendaient. C’est en ce Jour où j’ai pu voir pour la première fois Adolphe. N qui était le chef des troupes qui stationnaient en ce lieu. Un homme musclé, les yeux rougeâtres restait derrière lui. Quelqu’un murmura à mon oreille que cet homme au visage grave, en « dread locks » courts étaient le chef d’une bande de Bandits de KAMENGE qui se surnommait « Public ennemy ». En apprenant cette nouvelle mon cœur sursauta. Je réalisais que la rébellion est un autre monde où les forts sont les plus écoutés sans faire valoir les valeurs partagées par la société en général.
Quelques Jours après, arriva un certain Pierre N. , un homme Taciturne , calme qui ne parlait que rarement. Il demanda à rencontrer les Etudiants qui venaient de quitter l’université du Burundi. Au début nous étions très peu, mais avec les massacres du mois de Juin, un nombre important d’étudiants regagnèrent la rébellion. Moi et Marc Nous étions parmi les ainés. Il sied de préciser cependant que le nommé P. N qui était présenté comme un professeur d’université avait une ascendance morale et intellectuelle sur les autres Etudiants et même sur les autres membres de la rébellion souvent illettrés. Rancunier, nourrissant de haine contre les tutsi et avec son sans froid hors pair, même si des officiers comme Ndayikengurukiye et Ngurube étaient encore des chefs militaires, il était destiné à de hautes fonctions. Il le savait et il s’entoura des hommes farouches qu’il choisissait lui-même avec toujours la bénédiction d’Adolphe .N , le résistant en chef de Kamenge.
Après un séjour en cette localité où il était question de formation idéologique, je fus déçu en constatant que le CNDD voulait détruire la haine par la Haine. En dehors de la prise de pouvoir qui passerait par la destruction de l’armée mono ethnique, point de nobles ambitions visant le développement socio économique du pays après la victoire. En croisant le regard hagard de Marc qui suivaient en même temps que moi la formation des cadres, j’en suis sorti profondément contrarié car je venais de réaliser que l’alternative viable que le Burundais attendait ne viendra pas du CNDD.
Je partageais avec la direction du mouvement la nécessité de casser la domination des Tutsis, mais je ne voulais pas qu’on en reste là et qu’on s’embourbe dans la vengeance au lieu d’avancer. J’aurais aimé qu’on transforme la société Burundaise en rétablissant une véritable démocratie respectueuse de la diversité sans se laisser dominer par la haine et la rancune.
Au cours d’une mission de reconnaissance que j’ai eu à effectuer en compagnie de mon ami Marc, nous discutâmes longuement au sujet de cette problématique de manque de vision patriotique. Je l’ai trouvé lui aussi fort contrarié et m’assura de soulever cette question en réunion des officiers qui étaient sur terrain dont nous faisions parti.
Les jours qui ont suivis étaient riches en événement. Durant de séances de ravitaillement (comme elles se nommaient), nous recevions l’ordre de tendre des embuscades sur les principales routes qui mènent vers la capitale Bujumbura. Durant ces opérations, nous avions l’ordre de tuer toute personne appartenant une catégorie ethnique tout en volant l’autre ethnie.
Un jour, je fus témoin d’une scène si cruelle dont je vous épargne le récit. En revenant au Poste de commandement, je n’étais plus à même de parler. Un ami qui avait été si remarqué dans les tueries de ce Jour se moqua de moi, en m’accusant de ne pas encore été aguerrit. Il porta plainte contre moi pour avoir refusé à décapiter une vielle dame simplement parce qu’elle était Tutsi. Je fus trainé devant un conseil de discipline, le fait que j’étais nouveau m’épargna une mort certaine mais la peine n’était pas moins sévère. Cent Coup de bâtons fut le châtiment qui me fut infligé. Mon ami K qui avait relâché un vieil homme de la même ethnie n’avait pas eu la même chance, une peine de mort avait été décidé à son encontre et exécutée la même nuit. Le fait que cet homme relâché, retraité de l’armée, était son voisin de longue date avait été perçu comme une trahison. Il fut assassiné derrière le campement en clamant son innocence, jusqu’au dernier soupir, il n’avait pas reconnu un quelconque manquement. Il arguait qu’il n’avait commis aucune faute en ce sens que le vieil homme n’était pas un combattant mais on l’accusait d’avoir désobéi aux ordres. Des coups de machettes impitoyables avaient mis fin à la vie de ce jeune homme brillant et à l’avenir prometteur.
Depuis ce jour, je ne parvenais pas à dormir. Je voyais défiler devant l’image du jeune qui suppliait ses bourreaux pour qu’ils lui épargnent la vie. Des cauchemars ne cessaient de troubler mon sommeil.
Le lendemain au soir, les combattants qui étaient programmés pour les opérations revirent avec de butins forts alléchants. De grosses sommes d’argent avaient été dérobées aux commerçants en provenance de Kayogoro (en province sud, Makamba), de tenues militaires , un téléphone cellulaire ravi à un patron tué qui fut donné au Chef. Par delà tout, deux jeunes filles très belles étaient aussi apportées aux dirigeants de la rébellion qui les ont traitées d’esclaves sexuelles pendant longtemps. L’une d’entre elles qui appartenaient au grand chef vit actuellement en Europe et garde des liens privilégiés avec le chef de l’oligarchie au Pouvoir.
Ancien séminariste attaché aux valeurs humaines et aux vertus bibliques, au regard de ce comportement dominé par la luxure mondaine et ponctué par de crimes ignobles, je commençais à douter de l’avenir d’une aussi dangereuse bande qui vendait la haine au lieu de commencer à entretenir les germes de la démocratie pour la quelle nous étions sensé nous battre. Je fus tenté de m’échapper pour ne pas continuer à participer dans ces travaux mafieux mais les personnes postées sur les montagnes environnantes pour surveiller l’approche de militaires m’empêchaient de réaliser ce projet qui me hantait du Jour au lendemain. Ayant assisté au lynchage d’un ami qui venaient de terminer ses études secondaire au Lycée du Lac Tanganyika et qui avait été tué pour tentative d’évasion, tout le monde avait peur. Je me résolue à me soumettre à la volonté du destin.
De façon inattendue, on nous donna l’ordre pour aller subir une formation Militaire à Kalemie (Est de la RDC). Une bonne partie des hommes passa la frontière entre le Burundi et le Congo au mois d’octobre après des opérations militaire musclées qui avaient emportés la moitié de nos hommes. Arrivée à Uvira (en RDC), après deux jours de marche qu’avait pris la traversé de la Kibira pour entre au Congo depuis Buganda (Ouest du Burundi), une complicité de l’armée Zairoise (actuel RDC) était perceptible. Des Interahamwe déchus au Rwanda étaient surarmés et promettaient de reprendre Kigali (Rwanda) en une année.
Le Zaîre était un territoire ami. Les entrainements se faisaient en pleine Journée. Dès notre arrivée, le haut commandement avait été escorté pour se rendre à Bukavu après quoi ils devraient se rendre à Mutabira pour la sensibilisation dans les camps de réfugiés burundais en Tanzanie. Marc était parti avec les officiers du haut commandement. Quant à moi, promu à la tête d’un peloton, un ancien caporal de l’armée Burundaise était notre chef incontesté. Craint pour sa cruauté, il suffisait qu’il soit de mauvaise humeur pour égorger chaque personne rencontré sur sa route ou qui résister à lui donner ses biens. En observant les crimes de cet homme de ce sinistre personnage qui deviendra plus tard un parlementaire pour une province du Nord du pays, j’ai faillit croire en la théorie des positivistes chère à Lombroso qui défendait qu’il existe des « criminels nés ».
Arrivée à Kalemie, après une formation qui a duré trois semaines, une mine d’or qui appartenait à nos chefs nous attendait pour extraire de l’or. A longueur de journée, nous creusions sans relâche et il arrivait qu’on ramasse une grande quantité d’or. Avec une partie d’or vendu, de nouvelles armes étaient achetées à l’armée Zaïroise qui n’était ni payée ni encadré. De grognes ne manquaient pas cependant. Des Soldats se lamentaient en avançant que nous étions devenus des vassaux de nos frères d’armes qui s’enrichissaient sur nos malheurs.
Je dois avouer que j’étais extrêmement gêné par des liens qui nous laient aux Interahamwe et ex far qui venaient de commettre un génocide et qui avaient le sang frais des innocents sur les mains. Dans leurs chants, ils continuaient à chanter en se ventant d’avoir exterminé les cafards. Du moment que les positions étaient contigües, il arrivait que certains de nos membres participent dans des entrainements dirigés par ces Rwandais qui se targuaient d’être des professionnels et avec lesquels certains voulaient faire croire qu’on partageait la même idéologie. Je n’en revenais pas. J’étais à la fois confus et déboussolé.
Au fur du temps, je perdais l’espoir que m’avait donné la naissance d’une rébellion dont l’avenir du Burundi paraissait être, au fur des jours, le moindres de ses soucis. En écoutant les discours terre à terre de nos dirigeants, il me paraissait de plus en plus que la vision manque cruellement et que nous luttions pour installer au pouvoir une autre dictature tyrannique. Dans le doute et la désolation qui m’accablaient, j’avais appris avec beaucoup de peine, des actes de génocide qui avaient été commis par notre mouvement à Rukina, Teza , Buta et Bugendana. Je ne pouvais pas comprendre comment un homme doté de toutes ses facultés pouvait lancer ses hommes sur des populations civiles endormies dans leurs foyers, les dortoirs pour élèves ou dans des camps de réfugiés pour la simple raison qu’elles étaient nées étant de telle ou telle ethnie.
Après un long séjour au Zaire, certains de nos militaires participaient quelque fois dans des attaques des Interahamwe contre le Rwanda, la rébellion de Kabila fut enclenchée. En une Journée, des colonnes de milliers d’hommes en provenance du Rwanda envahirent le Zaïre. La deuxième Journée, BUKAVU , Uvira et Goma venaient de tomber. La nuit suivante, à Bord du Bateau surnommé « MAHANGAIKO », on traversa le Lac Tanganyika durant la nuit pour accoster à Kigoma .
Dans ce cafouillage, où chacun arrivait à la sauvette, similaire à une déroute, la confusion était à son comble. J’essayer de rassembler mes hommes sans y parvenir tellement c’était une sorte de sauve qui peut !
Pensif et anxieux ; je marchais seul près du port quand j’ai rencontré, de façon inattendu, mon ami de classe Jacques qui avait rejoint la rébellion du CNDD depuis le camp de Mutabira où il avait trouvé refuge. Il me parla de son plan de quitter la Tanzanie pour regagner l’Afrique du Sud sans toutefois me révéler les vraies raisons. Comme je ne cessais d’insister il finira par me parler sur un ton sincère les raisons qui le poussent à fuir : « Je me suis engagé dans la Rébellion du CNDD pour préparer un avenir radieux à notre pays mais hélas, les pratiques révèlent que nous avançons dans un tunnel dont le bout est bouché ».
Constatant que je ne cesse de lui poser des questions pour en savoir davantage, il me prit la main jusque dans un coin, loin des bruits du port. Sur un ton grave presque irrité, il poursuivi : « en quittant les miens pour prendre les armes, je voulais un réel changement, un changement systémique et profond. Malheureusement, seul le changement des personnes à la tête du pays est en préparation pour perpétuer le même système qui n’a pas répondu aux nobles attentes des Burundais. Si les chefs de cette rébellion cherchaient un réel changement, ils ne continueraient pas à tuer des innocents et à écraser ceux qui pensent la stratégie de la guerre autrement.»
«Es-tu au courant de l’assassinat de ton ami Marc ?», me demanda-t-il . Je répondit par la négative !
Puis, il a continué à me raconter ce qui s’est passé à Marc : « Après les massacres des femmes, enfants et vieillards à Bugendana, il a osé poser la question au commandement en faisant savoir son désarroi dans le sens de les inciter à changer la méthode de guerre. Dans une allocution qui a durée 10 minutes, il leur expliqua qu’on ne guérit jamais la haine par la haine et qu’il faut remplacer les ténèbres par la lumière.
Il s’est opposé ouvertement à la méthode de tuer les civiles ou déshabiller de vielles personnes devant leurs enfants pour leur donner des excréments durant les attentats contre les populations civiles arrêtées sur les différents axes routiers et proposa aux leaders du mouvement de changer de stratégies pour ne viser que les militaires. Il parla de la nécessité de gagner la confiance du peuple dans sa diversité pour préparer la victoire sans résistance de la part de ceux qui ne participent pas au pouvoir. Il alla trop loin en leur faisant remarquer qu’en s’acharnant sur des civiles d’une ethnie, le mouvement ne se concentre plus sur les objectifs de la lutte et hypothèque les chances d’un changement républicain qui sont à la base de la création du mouvement.
Soudain, ND . Z , bourreau de Bugendana et de l’Archevêques de Gitega cria à la trahison et réclama sa tête. La réunion se transforma aussitôt en conseil de guerre qui décida sa mort pour la simple raison qu’il serait entrain de plaider en faveur des Tutsi. On convoqua les hommes qui sécurisaient les hauts gradés de la rébellion alors réunie à GiTEGA près sur la colline Mashitsi à quelques centaines de mètre de l’IRAZ, après quelques séances d’humiliation, on lui intima l’ordre de creuser sa propre tombe. Il fut battu à mort en l’accusant d’être un infiltré de la maudite ethnie. On l’accusait d’avoir de la compassion pour les ennemies alors qu’il défendait des principes.
Le visage ensanglanté, avec une jambe caché et sous des cris mêlés d’insultes, je fus désigné pour superviser l’enterrement après l’avoir achevé. Même s’il était un ami de longue date, il creusait sans me regarder et semblait être stoïquement prêt à mourir après avoir prononcé son discours qui n’a laissé personne indifférent. Au moment où deux agents de transmissions retournaient au poste de commandement pour amener une autre houe et une perle pour creuser rapidement, je le pris par le bras pour l’inciter à fuir.
C’est à ce moment que j’ai vu qu’il ne m’avait pas reconnu. Au moment où je le tirai pour courir et l’aider à s’évader de cette mort atroce, il s’arrêta et me dit qu’il n’a plus de force surtout qu’il a une jambe cassée. Il me demanda de courir et de déserter pour que je ne sois pas damé par des malfrats qui ont détourné l’idéologie du mouvement pour faire régner la terreur, la gabegie et la haine. Je refusai de partir. J’essayai de le porter sur mon dos mais il était trop lourd. Je l’aidai à marcher en me prenant l’épaule comme support mais une partie de la garde avancée nous interpela.
Au moment où un des nôtres qui assurait la garde voulait tirer sur moi, Marc s’est interposé et il fut atteint par plusieurs balles. Il m’a sauvé la vie en sacrifiant la sienne. On essaya de me chercher mais la nuit fut pour moi d’une grande utilité. J’ai pu gagner la Province Karuzi qui est ma province Natale et je me suis refugié en Tanzanie. Je devrais éviter les Camps des réfugiés car les rebelles y sont très nombreux. J’ai essayé de travailler dans des champs mais un jour j’ai été arrêté par la police Tanzanienne qui m’accusait de séjour irrégulier en Tanzanie.
J’ai passé une période de six mois en Prison à Ngara et ce n’est que samedi de l’autre semaine que j’ai recouvré la liberté. Alors qu’on voulait me faire entrer de force dans le camp de réfugié, j’ai pu sortir la même nuit pour voyager jusqu’ici. Depuis trois Jours, je suis entrain de contacter des passeurs qui pourront me transporter vers la Zambie demain matin.»
Son témoignage bouleversant me laissant silencieux durant un moment avant de lui demander s’il était possible de m’évader avec lui. Il répondit qu’il va falloir chercher un peut d’argent. Je lui répondis que j’ai une petite quantité d’or caché dans ma culotte et qui pourrait m’aider à payer ce transporteur.
Ainsi, je parvins à déserter et à laisser derrière moi ce mouvement qui avait suscité au départ de l’espoir et qui ne représentait plus qu’une bande de personnes qui exploitent les autres en vue d’exaucer leur vœux de vengeance et de haine sans véritablement mettre en avant une vision constructive du pays.
En Passant par le port de MPURUNGU et empruntant une voie ferré, je parvins à gagner l’Afrique du Sud . Dans le quartier de SOWETO où je parvins à trouver une modeste demeure, Les Sud africains qui venaient de mettre fin à l’Apartheid étaient en effervescence surtout qu’ils venaient d’organiser les premières élections démocratiques de leur Histoire. Ils étaient enthousiastes grâce la gouvernance démocratique retrouvée sous la direction de Nelson Madiba Mandela.
Après quatre ans de durs labeurs, j’ai pu me rendre en Australie, à Canberra par l’océan. Actuellement, j’ai fondé mon propre foyer et j’ai eu la nationalité Australienne. Quant à mon ami Jacques, il vit à Cape Town, en Afrique du Sud, et s’est converti dans les affaires. Marié à une femme originaire du Botswana , il ne cesse de me parler des bienfaits de la démocratie qui se réalisent dans ce petit pays de l’Afrique Australe.
Plus tard, d’autre Burundais venant des camps de réfugiés burundais en Tanzanie m’ont retrouvés ici en Australie. Certains avaient de l’espoir et continuaient à soutenir le CNDD FDD, mais ils n’ont pas tardé à déchanter. Avec les tueries de Muyinga, des corps flottant sur la Ruvubu , le vrai visage du CNDD-FDD venait de se manifester au public qui ne le connaissait que par le nom.
Au moment où d’autres chantaient la victoire, je prenais mes distances car je connaissais que le CNDD-FDD n’était qu’un tigre en papier, un château de cartes.
Le temps m’a donné raison. Comme je m’y attendais, les grands criminels ont été récompensés. Ayant fait du crime leur pilier d’ascension au pouvoir, je ne doutais pas d’un seul instant qu’ils continueront à l’utiliser pour l’affermir et maintenir le pouvoir conquis , bien que par négociations.
Depuis 2005 , je scrutais avec attention l’engouement de la diaspora qui se précipitait à rentrer pour servir dans les rangs de cette formation politique mais je savais pertinemment que le divorce devrait avoir lieu un jour. Il fut fracassant en 2015 et le peuple en a payé cher.
Lors des manifestations de 2015 , il ya un chant des manifestants qui m’a interpellé « Twatwawe n’ibisiga ntitwabimenya !» ! En l’écoutant je me disais que son auteur compositeur devrait avoir le même parcours que moi. Je me disais finalement que les Burundais ont compris que cette Bande est incapable de faire du bien au pays. Ils l’ont déjà prouvé à plus d’un titre et ils continueront à montrer à la face du monde leur vraie nature.
« La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a » !
Ne cherchez pas chers concitoyens l’eau dans le désert ou encore moins l’amour de la patrie auprès de ces gens qui ne rêvent que d’assouvir leurs besoins égoïstes en semant la zizanie et la vengeance. Partisans de la politique de la terre brulée, on croirait qu’ils sont des disciples de Néron qui s’amusait à regarder sa ville bruler pour y ériger quelques temps après ses luxueux palais. “Après moi le déluge”, se disent–ils certainement !
A l’heure où d’autres rébellions s’annoncent, j’ai tenu à témoigner pour que ceux qui participeront dans ces mouvements qui pourraient renverser la tendance, ne répètent pas ces graves erreurs qui ont noyé tout un pays, qui espérait mettre la tête en dehors des eaux troubles sans succès. Une occasion ratée. Avec un mouvement armé sans vision ni idéologie porteuse d’une alternative crédible, le risque de retombé dans les mêmes déboires restent vif et l’avenir du pays continuellement hypothéqué.
En assistant depuis l’exile à la décadence d’une rébellion sans vision qui s’est embourbée dans le crime pour imposer par la terreur une politique rétrograde pilotée par les criminel possédés par la haine et la vengeance malgré leurs allures messianiques, je comprends la profondeur d’un adage kirundi que mon Père aimer raconter à ses enfants : « Ntawushika aho atigeze ashaka kuja », en français, on pourrait dire que « la conception précède l’action » et que sans vision on ne saurait réaliser quoi que ce soit.
En conclusion, il convient de préciser à l’attention de mes chers lecteurs que tous les CNDD FDD ne sont pas mauvais. J’ai voulu souligner l’absence de vision démocratique depuis le début, ainsi que la prise en otage de la rébellion d’abord et du partie ensuite par une horde de criminels qui hypothèquent l’avenir de tout un pays. Aux autres CNDD FDD avec qui nous avons partagés ces moments difficiles, j’espère que vous allez me lire en me complétant.
En somme, je conclurais mon petit récit avec Louis Auguste Martin qui avait écrit dans son ouvrage l’Esprit moral du XIX ème siècle (1855) : « Penser à l’avenir c’est penser au progrès, c’est-à-dire à la transformation du mal en bien, du bien en mieux, c’est entrevoir l’accomplissement de ses désirs, c’est rêver une meilleure condition pour soi, pour les siens et pour la société toute entière »
A ceux qui persistent dans le mauvais chemin, par fanatisme ou par soumission, souvenez vous qu’« il n’est jamais tard pour mieux faire »
Peuple burundais, à vous de prendre votre responsabilité historique. N’attendez pas, changeons aujourd’hui pour le meilleur et pour toujours, car demain risque d’être trop tard.
Par KABURA Jean Marie