RDC-Kasai: La furie meurtrière au Kasaï, symptôme du délitement de la RDC

L’insurrection déclenchée en 2016 a été suivie d’une répression implacable. Massacres, exodes, crise alimentaire ont plongé cette région marginalisée de la République démocratique du Congo dans un conflit sans fin.

Vue du ciel, Kananga ressemble à une grande ville. Plantée au milieu d’immenses plateaux de savane déboisés, cernée de rivières épaisses et boueuses, la capitale de la province du Kasaï-Central, au milieu de la République démocratique du Congo (RDC), possède sa gare et son siège du gouvernorat, sa large avenue Patrice-Lumumba, sa cathédrale Saint-Clément en brique rouge.

En fait, Kananga consiste en un agrégat de vestiges coloniaux et d’habitats de fortune, où près de un million d’habitants vivent difficilement de la débrouille. En 1960, l’ancienne Luluabourg, bâtie par les Belges sur la rivière Lulua, était pressentie pour être la capitale du Congo devenu indépendant. Aujourd’hui, c’est une enclave inactive, où s’arrêtent peu de voyageurs. Ses commerçants s’approvisionnent à Lubumbashi, la riche capitale du Katanga, à une semaine de train – quand les vieux wagons arrivent à destination. La dernière usine de la ville, une brasserie, a fermé en 2014. Pas de voitures, des marchés dégarnis. Peu d’eau et d’électricité. Encore moins de travail. Même le panneau de bienvenue, à l’entrée de la ville, s’est effondré.

Les tentatives de manipulation des autorités traditionnelles par le régime congolais ont alimenté aussi les violences dans la région diamantifère.

A Kasala, dans le sudde la République démocratique du Congo (RDC), une seule maison n’avait pas l’air d’un abri de fortune. C’était celle de Bruno Ndala, le chef coutumier. De son « palais », il ne reste aujourd’hui qu’un transat désossé au milieu des ruines. Sa maison a été détruite par les miliciens du Kamwina Nsapu en avril 2017. « Nous attendons son retour », disent les habitants, regards hagards après des mois de fuite. Comme de nombreux représentants « traditionnels » de la région du Kasaï, Bruno Ndala, 41 ans, vit « en exil ». C’est à des milliers de kilomètres de la terre de ses sujets et de ses ancêtres, que cet ancien diamantaire tient audience, dans un café de Kinshasa, la capitale de la RDC.

La crise du Kasaï, qui a conduit à la mort d’au moins 5 000 personnes depuis l’été 2016, a été déclenchée par la mort d’un chef, dont les miliciens ont repris le nom : Kamwina Napsu, de son nom civil Jean-Pierre Mpandi. Le 12 août 2016, il est tué au cours d’une opération des forces de sécurité. Et ses « fétiches », profanées. Un fait inédit en RDC, où les représentants dynastiques d’une terre et d’un peuple conservent une part essentielle du pouvoir local. Plus que l’Etat, moqué ou craint par la population, la chefferie est l’une des rares institutions encore plus ou moins valides en RDC. « La crise a été déclenchée lorsque la politique s’est mêlée des affaires coutumières », explique un universitaire de Kananga, la capitale du Kasaï-Central, qui tient à l’anonymat.

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