Syrie: Ce que l’on sait des récentes attaques chimiques présumées

Ces dernières semaines, le régime syrien de Bachar al-Assad a été accusé d’avoir mené plusieurs attaques chimiques, notamment dans le fief rebelle de la Ghouta orientale, près de la capitale Damas. Après l’ONU hier, l’organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) a annoncé ce mercredi enquêter sur le sujet. Que sait-on de ces attaques chimiques présumées ?

L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) a annoncé mercredi étudier toutes les « allégations crédibles » récentes sur l’utilisation d’armes chimiques en Syrie, alors que des rapports indiquent que des armes toxiques seraient déployées par le régime.

La veille, l’ONU avait également annoncé que la Commission internationale d’enquête sur la Syrie, mandatée par les Nations Unies, enquêtait sur une attaque chimique dans des localités contrôlées par des rebelles.

Ces attaques chimiques présumées ont poussé les États-Unis à brandir la menace d’une nouvelle action militaire.

La région de la Goutha est la cible quasi-quotidienne de bombardements.

Dans quelle région les attaques auraient-elles été menées ?

C’est dans la Goutha orientale, près de la capitale Damas, que les attaques auraient été menées. C’est déjà dans cette région que des centaines de personnes ont été tuées en août 2013, dans une attaque chimique d’une ampleur sans précédent depuis des années.

À l’époque, les accusations dirigées contre le régime avaient poussé Damas à ratifier la convention de l’ONU sur l’interdiction des armes chimiques. Mais la commission, instaurée pour enquêter sur ce type d’attaques en Syrie, a vu son mandat expirer en novembre.

L’ONU a demandé la cessation immédiate des raids aériens.

Quels sont les faits récents ?

Les États-Unis indiquent avoir répertorié six attaques chimiques présumées en Syrie en un mois.

13 janvier : une attaque présumée au gaz de chlore menée avec des roquettes tirées du sol visant un secteur près de Douma, la grande ville de la Ghouta orientale, a entraîné l’hospitalisation de civils souffrant de difficultés respiratoires, selon des médecins et des ONG.

22 janvier : une attaque présumée au gaz de chlore dans la Ghouta a entraîné 21 cas de suffocation, notamment des enfants, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

5 février : une bombe contenant vraisemblablement du chlore a été lâchée par un hélicoptère sur Saraqeb, dans la province d’Idleb dominée par les jihadistes, entraînant également des cas de suffocation, selon l’OSDH.

Mardi, 70 civils ont été tués lors d’un bombardement dans la région de la Goutha.

Quels antécédents ?

Le régime syrien a été accusé à plusieurs reprises d’utiliser des armes chimiques contre son peuple.

Du gaz sarin avait été détecté par l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) dans l’une des attaques chimiques les plus meurtrières qu’a connu la Syrie, et qui avait fait plus de 80 morts en avril 2017 dans la localité de Khan Cheikhoun dans la province d’Idleb (nord-ouest).

Ce gaz qui paralyse les nerfs avait également été utilisé en août 2013 selon l’ONU dans la localité de Mouadamiyat al-Cham, dans la Ghouta orientale, où 1 429 personnes, dont 426 enfants, avaient été tuées selon les États-Unis.

Des missiles remplis de chlore et lâchés par des hélicoptères ont été de plus en plus utilisés par le régime, tout au long du conflit qui ravage la Syrie depuis 2011, selon un rapport publié en 2017 par l’ONG Human Rights Watch (HRW).

Les forces du régime et des milices alliées ont également commencé à utiliser des roquettes artisanales tirées du sol, certaines photographiées par l’AFP, et qui selon des témoins et des médecins sont dotées de cylindres contenant du chlore.

Ces munitions improvisées sont connues sous le nom d’IRAM, et sont généralement fabriquées à partir de roquettes iraniennes, auxquelles ont rajouté des ailerons et des ogives plus grosses, ce qui augmente la force de frappe mais réduit la portée de tir, selon le site de « journalistes citoyens » Bellingcat.

Par le passé, le groupe État islamique (EI) a également été accusé d’avoir utilisé du gaz de chlore et du gaz moutarde, mais l’organisation djihadiste a aujourd’hui perdu l’immense majorité du territoire conquis en 2014.

Quelles réactions ?

Les États-Unis ont durci leur rhétorique ces derniers jours au sujet des utilisations présumées par le régime de gaz toxiques. Le ministre américain de la Défense Jim Mattis a assuré le 2 février que du chlore avait été utilisé « à de nombreuses reprises » dans des attaques en Syrie, s’inquiétant même d’un possible recours au gaz sarin.

Un responsable américain a brandi la menace de nouvelles frappes en Syrie. En avril 2017, en représailles à l’attaque chimique de Khan Cheikhoun, Washington avait lancé des missiles de croisière sur une base du régime.

La France a organisé en janvier une conférence contre l’impunité dans l’utilisation d’armes chimiques en Syrie, ralliant plus d’une vingtaine de pays à son initiative.

Elle a également gelé les avoirs de 25 entités et responsables d’entreprises soupçonnés « d’alimenter le programme syrien de conception et réalisation d’armes chimiques ».

Mais Paris se montre plus prudent que Washington, et le ministère des Affaires étrangères, tout en se disant « préoccupé » par ces récentes attaques, a estimé qu’il était « encore tôt à ce stade » pour les confirmer.

Quelle est la position du régime syrien ?

Le 24 janvier, la Syrie a nié l’utilisation d’armes chimiques, dénonçant les « mensonges et allégations », de la France et des États-Unis.

La Russie, alliée indéfectible du pouvoir de Bachar al-Assad, a dénoncé de son côté une « campagne de propagande », soulignant que « les auteurs ne sont pas identifiés ».

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