Zimbabwe: Bref rappel sur l’indépendance de la Rhodésie.

Le Zimbabwe est un État indépendant de l’Afrique australe connu depuis 1965 sous le nom de Rhodésie du Sud, proclame son indépendance le 18 avril 1980.

La proclamation unilatérale d’indépendance de 1965 et la politique ségrégationniste de la Rhodésie du Sud lui attirent la réprobation de l’opinion publique mondiale. Une opposition politique et armée se manifeste au cours des années 60 et 70 dans ce pays où les Blancs ne forment qu’environ 5 % de la population. L’incapacité à en arriver à une solution politique viable fait perdurer une guerre civile qui coûtera la vie à des milliers de Rhodésiens. Des négociations qui se déroulent à Londres entre septembre et décembre 1979 aboutissent à un accord qui entraîne un cessez-le-feu et des élections que remporte le Front populaire en février 1980. Un homme de race noire, Robert Mugabe, est le premier ministre au moment où l’indépendance est proclamée, le 18 avril 1980. Des problèmes épineux guettent les premières années du nouveau gouvernement, dont la nervosité des Blancs par rapport aux réformes proposées, le retour des réfugiés et la difficile intégration des nouveaux soldats à l’intérieur de l’armée. Au moment de son indépendance, le Zimbabwe compte 7,3 millions d’habitants.

Dans les médias…

Augusta Conchiglia, «Premiers jours d’indépendance»

«…Disposant de l’écrasante majorité, les deux partis du Front patriotique peuvent graduellement promouvoir des mesures visant à l’augmentation générale du niveau de vie des populations -, notamment en milieu rural- et progressivement désengager l’État zimbabwéen de sa dépendance à l’égard de Pretoria. C’était d’ailleurs la raison principale de la réunion de Lusaka en mars dernier, réunion à laquelle Mugabe a participé avec beaucoup d’intérêt. Les neuf chefs d’État prévoyaient dans leur document de base que le développement de leurs pays respectifs se ferait dans une direction contraire à celle qu’avait déterminée l’Afrique du Sud dans sa politique de «satellisation» de la région. L’entrée du Zimbabwe dans le cercle des pays intéressés à changer le cours des choses est d’une importance vitale, notamment pour des pays comme le Malawi et le Mozambique qui ont de multiples intérêts communs et des liaisons géo-économiques (débouchés sur les mers, port de Beira, etc.). Entrant dans le concert des pays indépendants africains, le Zimbabwe jouera un rôle important, surtout s’il réussit à développer une politique -pour modérée qu’elle soit- indépendante.»

Afrique-Asie (France), 29 avril 1980, p. 23.

François Soudan, «La nouvelle «guerre» de Mugabe»

«…Robert Mugabe lui-même n’est pas incontesté au sein de son propre parti : la fraction «gauchiste» de la ZANU, menée par des hommes comme le chef guérillero Rex Nhongo ou le ministre du Travail Edgar Tekere, critique volontiers sa «timidité» en matière de réformes sociales. Ils acceptent mal -et avec eux bon nombre d’autres militants de la ZANU- les méthodes radicales employées par Robert Mugabe et son principal conseiller économique, l’ancien fonctionnaire de l’ONU Bernard Chidzero, pour étouffer les mouvements de grève du mois de mars : licenciements massifs et amendes. La thèse de Mugabe à ce sujet est très simple : aucun pays africain n’a accédé à l’indépendance avec des bases de développement aussi favorables que le Zimbabwe. Il importe avant tout de ne pas briser cet appareil de production, le socialisme -qui demeure l’objectif à long terme- ne pouvant se construire que très graduellement. Beaucoup en fait dépendra, dans les mois à venir, de la manière dont Robert Mugabe saura résister aux impatiences de sa «base», sans pour autant perdre son âme.»

Jeune Afrique (France), 30 avril 1980, p. 33.

S.A, «Une stabilité fragile»

«…M. Mugabe, dont l’autorité n’était pas contestée même auprès des combattants de la ZANU, semble avoir pris le parti de jouer, s’il le faut, ses anciens adversaires contre ses anciens partenaires. En quête de stabilité, il a tout autant besoin de l’appui des sociétés multinationales, qui gèrent les immenses richesses minières de son pays, que de l’approbation des masses africaines. Il lui faut également rallier à sa cause les «grands colons» européens pour éviter l’effondrement d’un secteur agricole très dynamique. À plus court terme, il doit à tout prix prévenir ce qu’il qualifie lui-même, par euphémisme, de «frictions» entre ses partisans armés, ceux de M. Nkomo et les soldats du général Walls. La tâche est malaisée. L’atmosphère de chaleureuse réconciliation qui préside à Salisbury ne doit pas trop faire illusion.»

Le Monde (France), 19 avril 1980, p. 1.

René Backmann, «Les Sud-Africains dans le filet»

«…Après quatre-vingt-dix ans de colonisation, quatorze ans de rébellion de la minorité blanche et sept ans de guérilla, l’ancienne Rhodésie du Sud devient enfin indépendante l’année où le Zaïre, la Somalie, Madagascar, le Nigeria (entre autres) célèbrent le vingtième anniversaire de leur émancipation. Indépendance dive, indépendance grosse d’angoisse et d’espoir pour toute la région. En particulier pour l’Afrique du Sud où les deux communautés ne peuvent s’empêcher de considérer le Zimbabwe comme l’exemple de ce qu’il faut obtenir ou éviter. Retranchée dans son bastion d’opulence, d’injustice et de violence, la minorité blanche d’Afrique du Sud ressemble, aujourd’hui, en dépit de sa puissance militaire et économique, à une société en sursis. Il y a cinq ans, déjà, l’indépendance du Mozambique, puis de l’Angola, l’effondrement soudain du glacis colonial portugais, retombée africaine de la Révolution des Oeillets, avaient été pour les Blancs d’Afrique australe une première alerte et pour les Noirs un formidable souffle d’espoir, que la répression sauvage des émeutes de Soweto, en juin 1976, n’a pu étouffer. Aujourd’hui, voilà que la Rhodésie, si proche, si semblable, devient à son tour indépendante, avec à sa tête un président noir…

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