« La faute aux procédures administratives » Gaspard Baratuza

Le porte-parole de l’armée revient sur le retard de paiement des indemnités des militaires en RCA, des informations annonçant une augmentation de la participation des militaires burundais à l’Amisom, etc.

Des informations font état d’un retard de paiement de salaire de dix mois pour les militaires burundais de la Minusca. Qu’en est-il ?

Ces informations sont fausses. Dix mois c’est presque une année. Or, nos militaires n’ont jamais connu un tel retard de paiement depuis qu’ils sont sur place, voilà bientôt cinq ans. Je voudrais profiter de cette occasion pour donner des clarifications sur le traitement des militaires en mission de maintien de la paix en République centrafricaine dans le cadre onusien. Leur traitement est spécial et connu dans les standards des opérations de maintien de la paix où les militaires œuvrent et reçoivent leurs indemnités sans faille et sans aucun problème. Toutefois, il arrive que les procédures administratives tardent un peu. Lorsque ces problèmes sont résolus, ils touchent leur salaire sans aucun problème.

Mais alors ce retard est de combien de mois ?

Actuellement, leurs indemnités des mois de mai jusqu’au mois d’août sont disponibles sur leurs comptes. Les mois de septembre et octobre sont en cours de préparation pour le paiement puisque le signal est déjà arrivé à la Banque centrale pour annoncer que ces indemnités sont disponibles. L’opération administrative est en cours pour que leur dû soit incessamment versé sur leurs comptes.

Quid de leur « grogne » quant à la rétention de 700$ par militaire sur leur salaire ?

Cette rumeur vient de nous parvenir, or aucun militaire n’a encore touché sa solde. Alors je me demande d’où ceux qui avancent ce montant de 700$ tirent ces informations et dans quel but. Il n’y a qu’une seule explication. Ce sont ceux qui ont toujours véhiculé des informations tendancieuses. Lorsqu’il y a un changement au niveau des soldes des militaires pour quelle que raison que ce soit, le chef de la FDN et son staff se rendent régulièrement sur terrain pour les causeries morales en vue d’éclairer les concernés. Les entretiens se font à bâton rompu et aucune question n’est taboue. S’il advenait qu’une telle chose se passe, ils seraient mis au courant ou bien ils l’auraient été. Il n’appartient pas aux militaires de poser cette question à travers les médias car il existe un canal interne où ils doivent passer pour connaître les raisons d’une telle ou telle autre question.

Confirmez-vous cette information sur une probable augmentation de la participation des militaires burundais en mission de maintien de la paix en Somalie?

C’est également une information erronée. La réalité est que pour ce qui est du contingent burundais en mission de maintien de la paix en Somalie (Amisom), la participation du militaire a été revue à la baisse. Et pour cause, depuis que l’UE, principal bailleur pour le volet indemnités d’opérations de militaires, a réduit de 20 % le montant qu’il allouait à cette mission, il y a eu des conséquences transversales. Notamment sur ce que le militaire percevait, mais aussi sur ce que le gouvernement burundais percevait par rapport à ce qui était stipulé dans le mémorandum d’entente avec l’UA, principal patron de l’Amisom. Auparavant, le militaire touchait autour de 800$, mais actuellement il touche ce montant déduit de 20%. Par conséquent, même la participation du militaire est passée de 200 à 166 dollars par mois. Il s’agit donc d’une réduction et non pas d’une augmentation.

Pourtant ces sources affirment que chaque militaire devra verser 500$ par mois comme contribution aux élections de 2020 ?

C’est faux et archifaux ! Que resterait-t-il au militaire si on lui retirait 500$ sur sa solde déjà réduite ? Parmi les militaires qui participent aux missions de maintien de la paix, il y a la catégorie des contingents des unités constituées qui perçoivent tous la même somme susmentionnée. Il y en a une autre de militaires qui travaillent dans ce qu’on appelle les missions d’observation, dans les états-majors de la mission ou dans une autre mission onusienne envoyée par le gouvernement burundais. La mission envoie la liste des postes disponibles. Le gouvernement sollicite le corps de la Défense pour envoyer des candidats. Ils sont désignés par le ministère de la Défense et des Anciens Combattants via le ministère des Relations Extérieures et de la Coopération Internationale pour intégrer ces missions. Ils obtiennent des contrats négociés par le gouvernement, mais ces candidats une fois sur place perçoivent directement leurs soldes sur leurs comptes ou bien en mains propres à raison de plus de 100$ par jour. Au départ, cette catégorie ne contribuait pas comme les autres alors qu’elle touche des sommes colossales par rapport aux unités constituées. Raison pour laquelle nous avons décidé de mettre sur un même pied d’égalité tous nos militaires. Ceux qui touchent beaucoup donneront une contribution plus significative. Pour ce faire, nous avons instauré un système d’acte d’engagement pour que celui qui le souhaite puisse signer et verser 500 $ par mois. Celui qui refuse est remplacé par celui qui comprend cette logique. Cela n’a donc rien à voir avec la contribution aux élections, puisque celle-ci sera retenue sur les salaires locaux de tous les militaires.