L’affaire « Clément Nkurunziza », un quart de siècle après, l’histoire fait son travail

L’ « Histoire » est le meilleur maître » dit-on, il faut chaque fois l’interroger, la consulter.

Ce qu’il convient d’appeler aujourd’hui l’affaire « Clément Nkurunziza » doit servir de leçon à la jeunesse actuelle.

Certains tenteront d’ethniciser l’affaire, si ce n’est pas déjà le cas. Il est curieux de constater que pour certains individus, le temps n’a rien changé. A l’heure actuelle, l’ethnie n’est plus une cause d’immunité pénale pas plus qu’elle ne constitue plus une faute. Les pouvoirs publics ont le droit et le devoir de punir les coupables.

Je reste convaincu que Clément Nkurunziza n’a pas été arrêté à cause de son appartenance ethnique, mais à cause de sa responsabilité vis-à vis de l’histoire. Pour bâtir une nouvelle société, Il faut éviter la globalisation. il serait sage de considérer le crime au niveau individuel et non collectif. Tous les tutsi ne sont pas des criminels, de même que les hutus.

En juin 1995, plus précisément dans la nuit du 11 au 12 juin plusieurs étudiants hutus ont trouvé la morts dans les campus universitaires et le forfait a été attribué au mouvement « Sans-échec»

Permettez-moi de résumer l’origine de ce mouvement de triste mémoire. La naissance de ce mouvement violent est le résultat de la fusion de trois clubs sportifs. Le « Sans défaite » fondé Par un certain Shilling Joe en compagnie de feu Willy Baselé, mon ancien condisciple et ami de l’école primaire Manirakiza Célestin alias Sékalé, mon ancien coéquipier Bujomé, Olivier dit Mwami, Didier Cabakuye et les autres. Ce n’était qu’un club sportif de jeunes citadins qui pratiquaient la musculation pour sculpter et développer leurs corps. Hormis Bujomé et Olivier, lors du déclenchement de la crise qui a secoué le Burundi après l’assassinat du président Melchior Ndadaye, toutes les personnes ci-haut citées se trouvaient déjà de l’autre côté de la Méditerranée. Et tous vivaient dans l’actuelle commune de Mukaza.

De l’autre côté de Ntahangwa , plus précisément en zone de Ngagara est né le club « Sans-échec ». Les fondateurs sont feu Sant Plice, Camarade, Ngangura, et les autres. Un autre club et qui a vite disparu est né peu après en zone urbaine de Buyenzi. C’est le fameux « Public ennemy »

Naissance du mouvement « Sans-échec »

L’assassinat du premier président de la République du Burundi élu et plusieurs de ses proches collaborateurs est cette étincelle qui embrasa tout le pays. Le président Hutu sauvagement tué par des militaires tutsi, les Bahutus se sentirent sans espoir. C’était le début d’une nouvelle guerre civile. Bon nombre de Bahutus choisirent le chemin de l’exil parce qu’ils étaient sans protection, d’autres choisirent la résistance. Les Tutsis se regroupèrent dans les milieux urbains protégés par les militaires, des gendarmes et policiers. En mairie de Bujumbura, c’était le début de la balkanisation des quartiers. Kamenge-Kinama quartiers du nord de la capitale et berceau de la résistance hutue étaient devenu un véritable « Hutuland », le centre et le sud un « Tutsiland ». Au nord sous l’égide de l’honorable Jean de Dieu Mutabazi président du parti RADEBU et la Coalition COPA naquit la jeunesse JEDEBU qui n’a pas fait long feu, puisque la résistance s’est poursuivie dans le maquis.

En ce moment, le mouvement « Sans-échec » fer de lance de l’opposition radicale dite G10 et qui fit une entrée spectaculaire au gouvernement grâce à ce mouvement violent composé à 70% par de jeunes venus de l’intérieur du pays faisait la pluie et le beau temps en mairie de Bujumbura. Ces derniers après avoir contaminé les jeunes citadins que j’ai vus peu après transformés en assassins dépourvus de tout sentiment humanitaire, drogués et enragés se sont érigés en maître de la rue. L’opération ville-morte était devenue la meilleure expression pour revendiquer l’impossible. Clément Nkurunziza qui dit qu’il est membre du mouvement anticolonialiste confond les luttes. La lutte contre le colonialisme était libératrice tandis que la lutte que menait le mouvement « Sans échec » ne visait que l’enterrement de la démocratie et il le sait bien.

A force de piller et de tuer le mouvement « sans-échec » dont faisait partie un bon nombre de membres de l’ASSER dirigée par Clément Nkurunziza s’est forgé une effroyable réputation. Je me souviens comme si c’était hier, même les tutsis habitants des quartiers appelés « contestataires » depuis fin avril 2015, dans leurs ventres, la peur était aussi permanente que le soleil. La cotisation pour l’achat de la bière, la cigarette, le sucre pour les rondes nocturnes était un impératif.

Tout ce que j’écris, je l’écris en tant que témoin sans détour ni complaisance. En 1995, au plus fort de la crise déclenchée après l’assassinat du président Melchior Ndadaye en octobre 1993, le mouvement « Sans-«échec » s’était transformé en machine à semer la terreur et commettait épisodiquement l’irréparable dans l’impunité totale.

Apparemment, il n y avait plus d’autorité administrative ni de force de l’ordre pour assurer la sécurité publique. Tout le monde, toutes ethnies confondues avaient peur. La tension était telle qu’il suffisait d’un plaisantin pour créer une atmosphère malsaine. Il suffisait d’entrer dans un bistrot et de crier : « AU SECOURS LES SANS ECHECS ARRIVENT !!!! » pour que les tables et verres soient renversés. Tout le monde prenait la fuite y compris ceux qui n’avaient pas réglé leur consommation. Dans les ménages, à la moindre alerte, les rideaux étaient tirés à la vitesse grand « V ».

J’écris tout cela, pour que chacun se représente ce que fut ce mouvement de triste mémoire dont faisait partie Clément Nkurunziza. Ce dernier, en date du 08 septembre 2013 a essayé de se défendre afin d’obtenir un statut de réfugié politique. Clément Nkurunziza se donne une importance excessive quand il écrit en ces termes : « Quand j’étais leader des étudiants en 1994 et dans trois premiers mois de 1995 , la seule institution burundaise qui pouvait faire face à la mauvaise gouvernance d’alors était la communauté estudiantine de l’Université du Burundi que je représentais». Clément Nkurunziza veut dire en somme qu’il n y’avait pas de société civile. Pourtant la ligue des droits de l’Homme « Iteka » et les autres étaient là. Et de poursuivre : « La communauté estudiantine n’a jamais connu une quelconque confrontation physique et meurtrière interne, sauf une attaque des rebelles au campus Kiriri et qui a emporté des vies d’une vingtaine d’étudiants tous tutsi. » Et d’ajouter : « Je précise bien que c’était une attaque des rebelles du Palipehutu-Fnl ou CNDD-FDD car, aucune revendication des faits n’a eu lieu ». Il s’agit et avouons le d’une défense qui ne tient pas du tout debout puisque le sang des étudiants hutus tombés à l’intérieur des campus crient toujours.

Mon constat amer est que ce qui nous manque nous les burundais est le courage de reconnaître nos forfaits. Les deux grandes composantes de la société burundaise qui sont (Hutu-Tutsi) se jettent mutuellement le tort. On parle de répression ou de légitime défense pour justifier l’extermination des autres. Avant la mise en œuvre on sème le grain de la haine dans les cœurs des jeunes. On commence par un endoctrinement malveillant. On invente des termes pour désigner un faux ennemi afin de l’éliminer facilement, et sans pitié. C’est le cas des « IMICAFU », « Gukura imicafu muri Kaminuza », « veut dire dégager les ordures des campus universitaires ».

Depuis l’indépendance le sol burundais boit du sang des fils et filles du Burundi. Pour arrêter cette spirale de violence, il nous a fallu des hommes responsables et une justice efficace. C’est cette justice et cette vérité qui font peur et qui nous ont longtemps manqué.

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