Iran: Sur les réseaux sociaux, le mouvement des femmes qui protestent contre le port du voile s’intensifie

Lancé il y a moins d’un an, le mouvement des « mercredis blancs » se poursuit en Iran…

• Les «mercredis blancs» où des femmes protestent contre le port obligatoire du voile durent depuis mai 2017 en Iran.

• Le mouvement prend doucement de l’ampleur.

• Les autorités sont de moins en moins à cheval sur la loi islamique à ce sujet.

Sur les images, toujours le même schéma. Une jeune Iranienne, ou deux, marchant dans la rue sans voile, commentant l’absence de réaction des passants, ou bien leurs regards curieux. Sous le hashtag #WhiteWednesdays (mercredis blancs), des internautes relaient ces vidéos sur les réseaux depuis bientôt un an.

On aurait tendance à l’oublier après la fièvre contestatrice qui s’est brièvement emparée de la République islamique d’Iran en décembre, sur fond de revendications économiques, mais les actes de remise en cause de l’obligation de port du voile ont toujours cours dans le pays.

Contesté depuis 1979

#WhiteWednesdays, qui consistait à l’origine à porter un voile blanc le mercredi, précédait déjà les manifestations de cet hiver, puisqu’il avait été lancé en mai 2017 par la journaliste et militante iranienne, exilée depuis 2009, Masih Alinejad.

Les racines de la contestation du port obligatoire remontent même jusqu’à la révolution de 1979, la loi islamique alors mise en place punissant son absence. « C’était le premier symbole de la révolution, plusieurs dizaines de milliers de femmes avaient perdu leur emploi pour s’y être opposées », rappelle la franco-iranienne Azadeh Kian, professeure de sociologie à Paris-7, spécialiste de l’Iran et des questions de genre dans l’Islam.

Le voile « just in case »

Mais depuis quelques mois, les actes de remise en cause de la loi, certes encore isolés, se multiplient dans l’espace public, attirant la curiosité mais également les répressions. Le 7 mars, une femme a été condamnée à deux ans de prison pour avoir « encouragé la corruption morale » (ôté son voile donc). Début février, 29 femmes ont été arrêtées à Téhéran pour avoir « perturbé l’ordre social ».

La messagerie Telegram, la voix censurée de la contestation en Iran

Malgré ces exemples, les autorités sont de moins en moins regardantes. Dans certains quartiers de la capitale, mais aussi en province, il est possible pour les femmes de se balader tête découverte. Il existe aussi un entre-deux de plus en plus répandu, ce que les Iraniennes appellent le voile « just in case » (juste au cas où), par exemple porté nonchalamment sur l’épaule afin de pouvoir le remettre rapidement quand l’on croise les autorités.

« L’Etat n’a pas réagi de façon violente, explique l’anthropologue Fariba Adelkhah, directrice de recherche à Sciences Po et auteure de La Révolution sous le voile (éd. Karthala). Il y a eu une oppression mais un espace de liberté est aussi possible. Le régime ne cède pas sur cette question, mais il gagnera à accepter des femmes non voilées comme soutien du pouvoir. »

Internet et l’ouverture à l’étranger font effet

Les marques d’opposition à l’obligation de port du voile ne sont pas tellement politiques, précisent les deux spécialistes de l’Iran. On trouve d’ailleurs dans le pays des femmes voilées qui sont pour un assouplissement de la législation. L’idée est avant tout de laisser la liberté à chacune. « Le voile est le symbole d’un mouvement révolutionnaire anti-impérialiste et antioccidental qui a encore un écho fort en Iran. Mais le régime ne va pas trancher par un renforcement de la loi ce mouvement qui monte, car la société en serait profondément divisée », poursuit Azadeh Kian.

D’autant que « la société iranienne est en train d’accepter cette différence, ajoute Fariba Adelkhah, car le mouvement vient par le bas, par le renouvellement générationnel et l’ouverture aux opinions étrangères, ce qui lui permet de prendre doucement de l’ampleur. » La globalisation joue effectivement, « ces jeunes femmes voient d’autres choses grâce à internet, et elles veulent être comme tout le monde », conclut Azadeh Kian.

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