La confrontation Washington-Moscou sur le dossier syrien se durcit

Moscou, soutien de Damas, a opposé son veto à l’ONU à une résolution visant à créer un mécanisme d’enquête sur le recours aux armes chimiques.

La confrontation entre les Etats-Unis et la Russie sur le dossier syrien s’est durcie mardi 11 avril alors que l’hypothèse de frappes occidentales semblait de plus en plus probable en riposte à une attaque chimique présumée imputée au régime de Bachar Al-Assad.

Douzième veto russe à l’ONU

Moscou, soutien indéfectible de Damas, a opposé son veto au Conseil de sécurité de l’ONU à un projet de résolution américain visant à créer un mécanisme d’enquête indépendant sur le recours aux armes chimiques en Syrie. Deux projets concurrents présentés par les Russes n’ont eux pas réuni suffisamment de voix pour être adoptés.

« La tragédie syrienne sera-t-elle le tombeau des Nations unies ? »

L’ambassadeur de Russie aux Nations unies, Vassily Nebenzia, a justifié le douzième veto de son pays en sept années d’un conflit qui a fait plus de 350 000 morts, par la volonté de « ne pas entrainer le Conseil de sécurité dans des aventures ».

Frénésie diplomatique occidentale

En face, les Occidentaux, Etats-Unis et France en tête, ont redoublé de détermination après avoir déjà fait clairement planer la menace de représailles militaires.

« La France mettra tout en œuvre contre l’impunité chimique », a assuré l’ambassadeur François Delattre. Elle annoncera « dans les prochains jours » la « décision » sur sa riposte, en coordination avec les alliés américain et britannique, a précisé, à Paris, le président de la République Emmanuel Macron.

Syrie : l’inéluctable riposte occidentale

S’inscrivant dans cette frénésie diplomatique, le président des Etats-Unis Donald Trump et la première ministre britannique Theresa May sont aussi « tombés d’accord », lors d’une conversation téléphonique, « pour ne pas laisser l’usage d’armes chimiques se poursuivre », a rapporté la Maison Blanche.

Le président américain, qui avait lui promis lundi une décision « très bientôt », a annulé un déplacement prévu en fin de semaine au Pérou afin de continuer à gérer le dossier syrien, renforçant le sentiment d’une action imminente.

Envoi d’une équipe de l’OIAC

L’Organisation internationale sur les armes chimiques (OIAC), un organisme dont le mandat est d’enquêter sur une attaque présumée mais qui n’a pas la responsabilité d’en identifier les responsables, a annoncé, mardi, l’envoi « sous peu » d’une équipe sur le terrain pour faire la lumière sur ce qui s’est passé à Douma.

Selon les Casques blancs, les secouristes en zones rebelles, et l’ONG Syrian American Medical Society, plus de 40 personnes ont été tuées samedi dans ce dernier bastion rebelle dans la Ghouta orientale aux portes de Damas, tandis que plus de 500 blessés ont été soignés, notamment pour des « difficultés respiratoires ».

L’OIAC a été invité par Damas, qui, comme Moscou, nie l’existence d’une telle attaque chimique. Selon des diplomates, cela pourrait permettre au pouvoir syrien de retarder d’éventuelles frappes occidentales.

Menaces sur les alliés de Damas

Tout en saluant l’envoi d’experts, Washington a tenu à ne pas lier leur enquête à la riposte américaine. « Les Etats-Unis ont leurs propres mécanismes », « nous savons qu’un produit chimique a été utilisé même si nous ne savons pas avec certitude lequel », a déclaré la porte-parole de la diplomatie américaine Heather Nauert.

Syrie : où se situe la « ligne rouge » sur les armes chimiques ?

Au-delà d’éventuelles frappes contre le régime, les mises en garde de Donald Trump affirmant que Damas, mais aussi ses soutiens, la Russie et l’Iran, devraient « payer le prix fort » ont ravivé le climat de Guerre froide qui s’installe de plus en plus. Moscou et Téhéran accusent Washington de chercher un « prétexte » pour frapper le pouvoir syrien.

Emmanuel Macron a d’ailleurs pris soin de préciser que d’éventuelles frappes françaises viseraient « à s’attaquer aux capacités chimiques détenues par le régime » et non pas aux « alliés » de ce dernier. « Nous ne souhaitons aucune escalade dans la région », a-t-il assuré.

La Russie, dont les troupes sont sur le sol syrien, a toutefois prévenu qu’une intervention militaire américaine serait « très, très dangereuse ».

Un destroyer américain en route, l’armée syrienne en alerte

Lundi, le destroyer lance-missile USS Donald Cook a quitté le port chypriote de Larnaca, où il faisait escale, et se trouve dans une zone d’où il peut facilement frapper la Syrie.

Face au risque d’attaque, l’armée syrienne a placé ses forces « en état d’alerte » pour les trois jours à venir dans les aéroports et les bases militaires du pays, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

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