Jérusalem: à quelques heures de l’ouverture de l’ambassade américaine

Lundi, une première délégation diplomatique américaine s’installera à Jérusalem, à la suite de la décision de Trump d’y transférer l’ambassade. La droite israélienne se frotte les mains.

Des guirlandes de drapeaux américains et israéliens dans les rues adjacentes. Et, à proximité du bâtiment de l’ambassade, sur la route refaite à neuf qui y mène, un parterre de fleurs représentant l’emblème des États-Unis suivi par les couleurs des deux pays côte à côte et plantées à intervalle régulier. Plus loin, sur l’une des façades du bâtiment, deux banderoles verticales à la gloire du président Trump : « Trump, l’ami de Sion » ou « Trump donne de la grandeur à Israël ». Bref, les invités en moins, tout est prêt pour l’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem. Même la plaque d’entrée a été installée. Elle trône sur le mur d’enceinte édifié pour l’occasion. Également installés : les panneaux de signalisation, en hébreu, arabe et anglais, indiquant la direction de l’ambassade.

Situé à Arnona, un quartier sud de Jérusalem, le bâtiment n’est pas neuf. Il servait depuis 2010 d’annexe du consulat américain de Jérusalem-Ouest. Il a bien sûr été retapé et subi des modifications extérieures comme intérieures, afin de permettre à David Friedman, l’actuel ambassadeur des États-Unis, et son équipe – pas plus de 6 personnes – de travailler en toute quiétude. 400 000 dollars, c’est le coût de ces arrangements, y compris d’importantes mesures de sécurité. Quant à la petite place devant l’immeuble, elle sera baptisée « place des États-Unis en l’honneur du président Donald Trump ». Une annonce de Nir Barkat, le maire de Jérusalem.

Une cérémonie symbolique

En revanche, les agents et promoteurs immobiliers qui comptaient faire des affaires avec l’arrivée à Jérusalem de l’ensemble du personnel de l’ambassade américaine installée à Tel-Aviv en sont pour leurs frais. En effet, pour l’heure, il ne s’agit que d’une première étape, dans le transfert annoncé le 6 décembre dernier, dans le sillage de la reconnaissance par Donald Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël. Si la Maison-Blanche annonce être à la recherche d’un terrain pour la construction, dans la ville sainte, de la nouvelle mission diplomatique, la majorité des services diplomatiques américains continuent leurs activités à Tel-Aviv. Au département d’État, on affirme que le processus de déménagement complet de l’ambassade pourrait prendre des années.

La cérémonie de ce lundi est donc avant tout symbolique. Il s’agit pour Donald Trump et Benjamin Netanyahou de marquer, en fanfare, la nouvelle politique américaine favorable à Israël. Non seulement au sujet du statut de Jérusalem, mais aussi vis-à-vis de Téhéran, avec le retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien. Deux éléments qui enchantent le Premier ministre israélien. Il se bat depuis des décennies pour que l’Amérique reconnaisse la ville sainte comme capitale d’Israël. Sans compter qu’il n’a cessé de s’opposer à l’accord conclu par Barack Obama et les autres grandes puissances pour limiter les ambitions nucléaires des ayatollah iraniens.

« L’adrénaline coule à flots »

Dans cette affaire, les grands perdants sont évidemment les Palestiniens. À Ramallah, Mahmoud Abbas a rompu tous les liens avec l’administration américaine. Il considère, en effet, que l’initiative américaine faisant de Jérusalem la capitale d’Israël est une rupture de la légitimité internationale sur laquelle se fondait le processus de négociations. En Cisjordanie, on s’attend à d’importantes manifestations. L’armée et la police israélienne y sont en état d’alerte, comme sur la frontière de Gaza. Car cette inauguration se déroule la veille de la journée de la Naqba, en français « la catastrophe ». Il s’agit de la commémoration par les Palestiniens de la défaite arabe de 1948, dont le problème des réfugiés palestiniens est une des conséquences.

Cela n’empêche pas le public israélien de soutenir à fond son Premier ministre et le président américain. Selon un tout récent sondage, ils sont 63 % à se féliciter du transfert de l’ambassade américaine. Ils sont aussi 71 % à justifier les tirs à balles réelles contre les manifestants à la frontière de Gaza. Toutes choses qui font grincer des dents les commentateurs de gauche. L’un d’entre eux, Chemi Shalev, du quotidien Haaretz, a écrit : « En Israël, ces derniers jours, Benjamin Netanyahou est roi et Donald Trump, Dieu. L’adrénaline coule à flots et la testostérone pourrait bien déborder. » Une manière de dire que la droite a le vent en poupe. Si des élections anticipées avaient lieu ces jours-ci, le Likoud de Netanyahou obtiendrait 35 mandats de députés, contre 31 aujourd’hui.

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