Amendment de la constitution : Une campagne excitante en attente du jour J pour montrer les rapports de force

La campagne du oui ou du non à la révision constitutionnelle bat son plein. Alors que certains saluent le bon déroulement du processus, d’autres parlent de campagne émaillée d’intimidations.

Mabanda : Imbonerakure, ces véritables faiseurs de loi
Depuis le début de la campagne référendaire, cette jeunesse affiliée au parti au pouvoir règne en maître absolu. Vendredi 4 mai, elle a ordonné aux commerçants du marché de Mabanda de fermer leurs échopes et d’aller assister au meeting.

Ce jour, Evariste Ndayishimiye, secrétaire général national du Cndd-Fdd y bat campagne. Son 2ème meeting après celui de Mpingakayove (Rutana), la veille. C’est une journée donc un peu chargée pour toute son équipe. Cela, d’autant plus qu’après le détour dans la province Rutana (dont le gouverneur est issu de la coalition Amizero y’Abarundi), ils ont intérêt de se regonfler à bloc. Objectif : rafler tout l’électorat de Makamba.

« Faire table rase à Makamba, c’est la consigne. Autrement, l’issue du vote risquerait d’être incertaine avec le penchant des électeurs de Rutana pour Rwasa », glisse un membre de son équipe.

Aux environs de 10h, les gens commencent à affluer au petit stade de Mabanda, prévu pour accueillir le meeting. Derrière leurs regards impassibles, tout laisse croire qu’ils viennent de leur propre volonté .Une toute autre réalité en approchant le marché de Mabanda.

Souvent bondé tous les vendredis, le marché est désert. Toutes les échopes sont fermées. Sur l’ordre des Imbonerakure, tous les vendeurs et commerçants ont été sommés de vider les lieux. « Allez respirer l’air d’un Burundi nouveau », leur ont-ils intimé.

Ceci, à leur grande incompréhension. « C’est aberrant parce que ce n’est pas tout le monde qui est du Cndd-Fdd ». Aussi I.N., un commerçant de ciment et matériaux de construction, s’agace : « Où est-il écrit qu’on doit assister à leurs meetings. Si c’est une journée chômée pour eux, l’administration devrait leur rappeler que la commune fonctionne grâce à nos taxes et impôts ou carrément nous en exempter ».

Des commerçants désemparés

Même rengaine que C.N., un vendeur d’aliments pour le bétail (tourteaux). Très en colère, il n’en revient pas que des gens, avec le seul prétexte qu’ils appartiennent au parti au pouvoir, puissent paralyser la vie de toute une commune. “Aujourd’hui, c’est nous, qui ne sait pas que demain, ça sera le tour des banques ou hôpitaux ? », s’interroge-t-il. « Le gouvernement doit sévir, autrement c’est un autre gouvernement qui va s’ériger dans un autre ».

A l’instant même, à l’autre bout de la route qui mène au marché, dans le quartier dit Ubushushe, la fortune sera tout autre pour les tenanciers de petits restaurants et bars dudit quartier, réputé concentrer des “récalcitrants (ibipinga)’’. En un clignement des yeux, ces Imbonerakure, habillés de tee-shirt rouge ne tardent pas à se mettre en évidence .A coup de bâtons, ils vont sommer ces tenanciers de fermer leurs boutiques et rejoindre les autres au stade. Par chance, aucun d’entre eux ne sera battu, mais, deux écoperont d’une amende de 20.000 Fbu.

Interrogée sur ces agitations, Laetitia Niyonkuru administrateur communal de Mabanda nie avoir eu connaissance des faits. «Aucun commerçant n’est venu se plaindre, sinon, on aurait puni avec la plus grande fermeté ces fauteurs de troubles ».

Mme Niyonkuru fait savoir qu’en plus de tels tracas entraînent un manque à gagner pour la commune, chaque Burundais a droit de jouir de ses libertés d’opinions, d’être membre du parti politique de son choix. Et de conclure: « Quiconque sera témoin de pareils agissements la prochaine fois, qu’il avertisse les autorités compétentes. Parce qu’il ne doit pas y avoir des sanctions de deux poids, deux mesures.»