La « Negro Anthology » : ce qu’être noir de peau veut dire

La nouvelle édition de ce livre mythique ressurgi des années 1930, conçu par l’égérie des surréalistes Nancy Cunard, rappelle la force des préjugés, et l’urgence d’en sortir.

Ce livre n’est ni une encyclopédie ni un dictionnaire, mais il en possède quelques-unes des caractéristiques, le format et l’épaisseur, le nombre et la variété des sujets comme des auteurs. Ce n’est pas un pamphlet, et c’est néanmoins un ouvrage de combat des plus résolus. Ce n’est ni une somme historique, ni un traité de science politique ou de sociologie, ni une chronique artistique, bien que ces disciplines y soient toutes largement présentes. Et, bien qu’il ait été peu diffusé au moment de sa publication, il est devenu légendaire. Ce monument de l’édition, c’est la Negro Anthology, en abrégé la Negro.

Elle paraît le 15 février 1934 chez l’éditeur londonien Wishart & Co. Le projet a été engagé en 1931 par Nancy Cunard (1896-1965), qui est elle aussi une figure légendaire. Héritière par son père de l’entreprise maritime Cunard, elle rallie le milieu le plus novateur d’une Grande-Bretagne encore victorienne, le Bloomsbury Group, qui se réunit autour de Virginia Woolf (1882-1941) et de son mari Leonard (1880-1969). Ce sont eux qui publient, en 1925, Parallax, recueil poétique dont Nancy est l’auteure.