
Alors que le gouvernement italien veut expulser 500 000 immigrés illégaux, la ville de Vénétie entend résister à l’idéologie de la peur.
Difficile de ne pas remarquer les Africains de Padoue : pédalant dans les rues de cette vieille cité de Vénétie où le vélo est roi, marchant vers leur travail dans la zone industrielle, bavardant à l’ombre des parcs publics, rassemblés dans des églises de toutes obédiences lors du service dominical, lieux de retrouvailles et de solidarité.
Il y a aussi, image insolite, ce personnage noir sur les célèbres fresques de Giotto qui racontent la Passion du Christ dans la chapelle des Scrovegni. Elles datent de l’aube du XIVe siècle, lorsque s’est épanouie la « Renaissance padouane », bien avant que la peinture occidentale ne fasse d’un des rois mages un Africain.
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Aujourd’hui les Africains de Padoue, originaires de 17 pays situés au sud du Sahara, ne sont pas les plus nombreux parmi les immigrés attirés par les emplois qu’offrent les 1 300 entreprises locales : quelque 4 000 personnes dans une commune de 210 000 habitants, qui compte 16 % de non-Italiens. Mais ils sont forcément plus visibles que d’autres, et l’affaire de l’Aquarius, le bateau chargé de migrants que le xénophobe ministre de l’intérieur Matteo Salvini (la Ligue, extrême droite) a refusé de laisser accoster en Italie, a braqué les projecteurs sur cette population installée parfois de longue date.