
Sous la menace d’intenses bombardements, les insurgés ont accepté de rendre les armes.
Le drapeau du régime syrien flotte sur le terminal de Nassib. Ce poste-frontière entre la Jordanie et la Syrie, carrefour commercial majeur qui était aux mains des rebelles depuis trois ans, a été regagné sans combat, vendredi 6 juillet, par les troupes gouvernementales. Cette percée s’inscrit dans le cadre de l’offensive menée depuis deux semaines et demi par l’armée régulière syrienne dans la province de Deraa, le berceau de la contestation anti-Assad. Conduite avec le soutien de l’aviation russe, cette opération approche de sa fin, les insurgés ayant accepté, vendredi soir, de déposer les armes, en échange d’une amnistie et d’une possibilité d’évacuation vers la poche d’Idlib, au nord-ouest, l’ultime territoire en rébellion ouverte contre Damas.
La reprise de Nassib, à laquelle la Jordanie a donné son approbation tacite, constitue une victoire majeure pour le pouvoir syrien. Selon le chercheur Aron Lund, spécialiste de la Syrie, ce terminal et la zone franche adjacente généraient, avant le déclenchement de la guerre civile, un trafic commercial d’une valeur estimée à 1,5 milliard de dollars (1,2 milliard d’euros) par an. Les camions de produits syriens, mais aussi turcs, libanais et européens, en route vers Amman et les monarchies du Golfe, y croisaient d’autres poids lourds, remplis d’exportations égyptiennes, jordaniennes et saoudiennes, à destination de Damas, d’Istanbul et des pays européens.
Feu vert
Le pillage de la zone franche et du terminal, consécutif à leur conquête par les rebelles au printemps 2015, avait incité la monarchie hachémite à fermer sa partie de la frontière, coupant net ces flux économiques bénéfiques à toute la région. Après l’entrée en vigueur, en juillet 2017, d’un accord de « désescalade » dans la région de Deraa, parrainé par les Etats-Unis, la Russie et la Jordanie, des rumeurs de réouverture avaient fleuri dans les médias arabes. Mais les tractations en ce sens n’avaient pas débouché, Amman soumettant la remise en service de Nassib au redéploiement de l’armée syrienne sur le site, une exigence rejetée par les rebelles.
Maintenant que cette condition est remplie, des travaux de réhabilitation devront être menés sur place. Avant de laisser des camions de nouveau transiter par ce poste-frontière, un geste hautement politique, qui attestera d’un début de normalisation entre Amman et Damas, il est probable que la Jordanie devra aussi obtenir le feu vert de ses deux principaux protecteurs, les Etats-Unis et l’Arabie saoudite. Pour mémoire, huit mois après sa reprise par les troupes loyalistes, le terminal de Boukamal, à la frontière avec l’Irak, n’est toujours pas opérationnel.
« Disproportion »
En vertu de l’accord négocié par la Russie, alliée de Damas, avec les factions de Deraa, l’armée syrienne devrait se déployer dans les prochains jours sur toute la zone frontalière avec la Jordanie. En alternant bombardements, qui ont été fatals à 150 civils depuis le 19 juin, et accords de reddition négociés, un processus qualifié de « réconciliation » par Damas, les troupes régulières ont repris plus de la moitié du bastion rebelle.
L’arrangement final, obtenu par Moscou sous la menace d’une intensification des bombardements, prévoit que les anti-Assad – qui refusaient jusqu’alors de se « réconcilier » avec leur bourreau – rendent leurs armes lourdes et moyennes par étapes. En échange, outre l’option du transfert vers Idlib, que les Russes refusaient d’accorder jusque-là, les combattants devraient avoir la possibilité d’intégrer des unités de l’armée syrienne spécialisées dans la lutte contre l’organisation Etat islamique.