La francophonie, outil de rapprochement entre la France et le Rwanda

Pour notre chroniqueur, le soutien apporté par Paris et Kigali à la candidature de Louise Mushikiwabo à l’OIF est un pari diplomatique qui soulève des questions.

Sauf surprise, Louise Mushikiwabo, ministre des affaires étrangères du Rwanda, devrait hériter du fauteuil de Michaëlle Jean à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), lors du sommet qui se tiendra les 11 et 12 octobre à Erevan, en Arménie.

Cette candidature, suscitée par la France puis reprise par le Rwanda avant d’être soutenue par l’Union africaine, a de quoi surprendre au regard du passif entre les deux pays. Kigali a, depuis la rentrée 2010, fait de l’anglais la seule langue d’enseignement public, en remplacement du français. Plus important, son président, Paul Kagame, impute depuis des années et avec constance une immense responsabilité à Paris dans le génocide des Tutsi en 1994. Cette position de pourfendeur de la politique de la France en Afrique a, avec son image de travailleur acharné de la transformation du Rwanda, contribué à asseoir sa stature continentale.

Coup de poker

L’arrivée probable de Louise Mushikiwabo au poste de secrétaire générale de l’OIF peut donc apparaître comme une victoire diplomatique pour chacun des deux pays. Pour Emmanuel Macron, qui tente d’imposer une image publique de liquidateur des fantômes de la Françafrique, faire revenir le Rwanda dans le giron de la francophonie – considérée à tort comme le pré carré français – est un coup de poker. Un acte désolant pour ceux qui considèrent que « la France se couche devant ceux qui insultent son passé », mais aussi une ouverture sur la relation que peut tisser l’ancienne puissance coloniale avec les nations africaines.

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