“Au Burundi, 50% des femmes ne connaissent aucune banque, contre 21% pour une institution de micro-finance”

Enseignant et chercheur de l’université du Burundi, Dr Prisca Niyuhire, a publié un article sur “l’égalité des genres en matière d’inclusion financière au Burundi” pour le compte du Centre Universitaire de Recherche pour le Développement Economique et Social (CURDES, avril 2018). Ainsi, le faible taux d’inclusion financière de la femme burundaise est expliqué par les problèmes de formation, de manque de garanties et du temps à consacrer aux activités lucratives, de la réticence à travailler en groupes ainsi que des problèmes liés à la nature d’activités des femmes qui restent essentiellement dans l’informel.

Le Dr Prisca Niyuhire commence par citer les résultats de différentes études déjà conduites au niveau de la formation au Burundi: “L’Unicef Bujumbura estimait en 2010 le taux d’analphabétisme des femmes/filles âgées de 15-49ans à 56,8%. De même, selon le ‘Profil et genre’ édité par la BAD en 2011, dans le système formel de l’éducation au Burundi, les disparités entre filles/garçons apparaissent au fur et à mesure que le niveau d’études augmente. Ceci reste prouvé par le rapport d’état du système éducatif national en 2015. La fille représente 50,8% au niveau préscolaire et fondamental, 46,2% au niveau secondaire général et pédagogique et seulement 31,5% à l’enseignement supérieur”.

Sur l’accès à l’information, le Dr Prisca rappelle qu’au Burundi, la femme burundaise souffre d’un problème d’information plus prononcé en indiquant les résultats du rapport de la première enquête national sur l’inclusion financière (BRB, 2012). Selon les résultats de ce dernier, 50% des femmes ne connaissent aucune banque contre 21% pour une institution de micro-finance, au moment où ces chiffres sont respectivement 24% et 8% pour les hommes.

Par ensuite, ce professeur d’université précise qu’il est plus difficile dans le pays de toucher les femmes par le biais des circuits qui ciblent habituellement les hommes à savoir notamment les paiements de salaires, les transferts d’argent et les comptes d’épargne. En effet, d’après une étude la BAD (2011), 94,3% de la population burundaise dépendent de l’agriculture de subsistance. La femme burundaise représentant 80% de la main d’œuvre dans ce secteur et travaillant à plus de 70% dans le secteur formel, et de conclure, que ce genre d’activités exercées par la femme s’adapte mal aux produits financiers offerts par le système financier burundais.

Enfin, le Dr Prisca Niyuhire montre que la femme burundaise manque de garanties pour accéder aux services financiers: “Du côté socioculturel, le Burundi est régi par le système patriarcal ou le pouvoir de décision du ménage revient à l’homme en sa qualité de chef de ménage, la femme étant exclue de l’héritage et l’accès aux ressources se limitant au droit d’usufruit”.

Comme statistiques, selon le Ministère de la Solidarité Nationale, des Droits de la personne Humaine et Genre (2012), seulement 17,7 % des burundaises du milieu rural ont accès a une propriété contre 62% des hommes. De là, avec une telle pauvreté, il reste très difficile d’hypothéquer un bien quelconque face au manque de diversité de garanties de demandées par les institutions financières (BRB, 2014). A ces obstacles liés au secteur d’activité, d’information, de formation, de manque de temps et de garanties, le Dr Prisca Niyuhire, sur base d’entretiens avec les professionnels du domaine, ajoute que “la femme burundaise est réticente à travailler en groupe pour accéder plus facilement au crédit”.

L’importance que revêt l’accès des femmes aux services financiers formels ne se limite pas au seul enjeu de l’inclusion financière. Si la plupart des pays et organismes internationaux de développement mettent de plus en plus l’accent sur la nécessité d’améliorer la situation des femmes, c’est parce qu’il est désormais évident que l’on ne pourra pas obtenir des avancées significatives sur la réduction de la pauvreté sans cibler ce large segment de la population (52% de la population, ISTEEBU 2008), et que le marché féminin est un gisement de productivité et de croissance économique.

Face à un phénomène d’exclusion généralisée, il apparaît évident que, pour pouvoir atteindre l’objectif d’universalisation de l’accès aux services financiers, on doit prioriser les femmes. Mais la tâche n’est pas aisée, tant se posent des difficultés singulières auxquelles bailleurs de fonds et professionnels du développement doivent réfléchir.

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