Rapport de l’ONU sur le Mali : ceux qui font obstacle à la paix

Ils sont membres de groupes armés signataires de l’accord d’Alger, et ont pourtant des parties liées avec des groupes terroristes, des trafiquants de drogue ou participent activement à la prédation sur les migrants de passage au Mali. Qui sont les personnalités pointées par les experts de l’ONU ?

C’est un rapport qui fera date. Mais ce sont surtout les suites que lui donneront – ou pas – les membres du Conseil de sécurité de l’ONU qui diront son utilité réelle. Depuis le mois de mars, un groupe d’experts mandaté par le Conseil a rencontré les différentes parties prenantes, des signataires de l’accord de paix d’Alger aux services de renseignement, en passant par les leaders traditionnels. Objectif : documenter l’état d’avancement de la mise en oeuvre de l’accord.

Le constat dressé est accablant : des membres de groupes signataires de l’accord de paix se sont livrés à des activités terroristes. Des liens sont avérés entre des trafiquants de drogue ou d’êtres humains et des éléments de groupes armés signataires, parfois à un haut niveau hiérarchique. Les sommes investies dans le processus de paix via le financement des multiples instances de discussion et de la mise en place des autorités locales intérimaires, n’offrent qu’un trop faible retour sur investissement, quand les fonds arrivent effectivement sur le terrain.

De 2015 à juin 2018, 143 milliards de francs CFA ont été mis sur la table par le gouvernement malien pour le financement des différents plans d’urgence dans le Nord, l’accès de Taoudéni et Ménaka au statut de région ou encore la mise en place du Mécanisme opérationnel de coordination (MOC). Mais sur le terrain, les effets tardent à se faire sentir.

Liens avec des groupes terroristes

Ce rapport confidentiel, intitulé Rapport final du Groupe d’experts créé en application de la résolution 2374 (2017) du Conseil de sécurité sur le Mali, avait déjà en partie fuité dans la presse pendant l’entre-deux-tours de la présidentielle, le 9 août dernier. Certains y ont vu une volonté de rappeler aux acteurs de la crise malienne que, une fois passé le temps du scrutin, la question de l’application de l’accord reviendrait très rapidement au sommet de l’agenda onusien. Et que des sanctions pourraient être prises contre ceux qui jouent l’obstruction.

« Nous n’avons pas observé d’obstruction délibérée de la part de l’une ou l’autre des parties signataires de l’accord », tempère Ruben de Koning, l’un des quatre experts ayant réalisé le rapport, interrogé par Jeune Afrique. « Il y a des menaces qui pèsent sur la mise en oeuvre de l’accord de paix, qui causent des retards, en particulier au niveau des rapports qu’entretiennent certains membres des groupes signataires, ou des groupes dits coopératifs, avec des groupes terroristes ou avec la criminalité organisée ».

QUAND IL Y A TROP D’INTÉRÊT EN JEU, LA VOLONTÉ DE MAINTENIR LES TRAFICS DÉBOUCHE SUR UNE VOLONTÉ DE RÉSISTER À LA RÉINSTALLATION DE L’ÉTAT

Si l’expert onusien met en avant les « progrès et avancées » dans le processus, comme la mise en place des autorités intérimaires et les débuts du MOC, il adresse toutefois une sévère mise en garde. « Quand il y a trop d’intérêt en jeu, la volonté de maintenir les trafics débouche sur une volonté de résister à la réinstallation de l’État dans le Nord ».

Désormais public, le document doit être présenté devant le Conseil de sécurité le 1er septembre. Y figurent les noms de plusieurs responsables de groupes armés. Une autre partie du rapport, restée confidentielle celle-là, comporte une liste restreinte de noms de personnalités que le comité d’experts proposent au Conseil de sécurité de sanctionner. Aucun chef n’y figure, uniquement des membres du « deuxième cercle ». Pour le moment.

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