Bujumbura intransigeant face aux « putschistes »

Le gouvernement du Burundi appelle tous les opposants en exil à rentrer au pays. Néanmoins, il reste inflexible face « aux putschistes ».Ces derniers doivent être jugés.

Selon Terence Ntahiraja, assistant du ministre de l’Intérieur, pas question d’immunité pour les « putschistes ». « Nous voulons briser le mythe d’impunité des coups d’Etat». Il explique que le passé du Burundi est jalonné par des coups de force. Et le fait qu’ils demeurent impunis encourage la récidive. En outre, il estime qu’un jugement vaut mieux que l’exil. « Après avoir purgé leurs peines, les « putschistes » redeviendront des citoyens libres.».

Un discours qui est loin d’encourager les retours des opposants en exil. La plupart sont réunis dans le Cnared et sont recherchés par la justice burundaise. Pancrace Cimpaye, un des membres de cette plateforme, n’est pas sur la liste des individus recherchés. Cependant, il indique que rentrer au Burundi serait se jeter dans la gueule du loup. Quant à Léonard Nyangoma un autre exilé, également non poursuivi, la question du retour des politiciens ne doit pas être traité singulièrement. Le sort des milliers de burundais réfugiés à l’étranger et des prisonniers politiques en dépend aussi. Cela devrait figurer sur la table lors du prochain round du dialogue inter-burundais.

A propos de cette session de dialogue, M. Ntahiraja lève aussi un peu le voile. « Le gouvernement du Burundi va s’associer avec ceux qui ont les mains propres.» De son discours transparaît que la position de Bujumbura n’a pas changé d’un iota. Le récent passage de l’équipe de médiation avait suscité un brin d’espoir. Les émissaires de Mkapa avaient réussi in extremis à décrocher la participation de Bujumbura à la prochaine séance de médiation. Au départ, le gouvernement avait décliné l’invitation. Après le passage des hommes Mkapa, Bujumbura avait finalement accepté pour ne pas être accusé de bloquer le dialogue.

L’immunité, une mesure plus que salutaire

Selon plusieurs observateurs, les autorités burundaises ne peuvent pas appeler le retour des exilés et en parallèle promettre de les déférer devant la justice. Le pouvoir en place n’ignore pas que les candidats au retour demandent toujours des garanties .Ils veulent être à l’abri de toute poursuite.

Ainsi, en 2006, le Palipehutu FNL, alors dans le maquis, avait demandé l’immunité pour ses combattants. Le président de la république Pierre Nkurunziza avait signé un décret accordant l’immunité provisoire aux combattants d’Agathon Rwasa. « Ils ont demandé au Chef de l’État d’annoncer publiquement que les combattants du Palipehutu/FNL bénéficient désormais de l’immunité provisoire. Nous confirmons publiquement, en présence de toute cette population, que mon gouvernement a accordé cette immunité aux combattants du Palipehutu Fnl. »Par cette déclaration faite à Bubanza en 2006, le numéro un burundais a fait rentrer le dernier mouvement rebelle encore en activité.

Le pouvoir a le devoir d’analyser ce que le pays a perdu durant les trois années de crise. Le rayonnement du Burundi a été fragilisé. L’économie est boiteuse suite au désengagement des partenaires. Pour une sortie de crise, accorder l’immunité aux présumés putschistes serait une mesure salutaire. D’autant plus que l’équipe dirigeante de la plateforme du Cnared semble vouloir négocier leur retour. Une bonne occasion pour Bujumbura.

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