Non, l’Afrique subsaharienne ne va pas « envahir » l’Europe

Une étude publiée par l’INED invalide la thèse d’une « ruée vers l’Europe » de la population d’Afrique subsaharienne en 2050.

L’Europe de 2050 sera-t-elle peuplée de 25 % d’immigrés subsahariens ? Depuis que l’écrivain Stephen Smith a prophétisé, en début d’année dans La Ruée vers l’Europe (Grasset), que le vieux continent comptera 150 à 200 millions d’Afro-Européens dans trente ans, la question, hier cantonnée à l’extrême droite, a trouvé d’autres porte-voix. Dans le contexte de fermeture de l’Europe, la démonstration de l’universitaire, ex-journaliste (au Monde, notamment) a séduit jusqu’au sommet de l’Etat où Emmanuel Macron estimait le 16 avril que l’auteur avait « formidablement décrit » la menace d’une jeunesse africaine massée sur l’autre rive de la Méditerranée, à qui il ne manque qu’un « go » pour s’élancer vers les capitales européennes.

Depuis sa chaire Migrations et sociétés, au Collège de France, François Héran a un moment observé ce débat, avant de s’en saisir, au nom de la « véracité scientifique ». Ce sociologue, anthropologue et démographe, meilleur spécialiste français du sujet, répond aujourd’hui que cette invasion est un mirage.

« L’ordre de grandeur le plus réaliste est cinq fois moindre », a-t-il même mesuré, réfutant le spectre d’une Europe à 25 % afro européenne. « Les Subsahariens, qui représentent 1 % de la population européenne (1,5 % de la population française) représenteront tout au plus 3 ou 4 % de la population des pays du nord en 2050 », ajoute-il dans le dernier numéro de Population et Sociétés, la revue de l’Institut national d’études démographiques, qui sort aujourd’hui, où il signe un article intitulé « l’Europe et le spectre des migrations subsahariennes ».

L’immigration subsaharienne devrait doubler, passant de 1,5 à 2,9 % de la population française en 2050

Pourcentage de population immigrée en France par région d’origine en 2015 et projection en 2050 selon les données de l’ONU

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Une hausse mais pas « une invasion »

Cette analyse scientifique étayée qui sonne comme le premier round d’un match l’opposant aux tenanciers de la théorie du « Grand remplacement » de la civilisation européenne par les immigrés – développée par Renaud Camus et reprise par de nombreux médias d’extrême droite et identitaires – ou de La Ruée vers le vieux continent, de M. Smith. Les élections européennes de mai 2019 devraient d’ailleurs faire caisse de résonance à ce débat qui traverse l’Europe, se nourrissant simultanément de la croissance démographique prévue en Afrique dans les décennies à venir et de la crise de l’accueil des migrants en Europe.

Et pourtant… Aujourd’hui, « 70 % des migrants subsahariens s’installent dans un autre pays africain, 25 % se répartissent entre le Golfe et l’Amérique du Nord et 15 % viennent en Europe », relativise le chercheur.

« Si l’on intègre la croissance démographique projetée par l’ONU. C’est-à-dire le passage de 970 millions d’Africains en zone subsaharienne à 2,2 milliards en 2050 (…) les immigrés subsahariens installés dans les pays de l’OCDE pourraient représenter en 2050 non plus 0,4 % de la population, mais 2,4 %. »

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