Analyse. La convention du 9 décembre 1948 est longtemps restée méconnue en France, analyse le journaliste Antoine Flandrin. Analyse. Il y a soixante-dix ans, le 9 décembre 1948, les Nations unies adoptaient, à Paris, la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. Ce traité, ratifié par 149 Etats dont la France, le 14 octobre 1950, fut d’abord l’œuvre et la victoire d’un homme, le juriste juif polonais Raphael Lemkin (1900-1959). Convaincu qu’il fallait un mot nouveau pour désigner l’anéantissement des Ottomans arméniens entre 1915 et 1917 et celui des juifs d’Europe pendant la seconde guerre mondiale, il forgea la notion de « génocide ».
L’incrimination de crime de génocide, fixée par cette convention, poursuit un but précis : protéger les groupes visés par « des actes commis dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux ». Elle se distingue ainsi fortement du crime contre l’humanité, établi par la charte de Nuremberg en 1945, qui entend protéger les personnes des atrocités commises « dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique dirigée contre toute population civile ».
En dépit des succès de Lemkin et des Nations unies, la convention du 9 décembre 1948 est néanmoins restée méconnue en France, mais pas seulement. D’une part, parce que la puissance de l’incrimination devait dissuader par son existence d’autres crimes de génocide à l’avenir : c’était le « plus jamais ça » proclamé après la découverte de la Shoah. Or elle n’a pas débouché sur l’instauration d’un tribunal pénal permanent ; elle est restée théorique.
D’autre part, parce qu’elle a été aussi attaquée par des pays négationnistes, comme la Turquie, qui ont empêché que la convention ne constitue une institution d’étude et de suivi des grands crimes