Le Burundi souhaite rouvrir l’enquête sur les violences des années 1990 et 2000, mais en Afrique nombre d’assassinats de dirigeants ne sont jamais élucidés.
Avec sa barbe sévère, son regard brûlant, le portrait de Melchior Ndadaye accroché au mur des bureaux de la présidence du Burundi, à Bujumbura, a quelque chose d’intense et de poignant. A ses côtés, les autres visages solennels des dirigeants burundais ont tous, aussi, un côté émouvant. Un air de tragédie flotte sur cette galerie. La plupart de ces présidents ont quitté le pouvoir par la force, et pas toujours en vie.
Melchior Ndadaye a été assassiné le 21 octobre 1993 par des militaires au terme d’une journée de folie, de traque et de brutalité dans Bujumbura. A l’aube, des soldats avaient attaqué le palais présidentiel – il sera pratiquement détruit – afin de le passer par les armes. Mais il était parvenu à s’enfuir et à se réfugier dans un camp militaire, où il sera toutefois débusqué et assassiné.
Arrestations et mandats d’arrêt
Il était arrivé au pouvoir quelques mois plus tôt, le 1er juin 1993, au terme d’une élection incontestée, la première depuis des décennies de pouvoir militaire. Il était hutu.
Cette journée où le coup d’Etat a eu raison du premier dirigeant hutu, ainsi que de hauts responsables de son nouveau pouvoir, a donné le coup d’envoi à plusieurs phénomènes.
D’abord, un ensemble de massacres de Tutsi, en représailles. Puis, une reprise en main par les forces armées à dominante tutsi ; en d’autres termes, des contre-massacres. Enfin, une guerre civile, qui a opposé l’armée à des rébellions hutu, dont celle de l’actuel président, Pierre Nkurunziza. Cette guerre n’a pris fin qu’en 2005.