En Ouganda, la colère des petits marchands face à « l’invasion » des Chinois

Entre 10 000 et 50 000 commerçants sont venus de Chine, principal bailleur de fonds du pays, pour investir dans des boutiques à Kampala.

L’heure est aux affaires à Kampala. Ce lundi matin sur William Street, en plein cœur de la capitale ougandaise, les liasses de billets passent d’une main à l’autre. Au milieu des vendeurs ambulants, des restaurateurs improvisés et des taxis-motos, un Chinois entre dans une échoppe, visiblement la sienne. Sur sa tête, il porte un sac rempli de marchandises qu’il dépose dans sa boutique. Donald, un des rares Ougandais qui ont réussi à se garder une petite place dans ce qui est devenu un empire asiatique, s’étrangle : « Tu vois ? Ils ont tout pris, même le boulot des portefaix ! »

Les Chinois tiennent l’avenue. Ils ont fait main basse sur presque toutes les officines de l’un des axes les plus commerçants de la ville, envahissant au passage le marché des textiles, des chaussures, de l’équipement ménager, de la construction… Personne ne sait plus trop comment ça s’est passé, mais aujourd’hui c’est un véritable raz-de-marée qui vient réveiller une vieille colère, latente depuis quelques années, celle des petits commerçants agacés par les Chinois qui leur volent « leur » Ouganda.

Les autochtones accusent les nouveaux venus d’être arrivés cachés dans des costumes de grands investisseurs, pour à la fin prendre leurs petits business. Ils seraient ainsi entre 10 000 et 50 000 Chinois à avoir investi dans le petit commerce à Kampala. Une « invasion » à laquelle les Ougandais tentent en vain de résister, au gré de colères sporadiques et sans lendemain.

« Toujours prêts à casser les prix »

Suzanne est sur le point de mettre la clé sous la porte afin de tenter autre chose avec les 500 000 shillings ougandais (117 euros) qu’elle a économisés. Cet argent, la Kampalaise l’avait d’abord investi dans un petit business de chaussures, mais sa boutique se retrouve noyée dans l’agora chinoise de William Street. « Au milieu d’eux, nous ne vendons plus !, se plaint-elle. Les Chinois tiennent tous les maillons du commerce. Ils sont grossistes et détaillants. Nous sommes obligés de nous approvisionner chez eux parce qu’ils vendent moins cher, mais après ils nous concurrencent sur la vente au détail, toujours prêts à casser les prix. »

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