Au Kenya, la guerre contre la corruption ne convainc pas

Le président Uhuru Kenyatta clame qu’il veut « récupérer tout l’argent volé », soit plus de 5 milliards d’euros qui manquent chaque année au budget de l’Etat.

On pourrait en rire s’il ne s’agissait pas de vertigineux détournements d’argent public. Parmi les transactions « douteuses » qui ont marqué l’opinion kényane en 2018, il y eut par exemple l’achat par l’Agence nationale pour la jeunesse (NYS) d’un pneu, un seul, pour un million de dollars (872 000 euros). Ou encore des commandes de viande, là encore par la NYS, pour 8,5 millions de dollars (7,4 millions d’euros). Soit l’équivalent de 66 kg de steak par jour… Des « air contracts », ces transactions où tout est fictif hormis le siphonnage des comptes publics.

C’est contre ces symboles de la corruption au Kenya, de même que toutes les autres formes de malversations, que le président est parti en croisade. Lors de ses vœux du 31 décembre, Uhuru Kenyatta a martelé qu’il comptait bien « gagner cette guerre » contre« l’ennemi commun ». Depuis six mois, le sujet imprègne ses discours, parfois avec hargne. « Nous allons récupérer tout l’argent volé. Il n’y aura aucune pitié pour les voleurs. Leurs jours sont comptés. Ils seront poursuivis et emprisonnés », prophétisait-il déjà en mai 2018.

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Intention sincère, pressions des investisseurs, souci d’héritage politique ? Nul ne sait précisément quel objectif anime Uhuru Kenyatta, qui débute son deuxième et dernier mandat. Une chose est sûre, une seule… La corruption a explosé depuis son arrivée au pouvoir en 2013 : + 240 % rien que sur les contracts publics. « Les montants sont de plus en plus importants, précise Samuel Kimeu, directeur de Transparency International Kenya. Dans les années 1980 et 1990 [époque du président Daniel arap Moi, où la corruption s’est systématisée], on entendait parler de commissions, sur 10 ou 20 % des contrats. Aujourd’hui, le coût des projets va enfler plusieurs fois pour inclure le coût de la corruption. »

Malgré son économie dynamique et sa démocratie solide dans une Afrique de l’Est dominée par les régimes autoritaires, Transparency International classe le Kenya au 143e rang sur 180 dans son classement anti-corruption, loin derrière de bons élèves comme le Rwanda.

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