Gbagbo acquitté par la CPI : comment le dossier de l’accusation s’est effondré

En dépit de ses 82 témoins, le procureur n’a « pas démontré qu’il y avait un plan pour maintenir Laurent Gbagbo au pouvoir », selon les juges.

C’est en prison que Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé ont connu leur première nuit d’acquittés. Dès la fin de l’audience à la Cour pénale internationale (CPI), mardi 15 janvier, quelques minutes après avoir été blanchis de crimes contre l’humanité, l’ex-président ivoirien et son ancien ministre tombaient dans les bras l’un de l’autre.

Mais leur mise en libération a été suspendue, les procureurs de la CPI ayant annoncé leur volonté de faire appel, affirmant qu’il existe des « raisons exceptionnelles » de s’opposer à la libération inconditionnelle de M. Gbagbo et évoquant un « risque concret » que ce dernier disparaisse dans l’éventualité où le procès se poursuivrait. Ils ont cependant déclaré qu’ils accepteraient une remise en liberté dans un pays membre de la CPI – excepté la Côte d’Ivoire – « si le risque de fuite peut être atténué en imposant une série de conditions ».

Ce 15 janvier, il n’a fallu que quelques minutes pour que le puzzle de l’accusation s’effondre. « Le procureur n’a pas démontré qu’il y avait un plan commun pour garder Laurent Gbagbo au pouvoir [lors de la présidentielle de 2010 face à Alassane Ouattara] », a lu le président de la chambre de première instance, Cuno Tarfusser. Il n’a pas démontré que « les crimes ont été commis en vertu d’une politique d’Etat ciblant la population civile », et il n’a pas démontré que « par leurs discours, les accusés ont incité au crime ».

l’acquittement de Laurent Gbagbo par la CPI rebat les cartes politiques

La Cour pénale internationale a acquitté l’ex-président et son ministre Charles Blé Goudé, et ordonné leur remise en liberté. Un tournant pour la justice internationale et la Côte d’Ivoire.

« Libérés ! Libérés ! » Eric a du mal à se faire entendre au milieu des cris et des coups de sifflet, témoignages sonores de la liesse qui en un instant a envahi Yopougon, immense commune d’Abidjan considérée comme un fief de Laurent Gbagbo. Chez « Tantie Margot », ils étaient comme lui peut-être trois cents à s’être massés, les yeux et les espoirs tournés vers La Haye où se tenait, mardi 15 janvier, l’audience tant attendue de la Cour pénale internationale (CPI).

Alors, lorsque le juge Tarfusser a rendu la décision d’acquittement et ordonné la libération de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, les deux accusés les plus célèbres de Côte d’Ivoire, Eric et ses amis ont chaviré. « Nous avons la victoire ! La Côte d’Ivoire a la victoire ! L’Afrique a la victoire ! C’est une victoire de la vérité sur le mensonge ! De la résistance sur l’impérialisme ! », s’époumone ce fonctionnaire de 40 ans qui préfère taire son patronyme et son emploi exact « pour éviter des représailles dans son service ».

« Cela va alléger l’atmosphère », prédit Jérôme, son ami commerçant, qui améliore le quotidien de « petites débrouillardises » : « Cela fait plus de sept ans qu’on les poursuit et que rien n’est fait contre l’autre camp, alors au pays tout le monde se dit qu’il est mieux qu’on les relâche et que l’on aille à la réconciliation. »

« La vérité s’impose »

Dans la joie qui s’exprime, il y a une part de revanche sur l’histoire. Sur la rébellion déclenchée en 2002 contre le pouvoir qu’occupait M. Gbagbo et assimilée, par ses partisans, à une agression étrangère. Sur la guerre quasi ouverte avec Paris. Sur l’affront qu’a représenté son arrestation en avril 2011 

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