En Libye, les avancées du maréchal Haftar rebattent les cartes de la crise

L’homme fort de la Cyrénaïque a consolidé ses positions dans la région méridionale du Fezzan, accroissant la pression sur le gouvernement de Tripoli. 

Une plate-forme de projection vers la « libération » de Tripoli ? Le maréchal Khalifa Haftar, homme fort de la Cyrénaïque (est) et commandant suprême de l’Armée nationale libyenne (ANL), n’a cessé d’avancer ses pions ces derniers jours dans le Fezzan, la vaste région désertique du sud de la Libye. Mercredi 6 février, son porte-parole a annoncé la conquête du champ pétrolier de Sharara, jusque-là tenu par des groupes locaux touareg.

Si la réalité de la prise de contrôle de ce gisement emblématique, l’un des plus importants du sud libyen, était toujours sujette à caution vendredi, les récentes percées territoriales de l’ANL autour et à l’intérieur de Sebha, le chef-lieu du Fezzan, sont avérées et altèrent notablement l’équilibre des forces politico-militaires en Libye. Ces opérations s’inscrivent dans une offensive plus globale dont la finalité pourrait être la prise de Tripoli, suggèrent la plupart des observateurs. « Il va essayer de grignoter progressivement des positions en direction de Tripoli », souligne un diplomate occidental en poste à Tunis.

Alors que Ghassan Salamé, le chef de la mission des Nations unies pour la Libye, s’efforce de promouvoir une solution politique passant notamment par des élections annoncées avant l’été, la poussée de Haftar dans le sud est susceptible de compliquer le scénario. « Le camp pro-Haftar va sûrement gagner en confiance et se trouver moins bien disposé à l’égard des négociations politiques », anticipe Claudia Gazzini, analyste principale d’International Crisis Group pour la Libye. Selon elle, Haftar devrait notamment formuler de nouvelles « exigences financières » relatives à la redistribution des revenus pétroliers, que la Cyrénaïque juge trop déséquilibrée à son détriment.

Une équation tribale complexe

La réaction des adversaires traditionnels de Haftar, particulièrement dans la métropole portuaire de Misrata, en Tripolitaine (ouest), où beaucoup le dénoncent comme une figure « putschiste », demeure la grande inconnue. Mardi, le bataillon 301, originaire de Misrata, s’est déployé au sud de Tripoli dans une démonstration de force à l’évidence liée aux récents événements du sud libyen. Dans ce contexte, la pression s’intensifie sur le chef du gouvernement d’« accord national », Fayez Al-Sarraj, basé à Tripoli. Ce dernier risque de se trouver de plus en plus écartelé entre Haftar, qui a toujours contesté sa légitimité tout en acceptant de discuter avec lui lors de sommets diplomatiques hors de Libye, et les factions anti-Haftar, qui tendent à lui reprocher sa faiblesse vis-à-vis du maréchal.

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