Violences sexuelles: La France dénonce à l’ONU l’opposition des Etats-Unis à «25 ans d’acquis en faveur des droits des femmes»

Les Nobel de la Paix 2018 Denis Mukwege et Nadia Murad ont appelé, de leur côté, le Conseil de sécurité de l’ONU à ce que justice soit rendue aux victimes de violences sexuelles dans les conflits

La France a vivement critiqué l’attitude des Etats-Unis, ce mardi au Conseil de sécurité de l’ONU, qui a vidé de sa substance un projet de résolution allemand censé intensifier la protection des femmes victimes de violences sexuelles lors des conflits.

« Nous sommes consternés par le fait qu’un Etat ait exigé le retrait de la référence à la santé sexuelle et reproductive pourtant agréée » dans de précédentes résolutions en 2009 et 2013, a déclaré l’ambassadeur français à l’ONU, François Delattre.

Le texte amputé à la demande des Etats-Unis

« Nous déplorons que des menaces de veto aient été agitées par des membres permanents de ce Conseil pour contester 25 ans d’acquis en faveur des droits des femmes dans des situations de conflits armés », a-t-il ajouté. Après amputation de nombreuses mentions à la demande des Etats-Unis, mais également de la Russie et de la Chine, la résolution a été adoptée par 13 voix et deux abstentions, celles de Moscou et Pékin.

« Des concessions importantes ont été accordées sous la pression de plusieurs membres permanents qui n’ont pas permis au texte d’aller aussi loin que nous l’aurions souhaité », a poursuivi François Delattre. « Il est inexplicable que l’accès à la santé sexuelle et reproductive ne soit pas explicitement reconnu aux victimes de violences sexuelles, elles qui sont souvent la cible d’atroces exactions et de mutilations barbares », a aussi lancé le diplomate.

Washington ne veut pas favoriser les avortements

Alors que les « victimes ont de toute évidence besoin de ces soins », « cette omission est inacceptable et porte atteinte à la dignité des femmes », a-t-il insisté. « De même, il est intolérable et incompréhensible que le Conseil de sécurité soit incapable de reconnaître que les femmes et les filles qui ont subi des violences sexuelles en temps de conflit et qui n’ont évidemment pas choisi d’être enceintes, ont le droit d’avoir le choix d’interrompre leur grossesse », a-t-il dit.

« Les femmes doivent pouvoir disposer librement de leur corps », a-t-il réclamé. Selon des diplomates, l’opposition de l’administration conservatrice de Donald Trump a été déterminante pour empêcher un consensus à ce sujet. Depuis plus d’une semaine, Washington s’est efforcé de gommer dans le texte les mentions relatives aux femmes tombant enceintes après un viol, afin de ne pas favoriser les avortements.

« Qu’attend la communauté internationale pour rendre justice aux victimes »

Les Nobel de la Paix 2018 congolais Denis Mukwege et yazidie Nadia Murad ont appelé, de leur côté, le Conseil de sécurité de l’ONU à ce que justice soit rendue aux victimes de violences sexuelles dans les conflits. « Pas une seule personne n’a été traduite en justice pour esclavage sexuel », a dénoncé Nadia Murad en évoquant sa communauté détruite par le groupe djihadiste Etat islamique en Irak et Syrie.

« Nous prononçons des discours à l’ONU mais aucune mesure concrète ne suit » en matière de justice et « rien n’a été fait », a-t-elle insisté. « Qu’attend la communauté internationale pour rendre justice aux victimes », s’est aussi interrogé Denis Mukwege, en demandant lui aussi l’établissement de tribunaux nationaux ou internationaux dédiés au jugement des coupables de violences sexuelles dans les conflits.

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